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MICROBES DE DIEU

Mélanie Talcott
L’Ombre du Regard

couvmicrobesdedieuInstallez-vous confortablement et dégustez Les Microbes de Dieu, un  livre décapant pour les neurones. Passionnant et passionnée !

PRESENTATION

Un roman atypique, à ne pas manquer dans le foisonnement littéraire de cette rentrée, édité par une jeune maison d’édition, L’Ombre du Regard.
Son auteur, Mélanie Talcott, brouille les pistes, laissant au lecteur des indices afin que le lecteur se forge sa propre opinion sur la part de réalité et de fiction, qui nous entraînent sur les traces d’une femme, Sasha Miller, photographe de guerre, dont l’histoire est aussi partie prenante de la nôtre.
Comme le rappelle la quatrième de couverture, toutes les horreurs qu’elle a visionnées, les mêmes que l’on digère quotidiennement entre la poire et le fromage, l’ont dépouillé d’elle-même, la laissant au bord de la folie. Shamaël, un personnage hors du temps et de tous les temps, va lui donner l’opportunité de se battre pour que sa vie retrouve ses marques. A travers l’histoire d’une puissante organisation anonyme, Ming Men, - en proie à des luttes intestines et en butte à des opposants plus déterminés -,  dont Neill, médecin à la retraite, est le responsable, Sasha va entreprendre un voyage extérieur qui la conduira d’Espagne jusqu’en Cappadoce, parallèlement à un autre plus intérieur, étoilé de rencontres avec Marta, Birgit, Anton, Richard, Lady Eben et bien d’autres, riches en rebondissements et remises en question, qui lui redonneront l’appétit de vivre.
Fort bien écrit, ce roman se révèle en prise totale avec l’actualité et nous rappelle - avec tendresse mais sans concession - que ne pouvons imaginer une autre société si nous ne rêvons pas d’abord à ce que nous pouvons être - acte créateur s’il en est - fondé sur l’adage simple mais galvanisant : du bien-être de tous, dépend celui de chacun.

EXTRAITS

Chapitre 1 - C’est un beau jour pour mourir
Il n’y avait rien à faire. Il n’y avait rien à dire. Du moins me semblait-il. Le ciel filait pluvieux sous les nuages gris plomb. Encore un de ces jours sans fonds, un jour pour pas grand-chose, un de ceux où je regretterais au soir que la soie du matin ait filé trop tôt. Rien ne me pressait à me lever, mais je craignais trop l’ennui pour me laisser aller à ne rien faire. Depuis presque quinze ans, je couvrais les conflits internationaux et c’était fou comme la planète s’y rétrécissait. Des milliers d’images. De la destruction enchaînée. Des maisons qui s’effondrent dans un bruit de poussière, des meubles en fagots éparpillés, là un livre dont les pages tournent solitaires au vent, ici des débris d’intimité éventrée, les balles traçantes comme une flambée d’artifice dans le ciel nocturne, le feu qui crépite, bouffe les arbres et fait des corps de magnifiques gerbes d’or. Mais le plus vendeur est toujours le plus obscène, des cadavres abandonnés, des corps déchiquetés, des vivants éperdus qui cherchent les leurs avec leurs mains et n’en étreignent que l’écorché. Des cris. Terribles les cris, ça vous pulvérise les tripes. La douleur qui s’incarne dans la chair. Une farce macabre qui endeuille définitivement les cœurs. Des pleurs qui vous glacent jusqu’à l’âme. Et puis ensuite le silence. Il n’y a rien de plus bruyant que le silence dans une guerre. Avant, il est menace. Après, il est néant. Le sourire édenté de la mort. Enfin, l’odeur du sang chaud. Entêtante, qui vous colle aux narines et se mêle à la sueur qui imprègne les vêtements. Je repoussais du pied une bouteille vide, mon adrénaline contre l’insomnie. Mon ivresse était toujours aussi éphémère que mon abrutissement. Le sommeil en effaçait l’ardoise et me livrait à la terreur de mes cauchemars, j’en sortais toujours lessivée mais indemne. Je n’en pouvais plus de cette vie là, mais j’en avais besoin pour survivre. J’aurais pu changer d’optique et de paradigme. Chasser les ours en voie d’extinction ou faire honte à nos déchets. Le revirement écologique était à la mode et j’étais suffisamment reconnue pour me le permettre. Mais la nostalgie me poursuivait trop. Je regrettais mes enthousiasmes de débutante, quand j’étais encore militante de l’humain, surtout et avant tout des opprimés. Et je devais sans doute être la seule à savoir que j’étais devenue une fonctionnaire de l’image. La douche était tiédasse, l’hôtel trop chic et ma panoplie de baroudeuse, impatiente. J’enfilais mon jean, chaussait mes boots et mit mon gilet multipoches bourré de films, toujours des Tri X 400 Asa, prêtes à boire la variabilité de la lumière sans se soucier de la folie des hommes. Je vérifiais mes deux Leicas et mon Nikon F2, réglais mon Summicron de 35mm sur l’hyper-focale. Aujourd’hui, je ne prendrais pas des photos racoleuses, je ferais des images, juste pour moi, qui finiraient en archives numérotées sur mes étagères. J’irais à pied, j’en prendrais le risque et tant pis pour les check point. L’inconscience rend souvent invisible. Je sortis. J’étais en colère contre moi.

