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LE CHAGRIN

Lionel Duroy
J’ai Lu

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Peut-on vraiment tout écrire, au risque de rompre avec ses proches ? Une histoire familiale et personnelle. Un roman qui a reçu le Grand prix Marie Claire du roman d’émotion 2010.

De l’occupation à nos jours, Lionel Duroy retrace la lente déliquescence d’une famille au fil des événements terribles de la seconde moitié du siècle. Le portrait d’un enfant pris au piège de la fatalité familiale.

Présentation : Au départ, c’est un couple amoureux qui convole durant l’Occupation. le mari est issu de la noblesse désargentée ; d’une grande beauté, l’épouse aspire à une vie mondaine digne de sa récente particule. En catholique zélés, ils donnent naissance à onze enfants, tandis que toute la maisonnée mène aveuglément un train de vie de grands bourgeois. Prêt à se lancer dans les entreprises les plus hasardeuses pour satisfaire les exigences de sa bien-aimée, le père accumule en secret des dettes exorbitantes. La chute n’en est que plus rude. Expulsion des beaux quartiers, humiliation sociale… toute la tribu est relogée dans une cité lugubre où ne tiennent aucun des meubles fabriqués sur mesure pour le bel appartement de Neuilly. La paix du ménage se fissure, tout comme l’équilibre psychologique de la mère. Commence une longue série de galères - de magouilles paternelles en crises de nerfs maternelles. le narrateur, l’un des enfants, est le témoin épouvanté des calamités qui s’amoncellent au-dessus du foyer familial. Un chagrin qui pèsera sur ses épaules durant toute son existence. De 1940 à nos jours, la société française connaîtra elle aussi de grands bouleversements. Mais jamais cette famille ne sera du bon côté des événements politiques. Défenseur de Pétain sous l’Occupation, opposé de nouveau à de Gaulle lorsqu’il « abandonne » les Français d’Algérie, et pestant contre ces « gauchistes » qui, en 68, incendient Paris du haut de leurs barricades, le père est toujours à contre-courant des grands mouvements libérateurs. Etc…

LU SUR LES BLOGS

* Peut-on vraiment tout écrire, au risque de rompre avec ses proches ?
Lionel Duroy a fait de sa vie des romans, depuis le premier, Priez pour nous !, paru en 1990 (éditions Barrault). Journaliste, Duroy vient de perdre son travail. L’envie d’écrire un roman le tenaille depuis longtemps, il se retrouve au pied du mur, et couche sur le papier l’histoire d’une famille d’aristocrates désargentée, composée d’un père sans qualification particulière et sans grand courage, d’une mère qui nourrit des rêves de grandeur et refuse d’affronter la réalité, et de neuf enfants qui devront apprendre très tôt à se débrouiller tout seuls entre ces géniteurs irresponsables. Une enfance calamiteuse entre des parents irresponsables.
Cette histoire est en fait celle de Lionel Duroy (de son vrai nom Duroy de Suduiraut). Il n’a rien oublié de son enfance calamiteuse : les crises d’hystérie de sa mère; les mensonges de son père pour apaiser sa femme; les lettres d’huissiers qu’il fallait cacher; l’expulsion de l’appartement de Neuilly pour aller vivre dans une HLM de banlieue; les journées passées dans la voiture de son père, représentant de commerce, pour ne pas avouer à la mère que les enfants ont été chassés de l’école privée de Neuilly faute d’argent… et toutes les autres humiliations. Alors il écrit, tout. Le roman est publié, et ses frères et sœurs rompent avec Duroy, pour avoir porté à la connaissance du public une histoire qui selon eux leur appartient, et qu’ils n’ont pas forcément vécue de la même façon. L’auteur a beau leur expliquer que s’il ne publie pas ce livre, il en mourra, la fratrie de veut rien savoir. Pire encore, la porte se ferme aussi pour les enfants de Duroy, pourtant attachés à leurs cousins. Son fils n’a que six ans.
(Source : Suite101.fr)

