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VERS UNE CULTURE STRATEGIQUE EUROPEENNE ?

Alessia Biava
ACADEMIA

vers-une-culture-strategique-europeenneLa notion de culture stratégique est appliquée à l’étude de la politique de sécurité et de défense commune (PSDC) de l’Union européenne. Celle-ci est analysée tant sur le plan opérationnel, par l’examen comparé des interventions sur le terrain, que sur le plan institutionnel à travers l’étude de documents et d’entretiens. Ce livre est issu d’une thèse de Doctorat soutenue en 2009.

PRESENTATION

S’interrogeant sur les caractéristiques de l’approche de l’UE en matière de sécurité et de défense, cet ouvrage applique de manière novatrice la notion de culture stratégique à l’étude de la Politique de sécurité et de défense commune (PSDC) de l’UE.
La recherche se base sur un cadre analytique ad hoc en mesure d’identifier les éléments avant-coureurs d’une culture stratégique européenne. La PSDC est ainsi analysée tant sur le plan opérationnel, par l’examen comparé de toutes ses interventions sur le terrain, que sur le plan institutionnel à travers l’étude des principaux documents et grâce à des entretiens. Sur le plan théorique, l’ouvrage explique l’émergence d’une culture stratégique européenne de manière multi-causale, à travers une grille heuristique à plusieurs variables des matrices réaliste, libérale et constructiviste.
Par le biais du concept de culture stratégique, cet ouvrage permet de mieux cerner la spécificité de la PSDC et de contribuer ainsi à sa théorisation et à sa compréhension.

TABLE DES MATIERES

LA DEFINITION DU CADRE ANALYTIQUE ET DE L’APPROCHE THEORIQUE

1. La culture stratégique : quelle définition ? Analyse sélective de la littérature
- La difficile définition de la notion « culture stratégique » : revue de la littérature.
- Un élargissement de perspectives : vers une conceptualisation de la notion de culture stratégique applicable à l’Union européenne.

2. Vers une culture stratégique européenne ? Analyse du débat académique
- La définition du cadre analytique et de l’approche théorique
- Une culture stratégique européenne est-elle possible ? De quelle manière peut-elle être qualifiée ?
- Comment analyser la culture stratégique européenne ? Quels sont les résultats des études empiriques ?

3. La définition du cadre analytique et de l’approche théorique.
- L élargissement de la notion de stratégie et la nouvelle définition de culture stratégique.
- Un cadre d analyse pour l étude de la culture stratégique de l’Union européenne.
- Vers une explication théorique de l émergence d une culture stratégique au sein de la PSDC ?

LES ELEMENTS D’UNE CULTURE STRATEGIQUE EUROPEENNE EN EMERGENCE

4. L’engagement de l’Union européenne sur le terrain : vers des modèles de comportement cohérent ? L’étude du niveau opérationnel
- Une grille d analyse pour l étude des interventions de l’UE sur le terrain dans le cadre de la PSDC
- L’analyse des interventions de l’UE sur le terrain depuis 2003 : les Balkans.
- L’analyse des interventions de lUE sur le terrain depuis 2003 : l’Afrique.
L’analyse des interventions de l’UE sur le terrain depuis 2003 : le Proche et le Moyen-Orient.
- L analyse des interventions de l’UE sur le terrain depuis 2003 : la Géorgie, Aceh et l Afghanistan.
- Conclusions : vers des modèles de comportement cohérent ? Analyse des résultats de l’étude des missions civiles et des opérations militaires de la PSDC.

5. Vers des idées partagées ? L’étude du niveau institutionnel top-down.
- L’étude du niveau institutionnel top-down : repères méthodologiques.
- L’analyse du niveau institutionnel top-down.
- Comparaison entre niveau opérationnel et niveau institutionnel top-down.

6. Vers des visions et des attentes partagées ? L’étude du niveau institutionnel bottom-up.
- Vers un processus de socialisation européenne au sein du COPS ?
- Présentation et analyse des résultats de l’étude sociologique du COPS.
- Synthèse et résultats de l’étude sociologique du COPS.

CONCLUSION
L’émergence d’une culture stratégique européenne : analyse théorique des résultats.
- Mise en relation des résultats de l’analyse du niveau institutionnel bottom-up et des éléments de convergence et de décalage entre impulsion institutionnelle et pratique sur le terrain.
- La nature de la culture stratégique européenne.
- Analyse théorique de la nature de la culture stratégique de l’UE dans le cadre de la PSDC.
- Les caractéristiques de l’approche européenne en matière de sécurité et de défense.

