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LE SECURITE GLOBALE N° 10. DOSSIER CONTRE-INSURRECTION(S)

Camille GRAND

Choiseul

Le Sécurité globale N°10/Hiver 2009-2010 présente un dossier consacré à la contre-insurrection(s), coordonné par Georges-Henri Bricet des Vallons et Stéphane Taillat.

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L’armée française l’appelait déjà, en Algérie, la guerre contre-révolutionnaire. Mais c’est après l’échec de la guerre du Vietnam que l’armée américaine a commencé à développer les théories de contreinsurrection (counterinsurgency).

Comment, en effet, à la fois occuper un pays et défaire les insurgés locaux qui, sur leur propre terrain, utilisent les techniques de guérilla ? Les théories de la contreinsurrection répondent en substance : gagnez les coeurs et les esprits des populations locales, contre les insurgés.

Utilisant toutes les techniques de guerre psychologique, renseignement, quadrillage, désinformation, infiltration, etc., la doctrine de contreinsurrection brasse un large champ de disciplines et de compétences pour des résultats toujours incertains.

Plus que jamais d’actualité, ce dossier de Sécurité globale laisse la parole aux théoriciens comme aux hommes de terrain.

Voici les résumés des articles que vous pourrez y lire :

• Editorial

Jean-François Daguzan, maître de recherche, Fondation pour la recherche stratégique

Pascal Lorot, président de l’Institut Choiseul

• Point de vue

Comprendre et gérer la complexité

Camille Grand, Directeur de la Fondation pour la recherche stratégique (FRS)

Nous sommes entrés dans un monde incertain. Il s’agit donc, en premier lieu, de chercher à éviter que l’une des crises régionales -dont la multiplicité et la grande variété sont une des caractéristiques du monde d’aujourd’hui– ne dégénère en une crise stratégique majeure impliquant deux ou plusieurs grandes puissances, voire l’emploi d’une arme nucléaire ou d’une autre arme de destruction massive.

En second lieu, la prévention d’une telle crise majeure passe par deux voies également nécessaires: le succès des efforts pour prévenir la prolifération des armes de destruction massive et le maintien du rôle de régulateur stratégique détenu par les États-Unis et leurs alliés occidentaux. Dans l’un ou l’autre cas, un échec signifierait l’entrée dans un système beaucoup plus imprévisible et dangereux.

• Contre-insurrection(s)

Les forces armées occidentales à la croisée des chemins

Stéphane Taillat, Agrégé d’histoire, titulaire d’un master 2 en relations et sécurité internationales et doctorant en histoire militaire et études de défense

Si l’euphorie initiale de l’invasion de l’Afghanistan et de l’Irak a semblé apporter enfin la consécration de la pensée technologique, les lendemains ont déchanté, faisant voler en éclat le vernis protecteur des discours et des stratégies officiels, révélant ce que le général d’armée Sir Rupert Smith a baptisé depuis «la guerre au milieu des populations».

Dans ce cadre opérationnel particulièrement mouvant et perturbateur, la contre-insurrection a fini par émerger comme un nouveau format normatif pour l’action militaire en Irak et en Afghanistan.

• Contre-insurrection(s)

Les mythes de la contre-insurrection et leurs dangers : une vision critique de l’US Army

Gian P. Gentile, Colonel (US Army), directeur du département d’histoire militaire de West Point

Les mises en récit ou narrations jouent sur plusieurs plans dans une campagne de contre-insurrection. D’un côté, le contre-insurgé use d’une narration contre les insurgés qu’il combat pour tenter de modifier la manière dont les uns et les autres sont perçus au sein de la population qu’il tente de gagner à sa cause. D’un autre côté, le contre-insurgé bâtit très souvent sa propre narration interne –son propre «mythe» –à destination de l’opinion publique afin d’appuyer l’idée que la campagne militaire emprunte la voie la plus acceptable d’un point de vue éthique, celle de la protection de la population et de la conquête «des cœurs et des esprits». Cette «fiction» fonctionne comme une structure de méconnaissance qui masque les conditions réelles dans lesquelles ces guerres sont effectivement menées et nous permet d’examiner la face sombre de l’histoire de la contre-insurrection.