* Je n’ai pas lâché ce livre (cette autobiographie). L’auteur raconte son histoire, de l’enfance à aujourd’hui, sa famille et surtout ses parents, cette tribu de onze enfants (si on les compte tous), ses errances, son adolescence pendant laquelle il fut, un temps, déscolarisé, ses premiers boulots de “manard”,  sa découverte de la littérature, son entrée dans le journalisme, ses voyages en Égypte, sa traversée de l’Amérique du Nord au Sud, en Algérie (suite au tremblement de terre ou pour enquêter sur les massacres de la décolonisation), en ex-Yougoslavie, etc…  Mais au travers de tous ces voyages, ce sont les images parentales que l’on retrouve.
J’ai été touchée par la sincérité de son écrit, il ne tait pas ses faiblesses, ses lâchetés, ses ambivalences, ses contradictions, ni les scénarios que chacun peut construire quand il est dans la dépression, dans la peur, dans l’urgence.
Il explique combien écrire fut, finalement, ce qui lui a permis de survivre à son enfance. Écrire ou mourir. Écrire un livre, quitte à être exclu de sa famille, renié, écrire pour témoigner de ce roman familial que ses frères et sœurs auraient aimé taire.
(Source : Le Journal de Chrys)

* A l’origine de ma venue au monde, de notre venue au monde à tous les onze, il y a l’amour que se sont déclaré nos parents.
Toutes les souffrances qu’ils se sont infligées par la suite, toutes les horreurs dont nous avons été les témoins, ne peuvent effacer les mots tendres qu’ils ont échangés durant l’hiver 1944.
De l’Occupation jusqu’à nos jours en passant par la guerre d’Algérie et Mai 68, des avenues chics de Neuilly aux cités dortoirs de Rueil, Lionel Duroy retrace l’itinéraire chaotique d’un enfant, puis d’un homme, pris au piège d’une odyssée familiale désastreuse. Un roman poignant qui fouille les mentalités françaises des cinquante dernières années.

Mon impression :
Ce livre est une autobiographie.  C’est le quotidien d’une famille très nombreuse dans la France d’après l’occupation ;  c’est le récit de ses aspirations et de ses déboires financiers,  de l’expulsion, de la survie ; d’un père qui joue à cache-cache avec les huissiers, les banquiers, et sa femme. D’une mère qui se voyait tout autre et dont les rêves s’écroulent après chaque naissance, chaque perte de niveau de vie, qui se laisse parfois aller à la folie avant de reprendre sa raideur. C’est aussi une chronique de la France de cette même époque, vécue par une famille à contre courant.
La lecture m’a emportée, liée à cette famille. J’ai été troublée et émue par le ton du livre, par le chagrin évident de l’auteur au travers de son récit, de ses jugements vis à vis des siens, de ses souvenirs et de ce qu’il vit aujourd’hui encore par rapport à tout cela. Il y a en lui un enfant caché, terriblement présent, avide d’amour, de reconnaissance, celui qui  a vécu comme des injustices les évènements de son passé et qui souhaiterait sans doute cesser d’en être torturé pour comprendre et enfin expurger colère et haine qui le rongent et le minent toujours.
« …je règle déjà quelques comptes à coups de hache, découvrant combien l’écriture me sort de mon chagrin, combien elle me donne le sentiment d’exister, enfin… »
Je n’ai pas lu d’autres livres de Lionel Duroy mais je l’ai vu à « La grande librairie » lors de son passage pour la sortie de son livre « Colères » : cet homme paraît  d’une sensibilité exacerbée,  ce qui lui permet sans doute de ressentir  si profondément  les évènements, les gens et leur vécu, son passé et qui lui donne ce talent de les conter. Il ne peut évidemment le faire que par l’écriture :  s’il n’écrit pas, il s’enferme, tourne en rond comme un ours en cage, se détruit ; s’il écrit c’est à ses risques et périls, au détriment de ses liens familiaux, amoureux…  Cet homme est souffrance et déchirement quoi qu’il choisisse.
« J’étais bien placé pour savoir combien les livres peuvent être destructeurs, et cependant je ne connaissais pas de plus sûr moyen de garder auprès de soi ceux que nous aimons le plus. »
Difficile sans doute de vivre ce qu’il a vécu, difficile aussi d’être de sa  fratrie et de ne savoir réagir qu’avec une certaine violence à ses écrits et sans doute difficile de vivre avec un homme qui vous scrute, qui semble chercher  ou attendre une faille pour s’engouffrer dedans et tout voir se détruire, de nouveau comme si c’était inévitable.
Troublant, émouvant, parfois agaçant mais terriblement prenant, jusqu’au bout des 734 pages.
(Source : Isabelle Passions sur Over-Blog)

