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LES FIGURES DU SIEGE AU QUEBEC. CONCERTATION ET CONFLITS EN CONTEXTE MINORITAIRE.

SIMON HAREL et ISABELLE ST-AMAND
Les Presses de L’Université Laval

les-figures-du-siege-au-quebecRESUME

Du conflit armé à la barricade symbolique, les modalités du siège sont diverses : en font foi les célébrations du 500e anniversaire des Amériques, la crise d’Oka, les audiences publiques de la Commission Bouchard-Taylor, les manifestations numériques dans les jeux vidéos massivement multijoueurs, ainsi que la figuration de l’isolement et de la précarité dans la poésie et la littérature (Émile Ollivier, Milton Acorn, Victor Lévy Beaulieu).
A partir de différents domaines disciplinaires (des sciences politiques aux études littéraires), les collaborateurs interrogent les tensions à l’œuvre entre marginalité et centralité, concertation et dissension, liberté et contrainte, droit d’asile et exil.
A l’encontre des discours convenus sur les flux de la postmodernité et la déterritorialisation, nous mettons ici l’accent sur les usages du pouvoir dans l’espace.
De diverses manières, la représentation du conflit et de la concertation mise en jeu lors du siège contribue à mieux cerner les modes de relation et de symbolisation qui se construisent au sein d’espaces contraints.

COLLABORATEURS

Denis Bilodeau, Maude Bonenfant, Sandra Breux, Jenny Burman, Amaryll Chanady, Claudine Cyr, Caroline Desbiens, Simon Harel, René Lapierre, Hugo Loiseau, Arianne Loranger-Saindon, Pierre Ouellet, Alena Prochazka, Roxanne Rimstead, Christian Saint-Germain, Isabelle St-Amand.

EXTRAIT

Introduction
Les discours sur le pluralisme qui mettent en relief l’altérité comme forme d’ouverture à la différence ne prennent pas suffisamment en compte la question du conflit qui est à l’oeuvre dans les groupes et les cultures minoritaires. Ayant un sens aigu de la présence de l’autre, dominant, auquel ils sont confrontés en tout temps – et qui d’ailleurs bien souvent ne les voit pas –, ces derniers ont tendance à craindre qu’une ouverture qui ferait abstraction des inégalités n’ait pour effet de favoriser une assimilation et un effacement de leur caractère distinct. L’inclusion peut alors être ressentie comme un défaut de reconnaissance, une incitation implicite à se conformer à un espace dominant qui s’impose comme allant de soi. Dans leur acharnement à poser leur existence dans un espace, à énoncer leur différence et à clarifier les rapports de force, beaucoup de communautés et de nations dominées ou minorisées finissent par se caractériser par ce que François Paré appelle une « mentalité d’assiégés ». En effet, ces dernières sont animées par une volonté de contrer l’aliénation et d’assurer une survie culturelle dans le même temps qu’elles sont freinées par une tendance au conservatisme et à la préservation à outrance des structures de l’ordre. Le défi consiste alors à imaginer des façons de délimiter un espace propre sans se figer dans le passé, de s’ouvrir à l’altérité sans nécessairement se fondre dans l’espace dominant, bref, de trouver des moyens de se transformer de façon culturellement productrice. Si cette mentalité d’assiégés se retrouve dans les petites sociétés qui tentent d’aménager un espace où elles peuvent s’actualiser, elle apparaît aussi sous d’autres formes dans les sociétés majoritaires qui, par un étrange renversement, se mettent parfois à vouloir écarter une minorité qu’elles se représentent tel un ennemi menaçant.
(…)
Plus récemment, la représentation médiatique des audiences publiques de la commission Bouchard-Taylor a renforcé la perception selon laquelle la culture québécoise dominante serait menacée et en état de crise. Dans un article inspiré de ce constat, Jenny Burman cherche à déterminer si des solidarités politiques (et parfois religieuses) transnationales peuvent cohabiter avec la volonté d’établir un ensemble de valeurs laïques nationales. Pour ce faire, elle compare deux modèles de société laïque nationale au Québec : l’un issu d’un mouvement littéraire et militant des années soixante postduplessistes, l’autre caractérisé par un sécularisme qui s’est manifesté pendant les audiences publiques de la commission Bouchard-Taylor. En faisant valoir que la volonté de collaboration et de coalition propre au radicalisme des années soixante pourrait être mis à profit pour concevoir la diversité culturelle au Québec aujourd’hui, Jenny Burman incite à porter attention aux différentes formes de concertation qui animent les projets de société. Adoptant une perspective continentale, Claudine Cyr examine de quelle façon les manifestations de célébration et de protestation entourant la parade du Colombus Day tenue à Denver, aux États-Unis, à l’occasion du 500e anniversaire des Amériques, rendent explicite une tension génératrice d’identités et d’altérités diverses au cœur de l’expérience américaine, en plus de participer à la fois de cette tension. En se basant sur le scénario d’une découverte de l’Amérique, elle examine la négociation des identités culturelles dans l’espace public américain, ce qui l’amène à interroger les limites du multiculturalisme.