L’AUTEUR

Docteur en Sciences Economiques et Sociales (mention Science Politique) de l’Université de Genève, Alessia Biava est chercheuse post-doctorale à l’Institut européen de l’Université de Genève depuis 2010. Ses recherches portent sur la Politique de sécurité et de défense commune et sur la Politique étrangère et de sécurité commune de l’Union européenne, ainsi que sur l’action de l’UE pour la sécurité de l’approvisionnement énergétique et pour la lutte contre le changement climatique.
Alessia Biava est également coordinatrice académique ainsi que co-responsable des séminaires de Méthodologie du Master of Advanced Studies in International and European Security et du Certificate of Advanced Studies in European Security organisés conjointement par l’Institut européen de l’Université de Genève et par le Geneva Centre for Security Policy.
Entre septembre 2007 et février 2008 elle a été chercheuse visiteuse à l’Institut d’études européennes de l’Université libre de Bruxelles grâce à une bourse du Fonds national suisse de la recherche scientifique pour chercheurs- débutants. Entre 2004 et 2009 elle a été Assistante d’enseignement à l’Institut européen de l’Université de Genève dans le cadre des disciplines relevant du domaine de science politique. Ses enseignements portaient sur l’architecture sécuritaire en Europe, sur les pères fondateurs de l’Union européenne ainsi que sur les principales organisations européennes.
Elle fait également partie du Réseau francophone de recherche sur les opérations de paix et du Energy Law Research Forum.

Parution : 4 janvier 2012
Format : Broché
Nb. de pages : 291 p.
Collection : Publications de l’Institut européen de l’Université de Genève
ISBN : 978-2806100252
Prix : 35 €

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ATLAS GEOSTRATEGIQUE DE LA MEDITERRANEE CONTEMPORAINE

Pierre Vallaud
L’Archipel

atlas-geostrategique-de-la-medUn ouvrage de géopolitique qui adosse les situations mouvantes d’aujourd’hui à l’Histoire. Essentiel pour comprendre ce qui est en jeu.

PRESENTATION

Longtemps « centre du monde », la Méditerranée qui avait perdu, au fil des siècles, l’importance considérable qui était la sienne, demeure aujourd’hui l’un des centres névralgiques de la planète. Lieu de passage essentiel pour le commerce international, voisine de zones pétrolières et gazières fondamentales, ligne de contact entre Nord et Sud, mais aussi entre Orient et Occident, elle concentre nombre des contradictions du monde.
Les « printemps arabes » qui se jouent sur ses rives, la crise en Europe, et singulièrement en Grèce, confèrent à cet espace géopolitique un rôle renouvelé. De sa capacité à embrasser un nouvel ordre politique et à organiser une coopération internationale harmonieuse dépend la stabilité d’une région au carrefour de l’Europe, de l’Afrique et de l’Asie.
Cet atlas présente et analyse les grandes dynamiques de la Méditerranée. Frontière ou passerelle naturelle ? « Choc des civilisations » ou « dialogue des cultures » ? Cohabitation harmonieuse entre populations riveraines ou flux migratoires menaçants ? Autant de questions abordées de manière thématiques ou à travers l’analyse des situations par pays et illustrées de documents et de nombreuses cartes originales.

SOMMAIRE

L’ESPACE MEDITERRANEEN
LES RESSOURCES EN QUESTION
L’HOMME ET LA MER
TECTONIQUE DES FORCES
PERSPECTIVES MEDITERRANEENNES

L’AUTEUR

Pierre Vallaud, historien, a enseigné les relations internationales au XXe siècle à l’université Saint-Joseph de Beyrouth et dirigé le Centre d’études stratégiques (Cerges). Auteur de nombreux ouvrages sur l’histoire des conflits contemporains, il a publié un Atlas géopolitique du Proche et du Moyen-Orient (avec Xavier Baron, PUSJ/Perrin, 2009) et dirigé l’Atlas historique de la Méditerranée (PUSJ/Fayard, 2009).

Parution : 15 février 2012
Nb de pages : 160 p.
ISBN : 978-2809806182
Prix : 19,95 €

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EUROPE ET RUSSIE. UN PASSE POUR QUEL FUTUR ?

Michel Nazet, Roger Favry
Editions Ellipses

europe-et-russie

Une approche didactique, claire et précise ! De nombreuses cartes pour agrémenter les analyses et explications. Un ouvrage à se procurer absolument !