* Jamais plus je ne regarderai les familles nombreuses à la sortie de la messe de Saint-Lunaire ou de Saint-Enogat, sans penser à ce livre.
J’ai toujours eu beaucoup de compassion pour les fratries de 6 ou 7 enfants, tous coiffés de la même façon, cheveux courts pour les garçons,  carré retenu par un serre-tête écossais pour les filles (la variante avec la barrette est aussi acceptable).
Je sais par expérience que la vie dans ces familles n’est pas aussi rose que les gilets ras du cou de la dite couleur  le laisseraient croire…
Quand en plus, la mère en veut à la société, à sa famille, à son conjoint, à ses enfants, de ne pas mener la vie digne de son « rang », alors ce qui était une difficulté de vivre devient un enfer.
Au-delà de cet enfer, provoqué par la personnalité des parents, l’auteur décrit parfaitement bien la difficulté des rapports entre enfants et parents dans ce genre de famille.
J’avais déjà beaucoup aimé Priez pour nous, qui est son premier cri de désespoir adressé à ses parents.
Lionel Duroy  est plus complet dans ce livre autobiographique. Comme il commence au début de la rencontre de ses parents en 1944 et  termine dans les années 2000, nous voyons toute notre époque se dérouler, avec ses violences et ses évolutions.
On voit aussi l’auteur prit dans des amours difficiles, il faut dire que, s’il sait critiquer les autres, il ne s’épargne pas non plus. Le moment où sa jeune compagne doit avorter seule et son manque de compréhension à ce moment là est d’une tristesse incommensurable.
Toute ma jeunesse et ma vie d’adulte repassent devant mes yeux, et souvent un trait de caractère, une tristesse, un sourire, un souvenir me  revient comme une fulgurance.
Etant donné le succès de cet auteur, il doit correspondre à plusieurs formes de sensibilité.
J’ai beaucoup apprécié, également, la façon dont il décrit sa nécessité  d’écrire, on le sent dans un état d’urgence et parfois même de survie.
Il fait partie des enfants mal-aimés qui, sans l’écriture, auraient encore,  tellement plus mal vécu. Il a le talent de savoir l’écrire, d’aller au-delà de sa souffrance personnelle et de s’adresser à chacun d’entre nous.
(Source : Luocine sur Over-Blog)