TABLE DES MATIERES

Introduction / Identités multiples, identités assiégées : un point de vue critique sur la contingence / Simon Harel et Isabelle St-Amand
Chapitre 1 / De la dimension territoriale à la dimension politique : les figures du siège / Sandra Breux et Hugo Loiseau
Chapitre 2 / Territoire partagé, territoire contesté : la Côte-Nord en période de revendications territoriales autochtones / Arianne Loranger-Saindon
Chapitre 3 / Du wampum aux barricades : géographies du siège et espaces de réconciliation au Québec / Caroline Desbiens
Chapitre 4 / Actes identitaires : expressions radicales et réactionnaires de l’identité culturelle laïque dans la société québécoise / Jenny Burman
Chapitre 5 / Les défilés populaires du Columbus Day ou la négociation des identités culturelles dans l’espace public américain / Claudine Cyr
Chapitre 6 / Le siège dans l’espace numérique :le cas des joueurs experts face aux compagnies de jeux vidéo / Maude Bonenfant
Chapitre 7 / Lévinas l’obsidional / Christian Saint-Germain
Chapitre 8 / Frontières, limites et interstices : l’espace architectural comme projet de négociation / Denis Bilodeau et Alena Prochazka
Chapitre 9 / De l’ambassade au bunker : quelques réflexions sur l’architecture-forteresse de la présence diplomatique américaine à Ottawa / Simon Harel
Chapitre 10 / Voix, résistance et négativité : théorie des corps / René Lapierre
Chapitre 11 / La caméra sur les lieux du siège : la crise d’Oka dans le film documentaire Okanada / Isabelle St-Amand
Chapitre 12 / États de siège dans la poésie urbaine d’en bas : voisins pauvres et communautés connaissables / Roxanne Rimstead
Chapitre 13 / Pratiques d’espace minoritaires : entre conflits territoriaux et rencontre de l’autre / Amaryll Chanady
Chapitre 14 / Le siège de l’homme, le piège de la langue : ethnolinguistique de la grande tribu / Pierre Ouellet

LES AUTEURS

Lauréat du prix Trudeau (2009-2012), Simon Harel est membre de la Société royale du Canada. Son ouvrage Voleur de parcours (1989, réédité en 1999) est reconnu comme l’un des livres les plus significatifs dans le champ des études culturelles au Québec. Auteur et directeur de publication, il s’est intéressé aux problématiques interculturelles, à la place de l’étranger dans la société, à la précarité de nos espaces de vie. Conscient de l’insuffisance de certains discours critiques (sur l’hybridité, le métissage, l’identité à la carte), il se donne à présent l’objectif de cerner les formes instables, souvent conflictuelles, de la mobilité culturelle.

Doctorante au Département d’études littéraires à l’UQAM, Isabelle St-Amand a reçu une bourse d’études supérieures du Canada pour la réalisation d’une thèse sur la crise d’Oka sur les lieux du siège, dans les films documentaires et dans les récits littéraires autochtones et allochtones au Canada et au Québec. Elle a publié des articles sur la littérature et le théâtre autochtones dans les revues Études en littérature canadienne (2010) et Recherches amérindiennes au Québec (2009) ainsi que dans l’ouvrage collectif Littératures autochtones (2010). Dans une démarche de recherche collaborative, elle a coorganisé des événements scientifiques et culturels rassemblant chercheurs, écrivains, cinéastes et artistes autochtones du Québec et d’ailleurs dans les Amériques, dont trois éditions du colloque international sur le cinéma autochtone « R egards autochtones sur les Amériques », qui s’est tenu lors du festival Présence autochtone à Montréal (2009, 2010 et 2011).

Parution : février 2012
Nb. de pages : 318 p.
ISBN : 978-2-7637-9548-5
Prix : 35 $ CA

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