PRESENTATION

Une Europe toujours en construction ; une Russie en recomposition… un nouveau jeu géopolitique mondial s’engage, au cœur du Vieux Continent, autour d’un incontournable partenariat.
Un cours complet composé de tous les outils nécessaires pour réviser les données essentielles, acquérir la méthode… et réussir les concours :

L’essentiel : une introduction pour recadrer les problématiques.
Les dates indispensables : une chronologie pour aborder le sujet.
Les chiffres incontournables : les statistiques pour mémoriser les données essentielles.
Des cartes étapes : pour assimiler les grands repères.
Des cartes de synthèse : pour faire un bilan du thème abordé.
Des dissertations et des sujets de colle : pour se préparer efficacement au concours.
Les 100 mots du continent : un lexique pour maîtriser le vocabulaire indispensable.
Les lieux de la géopolitique : pour cibler les points stratégiques du continent.
Une bibliographie enrichie : livres, sites, films, musique… pour étudier le continent  autrement.

EXTRAIT

« Chapitre 1
Un continent à la géographie incertaine façonné par une histoire productrice de valeurs
L’essentiel
L’Europe a une configuration particulière. Considérée parfois comme une presqu’île du continent asiatique, elle forme un continent morcelé qui rend sa géographie incertaine. Cette géographie est aussi mouvante selon les époques qui générèrent la constitution d’empires éphémères, sa fausse simplicité mettant en évidence une histoire riche où se mêlent une multitude de peuples, lesquels forgèrent des identités successives ou antagonistes.
Cette histoire productrice de valeurs construisit une identité singulière qui tire son origine de la guerre et de la colonisation comme des expériences des nationalismes et des totalitarismes. Elle justifie enfin, après 1945, la recherche d’un projet politique fondé avant tout sur la paix, dans un contexte où l’Europe, rendue exsangue par deux guerres mondiales qu’elle a provoquées, doit se reconstruire grâce à l’immigration. La construction européenne est l’aboutissement ultime de cette logique.

- Comment la géographie physique de l’Europe façonne-t-elle ce continent ?
- Quels sont les apports de l’histoire sur les identités de l’Europe ?
- En quoi les nationalismes ont-ils pu rendre nécessaire et engendré la construction européenne ?

Les dates indispensables
– A l’échelle protohistorique…
– 800 000 à 400 000 ans avant J .-C. : « Anténéandertaliens », populations représentées notamment par l’homme de Tautavel (-450 000 ans), le « Français le plus ancien ».
– 300 000 à 30 000 ans avant J.-C. : premières traces de peuplement néandertalien en Europe.
– 6900 avant J.-C. : formation de la mer Baltique.
– 6000 avant J.-C. : la Méditerranée pénètre l’actuel détroit des Dardanelles, puis celui du Bosphore. Il s’ensuit, vers -5500, la formation de la mer Noire qui était auparavant un lac d’eau douce.
– 5500 à 4800 avant J.-C. : première culture indoeuropéenne dans la steppe pontique, au nord de la mer Noire. La langue de ses habitants, les Proto-indo-européens, est à l’origine d’une grande majorité des langues parlées en Europe (Albanais, Baltes, Celtes, Germains, Grecs, Latins, Slaves, Arméniens).
– VIe siècle avant J.-C. : apparition du mot « Europe » qui désigne d’abord pour les Grecs qui l’inventent la région continentale située au nord de Corinthe, puis les terres qu’ils découvrent peu à peu au nord du Bassin méditerranéen. Plus au nord se développent des civilisations protohistoriques, essentiellement les Celtes et les Germains.

Les chiffres incontournables
– Superficie de l’Europe : 10 392 855 km² (= 1/3 de l’Afrique ou 1/4 de l’Asie ou de l’Amérique, près de 7 % des terres émergées du monde)
– Densité : 71 habitants/km²
– L’Europe est constituée de 49 pays (en comparaison, les États-Unis d’Amérique sont constitués de 50 États fédérés auxquels s’ajoutent le district de Columbia)
– Population : 733 millions d’habitants (2007)
– Principales langues : albanais, allemand, anglais, espagnol, français, grec, hongrois, italien, néerlandais, polonais, portugais, roumain, russe, langues scandinaves, serbo-croate, ukrainien
– Principales chaînes de montagne européennes : l’Oural, le Caucase, les Carpathes, les Alpes, les Apennins, les Pennines, les Alpes scandinaves. »

SOMMAIRE

IDENTITES ET DIVERSITES DU CONTINENT EUROPEEN
- Un continent à la géographie incertaine façonné par une histoire productrice de valeur.
- L’Europe : identité géographique et diversités nationales et régionales.