* J’ai dévoré ce livre qui est pourtant assez conséquent.
Cela faisait longtemps qu’il me faisait de l’oeil et j’ai finalement craqué.
C’est un réquisitoire de l’auteur contre sa mère, une manière pour lui d’exprimer ce qu’il a ressenti au cours de son enfance et de son adolescence chaotique. Voici un petit compte-rendu de cette histoire.
Théophile Dunoyer de Pranassac, le baron Dunoyer de Pranassac, rencontre Simone Verbois pendant la seconde guerre mondiale. Ils ont une vingtaine d’année et appartiennent à des familles très différentes, mais qui partagent néanmoins des idées d’extrême-droite, ainsi qu’une foi catholique indéfectible. Les Dunoyer de Pranassac sont nobles mais désargentés, les Verbois ne sont pas nobles, mais Simone aime l’argent. Ils se marient le jour du débarquement, le 6 juin 1944, et auront 11 enfants, dogme catholique oblige. Après quelques années passées en Tunisie, les Dunoyer reviennent en France en 1957, et s’installent à Neuilly, car rien ne se refuse à la “Baronne” Simone, comme vont commencer à la surnommer ses enfants et son mari.
« A l’origine de ma venue au monde, de notre venue au monde à tous les onze, il y a l’amour que se sont déclarés nos parents. Toutes les souffrances qu’ils se sont infligées par la suite, toutes les horreurs dont nous avons été témoins ne peuvent effacer les mots tendres qu’ils ont échangés durant l’hiver 1944. »
La famille s’installe donc boulevard Richard-Wallace à Neuilly, emploie une « femme à tout faire » qui longe les murs pour arriver au salon et qui vit dans la cuisine, de peur de croiser “la baronne”. Toto (le surnom peu flatteur donné par Simone à Théophile) dépense sans compter pour faire plaisir à sa femme et satisfaire ses caprices d’enfant gâtée. La famille s’agrandit, le septième enfant arrive. L’auteur écrit: “J’ai conscience que nous courons à notre perte avec tous ces enfants.” De sa mère, il rajoute: “Notre mère, que nous découvrirons bientôt si fragile dans l’épreuve, si vulnérable, et pour ainsi dire si peu de chose, porte ici très haut notre chapeau. Sa certitude d’être à sa place dans ce triangle doré de Neuilly, sa conviction d’être issue d’une race bien supérieure aux autres, lui permet de considérer toutes ses voisines comme ses égales (…)” (p.126)
Et puis un jour, en 1959, les huissiers débarquent, et pas à l’improviste, comme pourrait le croire Simone, à qui Toto a bien soigneusement caché les mises en demeures. Cela fait des mois qu’il ne paye plus le loyer de cet appartement qu’il ne peut pas assumer, vivant au-dessus de ses moyens. Les “petits arrangements” qui lui permettaient jusque là de tenir ne suffisent plus. La famille est expulsée, et relogée à Rueil-Malmaison, au domaine de la Côte noire, où ils vont rester plusieurs années. L’électricité sera parfois coupée pour défaut de paiement, William (le prénom derrière lequel se cache Lionel Duroy) et certains de ses frères seront déscolarisés pendant plusieurs années car leur collège privé est trop cher, et cela sera caché à Simone, trop fragile, selon Toto, pour supporter la situation. Finalement, en 1962, la famille s’installera dans une banlieue plus agréable, à Vaucresson, sans que cela ne satisfasse la Baronne.
« Peut-être est-ce la conscience de leur inconscience qui, sur le moment, m’a fermé les yeux. » déclare l’auteur. Tout au long du livre, on découvre un couple qui joue à s’humilier ou à se rabaisser. On sent bien que quelque chose ne tourne pas rond, que Simone déteste ce que représente son mari, qu’elle ne supporte pas la famille de Théophile, que seuls les siens et son sacro-saint père Henry avait la grâce et l’élégance. William, lui, est un Dunoyer de Pranassac, pas un Verbois. Il n’est donc pas digne d’elle. Son mari non plus. Ne dit-elle pas de Toto qu’il est un « monstre » et que tous les malheurs qui leur arrivent sont de sa faute.  Et pourtant, les enfants se suivent à un an d’intervalle, la contraception n’est pas à l’ordre du jour, les époux aiment se chamailler et se réconcilier sous la couette. Inconscience ? Insouciance ? Jeu ?
Quoi qu’il en soit, les enfants en souffrent, le narrateur, en tout cas, s’interroge sur son père et sa « servilité ».
« Pourquoi s’humilie t-il ? Puisqu’il sait qu’elle va même passer, certains jours, sans même nous jeter un coup d’oeil, (…) comme si nous ne comptions pas plus à ses yeux que des cafards. »
Le temps passe, nous survolons les époques. Ce qui est d’autant plus intéressant dans ce livre, c’est que nous apprenons des choses sur la seconde guerre mondiale vu du camp Pétainiste (les familles paternelle et maternelle de Lionel Duroy l’étaient), la honte qu’il a ressenti autour de ses vingt ans en réalisant ce en quoi avaient cru les siens, mais nous apprenons aussi beaucoup sur la guerre d’Algérie, l’OAS, l’attentat contre De Gaulle au Petit-Clamart. Plus tard dans sa vie, Lionel Duroy - William dans le livre - deviendra journaliste à Libération, et partira enquêter sur les crimes commis par les militaires français en Algérie, dont un certain Lieutenant Jean-Marie Le Pen qui a torturé pendant la guerre les résistants Algériens. Grâce à son enquête, celui-ci aura droit à un procès au milieu des années 80. On apprend aussi beaucoup sur la crise qui a eu lieu en Nouvelle-Calédonie en 1988, Jean-Marie Djibaou et la grotte d’Ouvéa. Ces évènements ne voulaient pas dire grand-chose pour moi, car je n’avais à l’époque qu’une dizaine d’années. On apprend beaucoup sur l’Histoire en général, notre histoire et celle d’autres pays.
Pour revenir sur le texte et conclure.
Le temps passe, le narrateur évoque sa vie, son mariage, la naissance de ses enfants, son travail de journaliste. Après plusieurs années, il projette d’écrire ses souvenirs et toute l’amertume qu’il garde contre sa mère. Il raconte l’écriture de ce livre dans le livre. Il évoque le moment où il doit  prendre la décision de le publier ou non. Il décide de le publier, contre l’avis des siens, qui pensent que cela tuera ses parents de le faire. Certains s’opposent catégoriquement à la sortie d’un livre racontant l’histoire de la famille, menaçant d’exclure le narrateur de la famille. Et pourtant le livre est publié et existe. Il s’appelle « Priez pour nous ». Lionel Duroy s’est mis à dos tous les siens en publiant ce texte, et son mariage a sombré à partir de là. Et pourtant, tous ses frères et soeurs avaient vécu la même chose, mais ils n’avaient pas besoin d’exprimer leur chagrin ainsi. Alors que penser de la violence des sentiments du narrateur envers Simone, sa mère ?
Par moment, j’avais l’impression que pour mieux « guérir », William- Lionel aurait peut-être dû lui pardonner. A de rares occasions, on les voit se rapprocher, s’aimer comme un fils et sa mère, et on les voit à nouveau s’éloigner, et on se dit quel dommage. Il est vrai que Simone est fatigante, qu’elle se plaint sans cesse, qu’elle est vénale et égocentrique, que Toto est soumis et parfois humilié, que les décisions prises par ses parents n’étaient pas raisonnables, mais on se dit que la haine, la violence du ressentiment est vraiment trop forte, presque disproportionnée. En fait, j’ai autant souffert pour le narrateur que pour ses parents. Ce livre parle bien de chagrin, mais aussi des choix qui se sont imposés à l’auteur pour pouvoir se construire. L’écriture des souvenirs était nécessaire, et ses frères et soeurs auraient dû le comprendre. Je trouve son parcours courageux et sa décision saine. En tout cas, je peux comprendre sa réaction et le besoin de témoigner, de s’opposer, de ne plus se taire et se rabaisser, comme son père l’avait fait, d’après lui, à  tort ou à raison,  toute sa vie.
(Source : Syannelle sur Blogspot)

