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REVEUR DE CONFINS

Michel Le Bris
André Versaille

reveur-de-confinsDe quoi donc une vie est-elle faite ?
Dans les livres de la collection Chemin faisant, des créateurs égrènent leurs souvenirs. Au fil de leurs flâneries, ils nous racontent leurs rencontres, nous entretiennent de leurs amitiés, nous parlent des livres qu’ils ont aimés, des films qui les ont touchés, des expériences qui les ont marqués, des musiques qui les habitent, des voyages qu’ils ont entrepris, bref, de tout ce qui les a constitués.
En se livrant chacun à leur manière, ils nous ouvrent les portes de leur royaume intérieur.

PRESENTATION

Dans ce livre, Michel Le Bris nous parle du mélodrame, de sa Bretagne natale mais aussi de Conrad et du Be-Bop ; de Martine Carol comme de Bruce Chatwin, des fées et de Moby Dick ; du Boulevard du Crime et de l’opérette ; de Sartre, mais également de la recette du Cul de veau à l’angevine ; du jazz, de la nostalgie et de la Renaissance irlandaise ; de l’Ouest américain et de Consuelo…

« Dans la salle enfumée du bistrot de marins, des noms passaient, que l’on aurait dit des soupirs portés par le vent battant les volets clos : Mascareignes, Terre de Feu, Veracruz – et c’était comme si les murs, alors, se reculaient jusqu’au bout de la terre…
Le jour revenu, je courais de rocher en rocher, tandis que les cargos s’éloignaient vers le large, et je restais des heures à fixer l’horizon : là-bas, derrière la ligne bleue où ils disparaissaient, il y avait des mondes, effrayants et splendides, et, à n’en pas douter, des îles de corail sous les cieux sans nuage. Un jour, moi aussi, je m’en irais !
Je m’en allais déjà, le nez dans la poussière de mon grenier, avec pour seul témoin le ciel, par l’étroite lucarne, pour seuls complices les grands chevaux de l’empire des nuages, tandis que je tournais les pages de mes trésors, Curwood, Stevenson, Jack London, le Journal des voyages – et chaque livre, alors, m’était comme une porte qui ouvrait sur des mondes…
Je suis parti. Du moins j’ai essayé.
Voici quelques fragments de ce qui m’attendait, derrière la ligne d’horizon… »

Michel Le Bris

EXTRAIT

Andersen (Hans Christian) dans le chaudron de la sorcière

Il était timide et doux, vaniteux et humble, embarrassé par sa laideur et pourtant brûlant de passion. Le «vilain petit canard» qui s’en va pour ne plus subir les moqueries de ses camarades est partout rejeté, sauf par les cygnes, et il découvre alors qu’il était cygne, le plus majestueux de tous, c’était lui. Et lui encore, le personnage de Sous les saules, qui, rejeté par son ancienne amie, meurt de froid sous son arbre en rêvant à elle - lui, qui se trouva éconduit à chaque fois qu’amoureux et ne se maria jamais : c’est de sa vie, tout autant que des contes entendus dans son enfance qu’il tira la matière de ses histoires. D’une telle simplicité et pourtant si riches d’harmoniques qu’elles surent émouvoir tous les publics : il fut l’écrivain le plus lu de son temps, traduit en quatre-vingts langues, le prince des conteurs, poète entre les poètes…
La légende – et une statue d’Odense qui l’agaçait fort car, disait-il, « je n’ai jamais supporté d’avoir quelqu’un derrière mon dos quand je lis » – le représente racontant une histoire entouré d’enfants, mais il ne lisait guère ses contes qu’à des adultes, cet enchanteur baladin des cours princières de Suède, du Danemark et d’Allemagne qui avait fui l’horreur de l’usine, dès l’âge de 14 ans, en se jurant de n’être jamais ouvrier, et qui trouva son bonheur dans les grâces surannées des châteaux d’une aristocratie rejetée hors le temps par l’âge industriel. A quoi pensait-il, ce jour de 1867 quand, nommé citoyen d’honneur d’Odense, couronné de laurier et de roses par des étudiants, il traversa la ville en carrosse, tandis que des enfants jetaient sur son passage des fleurs et des feuillages ? A son père le Soldat de Plomb, « l’intrépide soldat de plomb », savetier libre-penseur mythomane qui s’était engagé dans les armées napoléoniennes, décédé quand il avait douze ans ? A sa mère, « celle qui n’était bonne à rien », épave alcoolique ? A son enfance passée parmi les fous de l’Hospice des Frères gris, où sa grand-mère travaillait ? Ou bien à son grand-père, l’idiot inoffensif qui dansait dans les rues d’Odense, couronné de branchages et de fleurs, suivi par une cohorte hilare de bambins dépenaillés ? Cet Andersen qu’on acclame sans le connaître est infiniment plus complexe qu’on ne le croit, qui sans cesse échappe à son propre inventaire, tout entier, déjà, entre enfance et princes anachroniques, à son royaume d’images…

