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EVASION A PERPETUITE

Luterbacher
Bernard Campiche Editeur

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Le village aimait Emile Typhon comme le fruit défendu. Le seul à ne pas avoir été à l’envers des rêves, le seul qui avait osé défier le rail tout tracé d’avance et braver la résignation qui éduquait les gens à coups de “à quoi bon, il n’y a rien à faire”. Il avait rendu le village célèbre en devenant un mythe et même ceux qui ne juraient que par le droit chemin éprouvaient de la fierté en lisant les récits du roi de l’évasion dans le journal, en écoutant les nouvelles de la chasse à l’homme à la radio, en regardant au téléjournal la banque ou la bijouterie victime de son dernier braquage. Il était la vengeance du village et de l’insoutenable médiocrité du quotidien. Du plus humble au plus puissant, il suffisait de voir Emile Typhon pour l’aimer, il rendait les gens magnifiques et les persuadait que leur ordinaire était extraordinaire. Lorsque la “Bande de la cabane du Foyard” pensait une chose impossible, il y avait toujours eu Emile, le Fils du ciel, pour que tous croient que la vie s’invente à chaque pas.

EXTRAIT

Dans le village, il n’y avait qu’Émile pour inventer la vie. Il était là pour chacun, grand ou petit, à chaque fois que la désolation s’emparait d’une tête. Sa présence dissolvait l’ennui, anoblissait l’existence de celui qui se pensait moins que rien, persuadait de sa beauté celle qui se trouvait laide. Il suffisait de rencontrer Émile et un quelque chose d’indéfinissable enchantait la journée la plus morose. En quelques mots, il donnait à croire que chaque pas pouvait ressusciter un amour défunt, que chaque instant était porteur d’une liberté inattendue, et que chaque pensée était enfant de rêve. Émile sacralisait les anonymes, les forçats de la routine, celles et ceux qui se croyaient dévolus à la médiocrité, qui avaient abandonné l’espoir d’une autre vie. Le miracle d’Émile, c’est qu’il rendait les gens extraordinaires, il avait une grâce qui, le temps de sa présence, les transformait en la personne qu’ils auraient tant voulu devenir. Lorsque Émile avait une idée pour celui qui ne savait plus comment se sortir de la mouise, il ne la formulait pas, mais n’avait de cesse que l’idée devienne celle de l’autre.
La bande s’était constituée naturellement autour d’Émile dès la petite enfance. Il leur inventait une terre des merveilles, le pays où l’on s’ennuyait ailleurs, là où régnait /’Hêtre humain, l’arbre frère qui abritait la cabane du Foyard.
La bande du Foyard… Odile, Angèle, Louis, Arthur, Théodore, Philippe, Thomas, Paul, Lison, Joseph, Margaux et Émile. Pour être de la bande du Foyard, il fallait marauder aux grands un quelque chose qui devait servir à construire ou à décorer la cabane.
Odile qui avait été allaitée au sein de la vertu anabaptiste, et pour qui voler était un péché, a trouvé son salut dans la récolte des cheveux d’ange sur les sapins de Noël abandonnés. «Ça, c’est du réfléchi», avait dit Émile, «elle a volé sans voler !»
Angèle révélait sa tragédie par une offrande, une mèche de cheveux de son père que sa mère portait dans un pendentif. Angèle l’avait remplacée par l’une des siennes. Elle avait procédé à l’échange pendant que sa mère dormait, dérobant le pendentif de dessus de table de nuit en tremblant de peur. C’était pour Angèle la seule manière d’être portée sur le coeur de sa mère. Maintenant, lorsqu’elle était battue, Angèle voyait sa mèche qui se balançait sur la poitrine de sa mère et elle souriait aux coups. Elle obligeait sa mère à l’aimer malgré elle, et elle s’appropriait l’amour de son père qui avait pris la fuite. En offrant cette mèche de cheveux, Angèle offrait sa part la plus intime. Émile lui avait fait croire à sa beauté quand sa mère et son miroir ne cessaient de lui répéter qu’elle était laide.

luterbacher_2008_grandL’AUTEUR

Né en 1950, à Péry-Reuchenette, dans la partie francophone du canton de Berne (Suisse), Thierry Luterbacher est journaliste, réalisateur, auteur, metteur en scène de théâtre, artiste-peintre et père de trois enfants âgés de 15, 22 et 27 ans.
La route. Il la prend à 17 ans pour aller vivre et travailler dans les kibboutz, en Israël. Revenu en Suisse, il suit le cours préparatoire des Beaux-Arts, à Bâle. En 1972, il reprend la route au volant d’un Ford Transit aménagé et, « en bon hippie », parcourt le monde. Sa vie de bohème est racontée dans Le Sacre de l’inutile (Bernard Campiche Éditeur).
Le déclic créateur. Il se produit à la lecture du Grand Meaulnes, d’Alain-Fournier. Avec son premier roman, Un cerisier dans l’escalier, Thierry Luterbacher remporte le Prix Georges-Nicole en 2001.

Parution : 3 novembre 2011
Nb de pages : 200 p.
ISBN : 978-2882412997
Prix : 17 €

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