Narratives play multiple parts in a Counterinsurgency campaign. On one hand Counterinsurgent forces often deploy a narrative against the insurgents that they are fighting to try to create their own identity of positive change within the local population they are trying to win over. However, Counterinsurgents often construct their own internal narrative for domestic public consumption to create the image that their Counterinsurgent Campaign is winning hearts and minds and is conducting the war in a kinder and gentler way because the focus is on protecting the population. This other narrative shows the dark side of Counterinsurgencies because it conceals the actual conditions of what happens on the ground when these wars are fought.

• Contre-insurrection(s)

Les dilemmes de la doctrine de contre-insurrection américaine : répétition, pertinence et effet

David UCKO, Docteur en sciences politiques du King’s College de Londres, chercheur à la Stiffung Wissenschaft und Politik de Berlin et à la RAND corporation

Peu de temps après l’invasion de l’Irak en 2003, l’armée américaine a commencé à publier une doctrine consacrée spécifiquement aux opérations de contre-insurrection. Les manuels sont depuis devenus de plus en plus nuancés et insistent sur la nécessité d’accorder aux opérations de stabilisation une priorité égale à celle des opérations de combat. Cependant, quels effets ont réellement eu ces publications sur le département de la Défense (DoD), sur l’US Army et sur le corps des Marines en particulier? Cet article évalue le niveau d’apprentissage au sein de l’armée américaine et constate, qu’en dépit de nombreuses évolutions, d’importants pans de ces institutions restent marqués par des priorités datant de plusieurs décennies. Si l’armée américaine souhaite développer une force qui soit vraiment capable d’agir «sur tout le spectre des opérations» (full spectrum dominance), la publication de manuels doctrinaux doit s’accompagner d’ajustements et d’un effort de rééquilibrage dans l’allocation des ressources. Ce faisant, il est également crucial de contester les narrations montantes qui cherchent une fois encore à reléguer la contre-insurrection (COIN) à l’arrière-plan des priorités de l’armée américaine.

Shortly after its invasion of Iraq in 2003, the U.S. military began to release doctrine for counterinsurgency operations. The field manuals have since then become increasingly nuanced and emphasized the need to prioritize stability operations on the same level as major combat. Yet how much of an effect have these publications had on the wider Department of Defense and on the Army and Marine Corps in particular? This article assesses the current state of learning within the U.S. military and finds that while changes are taking place, there are still many important areas marked by continuity with decade-old priorities. If the U.S. military wants to develop a force that is truly ‘full-spectrum’, the publishing of field manuals must be complemented by difficult trade-offs and more balanced resource-allocation. As part of this process, it will also be critical to engage with the growing narratives that are once again seeking to push counterinsurgency off the table as a U.S. military priority.

• Contre-insurrection(s)

L’expérience militaire britannique dans la province afghane du Helmand (2006-2009)

Michel GOYA, Colonel (armée de terre), directeur de la chaire «Nouveaux conflits» de l’IRSEM

Plus vaste province d’Afghanistan, poumon de la culture d’opium du pays, le Helmand a été la plus meurtrière pour la Force internationale d’assistance à la sécurité (FIAS). L’article suivant dresse un bilan des opérations menées par les forces britanniques depuis leur déploiement en 2005 dans cette province et montre à quel point la guerre de contre-insurrection, loin de toute logique «magique» et immédiate, est travaillée en profondeur par des forces contradictoires, tiraillée en permanence entre la stabilisation douce et des opérations de contre-guérilla classiques. Si les perspectives sont sombres, l’espoir est permis de voir la Coalition réussir là où elle a échoué précédemment, à condition de déployer un nombre de troupes dimensionné aux enjeux d’une telle occupation.