L’UNION EUROPEENNE : PUISSANCE, FRAGILITES ET DEFIS D’UNE CONSTRUCTION IMPROBABLE
- L’Union européenne : un OPNI résultat de logiques multiples et d’ajouts de composantes hétérodoxes.
- Une construction d’abord économique.
- Des mutations économiques et sociales de grande ampleur au gré de la haute croissance et des perturbations depuis les années 1970.

LA RUSSIE AUX MARGES DE L’EUROPE MAIS AU CENTRE DU CONTINENT EURASIATIQUE

- La renaissance d’un vieil Etat au défi d’un jeune nationalisme.
- Entre pays en transition et pays émergent : une économie, une société, des espaces en recomposition.
- Un rêve de puissance qui l’écarte de l’UE, une réalité qui l’en rapproche.

Michel Nazet, spécialiste de géopolitique, est diplômé de Sciences Po Paris. II est professeur en classes préparatoires économiques et commerciales au lycée Saint-Michel-de-Picpus à Paris. Il est l’auteur de nombreux articles et ouvrages dont 30 Questions d’histoire-géographie et géopolitique et La Géopolitique pour tous (Ellipses, 2009 et 2010). Olivier Favry est docteur de l’EHESS et travaille au ministère des Affaires étrangères. II est l’auteur de Tout savoir sur l’Europe. Glossaire de l’Union européenne (Ellipses, 2005), traduit en chinois en 2008 avec une préface de Michel Rocard. Roger Favry est agrégé de lettres modernes et a enseigné le français pendant plus de 30 ans. II est l’auteur de nombreux ouvrages parus chez PEMF.

Parution : Juin 2011
Nb de pages : 264 p.
Format : Broché.
Dimensions : 24.0 x 19.0 x 1.8 cm
ISBN : 9782729866150
EAN13 : 9782729866150

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NOUVELLES GUERRES ET THEORIE DE LA GUERRE JUSTE

Jean-Marc Flukiger
Infolio

nouvelles-guerres-et-theorie-de-la-guerre-juste1PRESENTATION :

Au début des années 1990, plusieurs auteurs proposent une nouvelle thèse sur la guerre : la multiplication des guérillas, du terrorisme et des guerres civiles révèlent une transformation de sa nature.

Les Etats sont en train de perdre le monopole de la guerre. Du coup, les instruments d’évaluation morale de la guerre, qui sont proposés par la « théorie de la guerre juste » et sont focalisés autour des conflits entre Etats, sont mis en cause.

Est-ce vraiment le cas ? La théorie classique de la guerre est-elle impuissante à rendre compte de ses formes nouvelles ? Ce livre tente de répondre à ces questions à la lumière de l’actualité géo-stratégique.

RESUME :

Une bonne et brève synthèse, mariant information et réflexion sur le dossier du terrorisme et sur la manière de conduire les guerres aujourd’hui.

SOMMAIRE

Introduction

GUERRES ET CONFLITS
Les anciennes guerres
Les nouvelles guerres

LA THEORIE
La théorie de la guerre juste
Les principes du jus ad bellum
Les principes du jus in bello

LE DEFI
Résistance sans leader et principe de discrimination des non-combattants

Conclusion

Docteur en philosophie, Jean-Marc Flükiger a effectué des séjours de recherche à l’université Humboldt de Berlin et auprès de l’Institute for Advanced Study de Princeton. Il collabore régulièrement au site d’études sur le terrorisme, www.terrorisme.net et ses articles ont paru dans des journaux tels que Studies in Conflict and terrorism et Journal for the Study of Radicalism.

Parution : mai 2011
Nb de pages : 120 p.
Dimension : 18 x 11 cm
ISBN : 978-2-88474-808-7
EAN13 : 9782884748087

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GEOPOLITIQUE & ARCHEOLOGIE : LA GUERRE DES RUINES. ARCHEOLOGIE ET GEOPOLITIQUE

Jean-Pierre Payot
Choiseul

Eclairant et original, « La Guerre des ruines » explore une face longtemps ignorée de l’archéologie : sa dimension géopolitique.

la-guerre-des-ruines

Celle-ci remonte à la nuit des temps avec le dernier roi de l’Empire néobabylonien, Nabonide, premier souverain à se préoccuper des vestiges religieux. Auguste (1er siècle) fit de l’archéologie une science « utile » pour la politique : lieux de mémoire, mais aussi construction d’une identité et de son corollaire, la falsification.

Avec la montée des nations puis des nationalismes, les ruines ont pris une indéniable valeur politique. L’Allemagne nazie a voulu y trouver les preuves de sa supériorité et les justifications pour étendre son territoire.

