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LES HARKIS, HISTOIRE, MEMOIRE ET TRANSMISSION

Gilles Manceron, Benoît Falaize, Fatima Besnaci-Lancou
Editions de L’Atelier

Peu à peu, la guerre d’Algérie devient un objet d’histoire abordé à l’école primaire, au collège et au lycée. Mais la question de la place des harkis, ces supplétifs enrôlés aux côtés de l’armée française, bien souvent controversée, est laissée dans l’ombre en raison des passions qu’elle suscite et des clichés qui perdurent. Cet ouvrage a pour but de permettre aux enseignants de l’aborder dans leurs cours grâce aux repères rigoureux proposés au fil des pages.

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La première partie examine de manière synthétique l’état des connaissances historiques sur le sujet en répondant à quatre questions décisives :

À quel objectif répondait le recrutement des harkis ?
Comment explique-t-on cet engagement ?
Dans quelle mesure peut-on dire que l’État français les a abandonnés ?
Que sait-on de l’ampleur des massacres à l’indépendance de l’Algérie ?

Les seconde et troisième parties du livre traitent respectivement de la gestion de la mémoire (lieux, littérature, cinéma…) et de la façon dont l’Éducation nationale aborde la question des harkis dans les programmes, les manuels et les pratiques scolaires en France et en Algérie.

PREFACE DE PHILIPPE JOUTARD, HISTORIEN, ANCIEN RECTEUR :
« UN BEAU TRAVAIL CONJOINT D’HISTOIRE ET DE MEMOIRE »

Je conserve un vif souvenir de cet après-midi d’octobre 2008 passé à écouter des interventions sur la transmission et l’enseignement de l’histoire des harkis. J’en ai retrouvé heureusement l’écho fidèle à travers cet ouvrage d’une grande richesse et d’une variété d’approches, sans parler de son originalité.
On y sent l’aboutissement d’un travail méthodiquement et obstinément mené depuis six ans à travers trois colloques et déjà un premier livre publié en 2008 dans la même maison d’édition, Les harkis dans la colonisation et ses suites. On y rencontrait déjà deux des maîtres d’oeuvre du présent ouvrage, Fatima Besnaci-Lancou et Gilles Manceron et plusieurs de ses auteurs. D’un livre à l’autre apparaît la continuité : la volonté d’établir une véritable histoire scientifique, de dépasser les légendes, et l’ambition de ne pas en rester à la seule guerre d’Algérie, mais d’envisager l’ensemble du parcours du groupe, d’une génération à l’autre. La nouveauté, c’est l’objectif d’une transmission à un public plus vaste, en particulier à travers le vecteur privilégié que constitue l’école. Cet objectif n’est pas purement théorique, mais prolonge plusieurs expériences pédagogiques réussies dont le livre se fait l’écho.
L’ouvrage vient à son heure. Le silence sur les harkis dans les classes comme dans les manuels ne tient pas seulement à l’occultation d’un sujet sensible, même s’il ne faut pas minimiser le phénomène, c’est aussi la réaction d’enseignants cernés par l’ampleur des programmes, surtout pour l’histoire très contemporaine qui s’élargit régulièrement avec l’écoulement dans le temps et la diversité des curiosités. Moins que jamais le professeur d’histoire ne peut espérer être exhaustif ; il est constamment conduit à faire des choix, une de ses tâches les plus difficiles ; sa tentation est donc grande de privilégier des questions classiques, faciles et sans problème, au risque de compromettre le véritable apport de notre discipline. Or, ce présent ouvrage, Les harkis, histoire, mémoire et transmission, devrait lui donner l’envie de choisir ce sujet à la fois comme un des meilleurs moyens d’aborder l’histoire de la guerre d’Algérie sans négliger les conséquences sur une plus longue durée et peut-être, plus décisif encore, l’occasion de faire comprendre aux élèves la valeur irremplaçable d’une histoire rigoureuse et distanciée, n’hésitons pas à le dire, scientifique, comme formatrice d’un humanisme du XXIe siècle.
Sur le premier point, je ne fais pas une suggestion paradoxale. Il suffit de lire la première partie de cet ouvrage. Prenons, par exemple, la contribution de Mohammed Harbi, on comprend comment le phénomène harki renvoie à une analyse globale de la société algérienne tiraillée entre le monde urbain avec ses prolongements outre-méditerranéens et la ruralité obéissant à d’autres logiques et solidarités. Présenter les harkis oblige à recourir à la micro-histoire, dont on connaît la fécondité, tant il est vrai que la constitution de ce groupe ne correspond pas à un modèle unique, mais à de multiples parcours dont seuls les récits de vie ou plus souvent les bribes de mémoires recueillis par les descendants, rendent compte. L’histoire des harkis illustre une règle souvent vérifiée : les marges sont les meilleures révélatrices des réalités les plus profondes et un observatoire privilégié pour comprendre les phénomènes complexes.
Tout au long de ce livre, l’élève comprendra mieux ce qu’est la démarche historique scientifique, qui dépasse le manichéisme et la représentation de la réalité en noir et blanc, et qui refuse d’être au service d’une identité quelle qu’elle soit. Il pourra y voir une belle démonstration d’une juste articulation entre mémoire et histoire au-delà des oppositions irréconciliables habituellement évoquées. Je n’hésite pas à y voir un des meilleurs exemples que je connaisse. On y découvre, d’abord, le rôle des sources mémorielles dans la constitution de l’objet historique et de sa compréhension, à condition de bien s’entendre sur ce qu’est la mémoire, non pas une instrumentalisation du passé ou la reprise d’un discours idéologique se cachant derrière un mot à la mode, mais les recueils de souvenirs, les récits de vie évoqués par Gilles Manceron dans son texte « Les mémoires et l’histoire ». Nul doute que cette mémoire ainsi retrouvée, aussi bien celle des survivants, de leurs femmes et de leurs enfants, contribue à apaiser des traumatismes et à renforcer le sentiment d’appartenance. Mais seule l’approche distanciée et rigoureuse de l’histoire débarrasse des idées reçues et des stéréotypes qui ont tant stigmatisé injustement le groupe des harkis. On songe par exemple au rapprochement pernicieux et faux avec les collaborateurs français pendant la Seconde Guerre mondiale. C’est le mérite de Fatima Besnaci-Lancou et de ses amis de l’association Harkis et droits de l’Homme d’avoir compris que loin d’affaiblir leur groupe et sa mémoire, la recherche historique utilisant la confrontation des sources écrites et orales, publiques et privées, algériennes et françaises, les mettait pleinement en valeur. Par ailleurs, on comprend bien ici comment la démarche historique permet de sortir de la guerre des mémoires, non pas en niant celles-ci, mais en les contextualisant et donc en leur permettant de coexister.
Ajoutons-y, ce n’est pas un mince intérêt, que la dernière partie du présent ouvrage est l’occasion d’un travail fructueux entre professeur de lettres, professeur d’histoire et chercheurs, à partir de cette étonnante floraison de romans pour un groupe de dimension réduite. On y découvre une expression littéraire mieux à même de traduire les traumatismes persistants d’une génération à l’autre et d’en faire saisir le poids.
Au-delà d’une réflexion intellectuelle, cette belle initiative éditoriale révèlera à beaucoup un groupe qui, victime des violences de l’histoire, a su ne pas s’enfermer dans un destin souvent tragique, mais le dépasser et imposer la dignité de son attitude.