Largest province of Afghanistan, heart of opium culture of the country, Helmand has been the most deadly zone for the International Security Assistance Force (ISAF). The following article assesses the operations conducted by the British forces since their deployment in 2005 in this province and shows how the counterinsurgency warfare, far from any “magical” and immediate logic, is worked in depth by contradictory forces, pulled permanently between the soft stabilization and conventional operations of counter-guerrilla. Despite bleak prospects, hope is allowed to see the Coalition succeed where it has failed previously, providing that a sufficient number of troops is deployed to face the challenges of such occupation.

• Contre-insurrection(s)

Contre-insurrection et « responsabilité de protéger » : panacée ou supercherie ?

Christian OLSSON, Docteur en science politique et diplômé de Sciences Po Paris, attaché temporaire d’enseignement et de recherche en science politique à l’Université de Lille 2 et chercheur associé au Centre d’études sur les conflits, à l’IRSEM et au CREC/Saint-Cyr

La nomination du général Stanley McChrystal à la tête de l’ISAF en Afghanistan en juin 2009 a coïncidé avec un recentrage du discours officiel de l’Otan sur l’idée que sa mission première y serait de «protéger les populations afghanes». À l’instar de la stratégie prétendument «population-centrée» de la coalition en Irak au moment où le général David Petraeus en prenait le commandement en février 2007, l’argument de McChrystal ne consiste pas tant à affirmer que la «protection des populations locales» viendrait désormais se surajouter à l’objectif de «vaincre» les Taleban, qu’à postuler que cette première constituerait le moyen le plus efficace pour atteindre le second. Le pari de cet article est de prendre ce discours sur la «protection des populations locales» au mot pour nous intéresser à la question des conditions de possibilité de sa mise en application: qui protéger ? Contre quoi ? Comment ?

The nomination of General Stanley McChrystal to the position of ISAF commander in Afghanistan coincided with a refocusing of NATO ’s official discourse around the idea that its main mission would now be to “protect the Afghan population”. Following the presumably “population-centric” strategy on the part of the Coalition in Iraq at the time when General Petraeus took over its command in February 2007, General McChrystal’s argument is not to say that the objective of “protecting the local population” would now be added to the previous one of “defeating the Taleban”. It rather postulates that the first objective would allow reaching the second. This article analyses this discourse in order to highlight the conditions of possibility of its application as well as its assumptions and limits: who is to be protected? Against what or whom? How?

• Contre-insurrection(s)

L’action intégrale ou la contre-insurrection à la mode colombienne

Jérôme Cario, Lieutenant-colonel, armée de Terre, chef du bureau recherche du Centre de doctrine d’emploi des forces (CDEF)

Antonin Tisseron, chercheur-associé auprès de l’Institut Thomas More

Alors que l’approche globale s’est imposée comme le meilleur moyen de combattre les Talibans en Afghanistan, la Colombie expérimente depuis plusieurs années une stratégie similaire dans sa lutte contre les groupes armés. L’action intégrale, mise en place au niveau national en 2003 par Alvaro Uribe à la demande notamment des forces armées, associe en effet étroitement l’outil militaire aux autres composantes de l’État. La sécurité n’est qu’un moyen, un point de départ. Seule l’action dans les champs politiques, économiques et sociaux peut permettre l’éradication de la violence dans des régions longtemps délaissées. En cela, l’approche colombienne de la contre-insurrection offre à voir la manière dont un gouvernement peut adapter les outils à sa disposition pour combattre une violence insurrectionnelle, mais aussi certaines des difficultés rencontrées.

While the comprehensive approach has emerged as the best way to fight the Taliban in Afghanistan, Colombia has been testing out a similar strategy in its fight against armed groups for several years. The integral action, set up at the national level in 2003 by Alvaro Uribe at the request of the military among others, closely associates the military tool to other parts of the state. Security is a means, a starting point. Only action in the political, economic and social fields may help to eradicate violence in areas long neglected. In this regard, Colombia’s approach against insurrection is an opportunity to see how a government can adapt its available tools to fight insurrectionary violence, but also some of the difficulties it faces.