Quelques citations

Ils ne s’autorisent que la méthode du docteur Kyusagu Ogino, qui consiste, pour la femme, à déterminer ses périodes de fécondité à l’aide d’un simple thermomètre, parce que cette technique a reçu l’onction de Rome.

Tant d’années après, je me dis que c’est ce soir-là qu’elle nous a fait le plus de mal, et par notre faute, parce qu’aucun d’entre nous trois, les garçons, n’a trouvé la force de la rappeler pour lui balancer en plaine figure ces mots que je me répète silencieusement, certaines nuits, aujourd’hui encore, et alors que notre mère est morte depuis longtemps : « maman, tu pourrais au moins nous remercier. On n’est pas des chiens. »

Comme si elle n’avait trouvé aucun moyen d’échapper à son personnage d’emmerdeuse – ni la force ni l’imagination-, et je me dis aujourd’hui qu’en cédant à ses caprices, à sa bêtise affichée (revendiquée, allais-je écrire), notre père a sans doute contribué à cet enfermement.

Longtemps journaliste à Libération, Lionel Duroy est également l’auteur de Priez pour nous, Trois couples en quête d’orage et Méfiez-vous des écrivains. Immense succès, Le chagrin a obtenu le grand prix Marie Claire du roman d’émotion, le prix Marcel Pagnol, le prix François Mauriac et le prix des lecteurs de Brive-la-Gaillarde.

Parution : Avril 2011
Nb de pages : 734 p.
Format : Poche
Dimensions : 17.5 x 11.0 x 3.0 cm
ISBN : 9782290031568
EAN13 : 9782290031568

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