TABLE DES MATIERES

Préface par Philippe Joutard

Introduction par Fatima Besnaci-Lancou, Benoit Falaize, Gilles Manceron

PREMIERE PARTIE – L’Histoire
L’Algérie en 1954, une nation en formation par Mohammed Harbi
Les supplétifs dans la guerre d’Algérie : mythes et réalités par Gilles Manceron.
L’idéologie des officiers de supplétifs : les cas de Jean Servier et de Raymond Montaner par Neil MacMaster
La notion d’abandon des harkis par les autorités françaises par Abderahmen Moumen
Les massacres de harkis lors de l’indépendance de l’Algérie par Abderahmen Moumen
De l’histoire coloniale à l’immigration post-coloniale : le cas des harkis par Laure Pitti

DEUXIEME PARTIE – La mémoire
Les mémoires et l’histoire par Gilles Manceron
Enrôlements en mémoire, mémoires d’enrôlement par Giulia Fabbiano
Porteurs de mémoire. Quand la littérature est attente d’Histoire par Zineb Ali-Ben Ali
L’image des harkis à travers l’écran par Valérie Esclangon-Morin
Les lieux de mémoire du groupe social « harkis ». Inventaire, enjeux et évolution par Abderahmen Moumen
Transmettre l’histoire occultée et la mémoire enfouie des harkis comme une blessure emblématique des mésusages du passé par Charles Heimberg

TROISIEME PARTIE – La transmission scolaire
Les enjeux scolaires de l’histoire des harkis par Benoit Falaize.
La place des harkis dans le récit scolaire de la guerre d’Algérie. Raisons d’une défaillance et des difficultés d’un enseignement par Laurence De Cock
Des figures de l’absence. Les harkis dans les manuels d’histoire de lycée de 1962 à 1998 par Françoise Lantheaume
Figures et rôle des harkis dans l’écriture des manuels scolaires de 1998-2008 par Pascal Mériaux
Des témoins dans la classe. Récit d’une expérience par Malika Ouadi et Claire Podetti
Les harkis dans les manuels scolaires d’histoire algériens par Lydia Ait Saadi

Bibliographie

Fatima Besnaci-Lancou, auteure de Fille de harki (Editions de l’Atelier, 2003) et Des vies. 62 enfants de harkis racontent (Editions de l’Atelier, 2010), cofondatrice de l’association Harkis et droits de l’Homme. Benoit Falaize, professeur agrégé d’histoire, diplômé de sociologie politique, ancien formateur à I’IUFM de Versailles. Il est chargé d’étude et de recherche à l’Institut national de recherche pédagogique (INRP), autour des questions sensibles de l’enseignement de l’histoire. Gilles Manceron, historien, a écrit notamment Marianne et les colonies (La Découverte, 2003), 1885, Le tournant colonial de la République (La Découverte, 2007). Il est vice-président de la Ligue des droits de l’Homme.

Dimension : 215 x 131 x 18 cm
Nombre de page(s) : 222 p.
ISBN : 2708241176
EAN13 : 9782708241176

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