SOMMAIRE

Andersen (Hans Christian) dans le chaudron de la sorcière
Auberge (L’), au rendez-vous du destin
Aventure : l’essence même du romanesque…
Be-bop : Hey-Ba-Ba-Re-Bop !
Bigorneau (Mélancolie du)
Borges (Jorge Luis), un disciple ignoré de Stevenson
Bretagne (Ma)
Carol (Martine) : de sa responsabilité mal perçue dans la révolution agricole bretonne
Chatwin (Bruce) en son mystère
Clavel (Pour saluer Maurice)
Coloane (Francisco), qui castrait les agneaux avec les dents
Conrad (Joseph), au miroir de la mer
Consuelo : comment pareil chef-d’oeuvre peut-il rester ignoré ?
Crime (Boulevard du) : Tuer les mouchards et les gendarmes, ça n’empêche pas les sentiments…
Cul de veau à l’angevine, ou les saveurs délicieuses du péché
Cultures urbaines : quand la rue prend la parole
Déconstruire, disent-ils
Dieu existe, mais…
Drame romantique : Elle me résistait, je l’ai assassinée !
Ecrivain-voyageur (À quoi l’on reconnaît l’)
Electricité : et la lumière fut, à Saint-Samson
Fées (Le retour des)
Fiction : si le fictif n’est pas le vrai, il n’est pas non plus le faux
Friedrich (Caspar David), et tout le romantisme en un tableau
Glissant (Édouard), ou le poème au coeur du monde
Grall (Xavier), l’albatros breton
Guerre du feu (La) : Et les Oulhram fuyaient dans la nuit épouvantable…
Hélias (Pierre-Jakez), cheval d’orgueil
Heroic fantasy : quand les dieux se réveillent
Identité bretonne : une évidence et un problème
Île : ma Bretagne en est une
Îles (Rêveur d’)
Île des Saints et des Savants (L’)
Irlandaise (Renaissance) : de ce que peut, parfois, la littérature…
Jazz : It don’t mean a thing if it ain’t got that swing…
Jazz Hot : quand le free jazz s’y donnait rendez-vous
Jungle (Années), années folles, années jazz, quand naissait un nouveau monde…
Kant revisité – à la voile
Koblet (Hugo), et autres dieux
Lacarrière (Jacques) : quand le savoir se fait lumière
Lévinas (Emmanuel), ou la passion de l’Autre
Liberté : quand leurs cauchemars restent nos rêves…
Littérature-monde (Ce que veut dire la)
Mai 68 (D’un autre)
Maître d’école (Mon)
Mélodrame et roman feuilleton : quand les jeunes filles scellaient les lettres de leurs larmes…
Moby Dick : Appelez-moi Ishmael
Nature writers : se laisser traverser par le poème du monde
Nerval (Gérard de), au carrefour magique des mémoires du monde
Nord (Lumières du)
Nostalgie : ce qui nous sépare de la brute
Ombre (De ce qui n’éclaire qu’en projetant de l’)
Opérette : affaire de goût, querelle de pouvoir
Ouest américain : l’appel du Grand Dehors
Pemmican : comment, sans lui, se prétendre Indien ou coureur des Prairies ?
Piantoni (Quand j’étais)
Poème : dérisoire et essentiel
Ports : ce que murmurent les ports, à certaines marées
Prestissimo : trilles du Diable ou rire de Dieu ?
Radio : quand de conteurs nous devînmes auditeurs
Roman historique (Défense du)
Route de la soie, de l’ambre, de l’encens, des épices, au long de laquelle naissaient des mondes…
Sartre (Jean-Paul) : deux ou trois choses que je sais de lui
Schubert, c’est moi !
Science-fiction : le futur a déjà commencé
Shakespeare : un rien de trop pour être
Shane, l’homme des vallées perdues
Stevenson et moi
Super-héros (Ne tirez pas sur les)
Vel d’Hiv’, faubourg de mes rêves
Villes : villes-monde, villes-monstre, villes-lumière, la ville est un roman
Voyager : le plus court chemin de soi à soi

RENCONTRE AVEC L’AUTEUR

Foire du Livre de Bruxelles 2012 au stand d’André Versaille Editeur n° 102 :
- le samedi 3 mars de 12h à 12h30 puis de 15h à 16h30.
- le dimanche 4 mars de 11h à 12h30 puis de 14h à 16h30.

Salon du Livre de Paris 2012 (Porte de Versailles), ce samedi 17 mars de 15h à 17h puis de 18h à 19h30.

michel-lebris1L’AUTEUR

Ecrivain et essayiste français, Michel Le Bris est né en 1944. Spécialiste de Robert Louis Stevenson dont il a publié de nouvelles éditions de plusieurs de ses œuvres, notamment chez Phébus, ainsi que La Malle en cuir ou la société idéale, roman inachevé et inédit qu’il a présenté et prolongé (2011).
Il est le directeur du festival littéraire de Saint-Malo Etonnants Voyageurs qu’il a créé en 1990. J-M G. Le Clézio, A. Mutis, J. Harrison, J. Lacarrière, J. Meunier, G. Lapouge, plus de 3 000 écrivains du monde entier s’y succéderont, pour en faire une des plus importantes manifestations littéraires de Franco et la plus originale. A partir de 2000, il développe à l’étranger une série d’éditions du festival, qui en retour viendront nourrir le festival de Saint-Malo (Missoula, Dublin, Sarajevo, Bamako, Port-au-Prince, Haïfa). Ce travail aboutira au manifeste « Pour une « littérature-monde » » signé par 45 écrivains de langue française, et publié dans les colonnes du Monde le 16 mars 2007.
Il est l’auteur notamment de L’Homme aux semelles de vent (1977), Paradis perdu (1981), Le Journal du romantisme (1981), Pour saluer Stevenson (2000), D’or, de rêves et de sang. L’épopée de la flibuste (1494-1588) (2001), Le Défi romantique (2002), Pour une « littérature-monde » (2007, collectif en co-direction avec Jean Rouaud), La Beauté du monde (2008) et Nous ne sommes pas d’ici (2009).

Nb. De pages : 304 p.
Parution : 25 novembre 2011
ISBN : 978-2874951541
Prix : 19,90 €

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