Chapitre 3 - Accepter sans questionner, c’est mourir sans vivre.
Ne pas céder ! En face de moi, morceau d’ouate rivé sur une chaise, le docteur Martin fignolait ma délivrance. Je le savais, malgré mes préjugés, excellent professionnel, mais je refusais farouchement à ce que ses souvenirs soient tissés de l’intimité des miens. Une sorte de compassion retenait mes aveux. Il n’était qu’un homme et non un démiurge. Comment s’arrangeait-il de la mémoire excisée de tous nos esprits mutilés ? Priait-il ce Dieu là-haut qui n’en finissait plus d’annoncer sa météo sanguine comme une béatitude définitivement crucifiée ? Croyait-il au Grand Recouseur qui ajustait les points de croix et brodait les motifs de nos douleurs dans un inventaire incessant?
Doc, inutile d’essayer. On ne peut rien partager, sinon se livrer à une débauche de sons, à un lupanar verbal dans l’inexactitude de nos émotions qui se dérobent. On ne peut rien partager, sinon tenter, chacun, d’assembler jusqu’à notre dernier souffle, les morceaux de notre puzzle personnel en se servant des autres. Mais sa voix s’éleva insistante et mon silence, encore plus obstiné.
– Sasha, êtes-vous consciente que vous avez eu une crise hallucinatoire ?
Vous dites, Doc ?… J’ai aussi des hallucinations ? Ah oui !, je me rappelle, j’ai eu une fièvre de cheval. Et quoique vous puissiez en penser, je n’ai pas rêvé. Vous ne me croyez pas ? Le fruit de mon délire ? Une sur-chauffe aléatoire de mon cerveau ? Mon esprit dérangé a créé cette fem-me ? Ce n’est pas parce que vous ne l’avez pas vue qu’elle n’existe pas. D’ailleurs en ce moment même, je la vois. Elle m’observe derrière la porte vitrée de votre bureau. Une belle gitane. Vous ne signerez pas mon bon de sortie ? Allez-vous faire foutre… Je m’en moque. Elle m’attend. Elle s’appelle Shamaël…
– Soit. Alors que vous dit-elle ?
Ce que vous n’osez pas me dire, sans doute par précaution et je ne suis pas certaine que vous apprécieriez sa mise en jambes thérapeutique. Mes justifications, mes excuses, même la raison profonde de ma déprime ? Elle n’en n’a cure, Doc. Elle s’en fout.

AUTO-INTERVIEW : ECRIRE, C’EST CESSER D’ETRE ECRIVAIN !

L’AUTEUR

Par elle-même : Je ne vis ni à Gaza, ni en Somalie. Je ne connais de la guerre que le bruit télévisuel des bombes et de la mort, qu’une image figurée. La faim n’a jamais lâché sur moi ses loups. J’ignore son lent épuisement physique autant que mental, tout comme celui de la maladie qui vous ronge jusqu’à l’os. Je ne suis pas riche, mais je ne suis pas pauvre non plus, même s’il m’est arrivée de tirer le diable par la queue, comme l’on a coutume de dire. Par contre, au cours de mes voyages (de l’Europe jusqu’en Asie), j’ai vu la nudité de la pauvreté, celle qui se demande au crépuscule si l’aurore la trouvera encore vivante. J’ai une super famille, une que jamais aucun livre n’aurait pu me construire et aujourd’hui, je peux écrire parce que ma famille, mon clan, travaille et donc, me donne cette liberté. Cela aussi est un luxe. J’ai toujours bossé et pendant longtemps, j’ai exercé un métier dont je ne vous dirais rien, une écriture quotidienne du corps et de ses souffrances. Cela valait bien toutes les bibliothèques. Ce sont des choses en regard desquelles écrire est insignifiant. Confrontée à cela, la célébrité est toujours médiocre.
Je suis une nomade de la vie (que j’ai toujours détesté mettre en fiche anthropobiographique) et de l’écrit.

Parution : Décembre 2011
Dimension : 152 x 240
Nb de pages : 522 p.
ISBN : 979-10-90624-00-9
17€50

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