• Une maffya symbiotique : traditions et évolutions du crime organisé en Turquie

Xavier Raufer, chargé de cours à l’Institut de criminologie de Paris, université Paris II – Panthéon-Assas et directeur des études au département de recherche sur les menaces criminelles contemporaines (MCC), Paris II

Dans cet article, Xavier Raufer propose une description détaillée et unique de la maffya turque, dans toutes ses dimensions (historiques, sociologiques ou politiques). Une enquête inédite sur le Milieu turc, la corruption et les évolutions du système du crime organisé, pourtant caractérisé par son attachement à la tradition.

Xavier Raufer proposes a detailed an unusual descritpion of the Turkish maffya in all its dimensions (historic, sociological ans political). An unpublished investigation on the Turkish underwolrd, the corruption and the evolutions of organized crime, yet characterized by its attachement to the tradition.

• La vision chinoise du terrorisme

He Bingsong, éminent pénaliste et criminologie chinois, professeur d’Université, directeur du centre de recherche sur le terrorisme et le crime organisé de l’Université de droit et de sciences politiques de Pékin et directeur du centre de législation criminelle de l’Université de Shandong

La Chine doit faire face à plusieurs menaces terroristes, dont voici les principales :

- le terrorisme du « Turkestan oriental » (abrégé en « Turkestan oriental »)

- le « Congrès de la jeunesse tibétaine » (abrégé en CJT)

- les « Trois forces »

- le terrorisme international.

Devant la menace terroriste à l’échelle globale, le gouvernement chinois s’engage activement dans la lutte antiterroriste lancée par les Nations unies en offrant un soutien inlassable à cette lutte, en cherchant la coopération large avec d’autres pays à l’échelle internationale.

Au sein de la Chine, la lutte antiterroriste s’organise selon divers moyens : politique, économique, diplomatique, militaire, culturel.

Le 15 juin 2006, le Conseil des États membres de l’OCS a signé la «Déclaration commune du 5e anniversaire de l’Organisation de coopération de Shanghai» en déclarant que l’Organisation apportera une contribution constructive afin d’établir un nouveau cadre de sécurité pour la confiance, l’avantage, l’égalité et le respect mutuels. pour l’OCS «la tâche essentielle est de lutter contre le terrorisme, le séparatisme, l’extrémisme et le trafic illicite des drogues».

La coopération économique est l’une des deux fonctions principales de l’OCS et le facteur clé de sa consolidation.

• La polémosphère

Laurent DANET, doctorant à l’université Lyon III en sciences politiques, option relations internationales. Enseignant chercheur affilié au CLESID (Centre lyonnais d’études en sécurité internationale et défense)

L’immense majorité des auteurs de stratégie militaire ou de politique internationale s’accorde pour reconnaître le brouillage actuel des codes et des cadres traditionnels du conflit collectif armé. Guerres interétatiques, de prédation, civiles, asymétriques, irrégulières, terrorisme, tout succède à tout, se chevauche, se mélange, pour disparaître dans le grand fourre-tout du générique «instabilité». La polémosphère désigne ce brouillard. L’article qui lui est consacré ne tente pas de l’analyser en le déconstruisant, mais en invoquant d’autres perspectives que sont l’intégration planétaire, l’inconscient collectif, les concurrences mémorielles. Mais la prudence analytique reste de mise : comme dans toute période intermédiaire, la gestation se passe la nuit.

The vast majority of international, military strategy, or international politics authors agree to concede the present interference of traditional codes and frameworks of collective armed conflict. Irregular, asymmetrical, civil, and interstate wars, as well as terrorism, everything succeeds everything, overlaps and blends to vanish in a great jumble of “instability”. The socalled polemosphere points out this murk. This article, which develops this concept, doesn’t aim to analyze it, while un-knitting it, but makes an attempt to evoke other perspectives which are: world integration, collective recklessness, memorial concurrence. Somehow, it requires to keep in mind some sort of analitycal caution: like any other intermediate period, gestation occurs at night.

Le Sécurité globale n° 10 - Dossier Contre-insurrection(s)

Parution : février 2010

Nombre de pages : 144 p.

Dimension : 19 cm x 26 cm

ISBN 2916722750

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