Avec la mondialisation, cette archéopolitique n’a pas faibli, bien au contraire. Touchant au divin, aux symboles et à la culture, l’archéologie est devenue un outil d’influence et de séduction dans la compétition internationale.

INTERVIEW DE JEAN-PIERRE PAYOT :

Sylvie Blanchet (professeur d’histoire géographie à Paris) rencontré Jean-Pierre Payot pour lui poser trois questions au sujet de son livre, La guerre des ruines. Archéologie et géopolitique,

Sylvie Blanchet : Quelle est l’originalité de votre livre ?
Jean-Pierre Payot : L’originalité de La guerre des ruines tient essentiellement au fait d’aborder l’archéologie sous un angle qui n’a pas été éclairé jusqu’à maintenant. Les relations existantes entre archéologie et politique ont certes déjà pu être abordées dans un certain nombre d’articles parus dans des revues plus ou moins spécialisées. En particulier, les liens avec le nationalisme parfois très virulent dans certains pays ont pu être mis en évidence. Mais au-delà de ces aspects, l’apport de l’ouvrage vient de ce qu’il met en exergue la dimension géopolitique de l’archéologie. Une dimension largement ignorée dans l’ensemble. Entendons-nous. Par géopolitique, il faut comprendre l’ensemble des enjeux de pouvoir, mais aussi d’identité, relatifs à des territoires. Ces enjeux peuvent prendre la forme d’une revendication, d’une domination, ou d’un contrôle sur l’espace. De tels enjeux mettent aux prises des acteurs d’origine et de statuts très variés. Le plus souvent, il s’agit d’Etats. Mais pas seulement. Des organismes internationaux comme de simples citoyens regroupés en association peuvent à leur niveau jouer un rôle dans une certaine configuration géopolitique. Bien sûr, à ce stade, les échelles doivent être prises en compte. Quoiqu’il en soit, au cœur du problème se trouve le territoire. Ce dernier est l’entité de référence à laquelle se rapporte toute analyse géopolitique. Le territoire peut être physique, réel. Mais il peut aussi être « vécu », « représenté » par ceux qui l’occupent. Il existe donc une dimension fortement symbolique du territoire. Or, l’archéologie participe de plein droit de cette approche symbolique du territoire. Les artefacts mis régulièrement au jour, du fait de leur historicité ainsi que de leur patrimonialisation plus ou moins immédiate, renvoie en effet directement au territoire, c’est-à-dire au « sol » compris comme une strate quasi affective à laquelle se réfèrent les populations en général.
“Nos ancêtres les Gaulois…”
Il y a bien longtemps, dans une histoire nationale, on pouvait voir apparaître les Gaulois comme « nos ancêtres ». Une telle affirmation, longtemps inscrite dans les manuels scolaires français, relève d’évidence d’une vision pour le moins simpliste et déformée de l’histoire et renvoie davantage à un « lieu de mémoire » qu’à une véritable histoire scientifique. Il en va de même pour l’archéologie. Un vase, des ossements, des outils ou tout autre objet sorti du sol, évoque pour beaucoup d’entre nous -souvent à tort- une forme de généalogie abstraite propre à créer un lien, un fil conducteur entre les vies passées et la nôtre. Or, un tel lien se déploie sur le territoire, celui là même que nous partageons avec nos aïeux… Prenant acte de telles considérations, nombre de gouvernements ou d’entités diverses, n’ont pas hésité jusqu’à maintenant à jouer sur le ressort géopolitique de l’archéologie. Instrumentaliser cette discipline afin d’affirmer une domination ou un contrôle sur un territoire, tel a été, reste, et sans doute, sera encore l’objectif de bien des dictateurs ou groupes dépourvus d’arguments d’autres natures pour arriver à des fins similaires. L’instrumentalisation peut d’ailleurs prendre plusieurs formes. Il n’est par rare que la science archéologique soit elle-même directement manipulée dans un sens conforme aux intérêts géopolitiques de ceux qui en tirent les ficelles. Dans ce cas, il est instamment demandé aux archéologues d’abandonner toute forme de probité scientifique… si certains archéologues se soumettent volontiers à ce type d’injonction, l’immense majorité d’entre eux ont cependant à cœur de respecter la déontologie de leur discipline. Dans d’autres cas, ce sont les vestiges retirés des fouilles ou déjà entreposés dans des musées qui font l’objet de manipulations. Par leur forte dimension identitaire, ces vestiges peuvent alors se trouver au centre d’intentions franchement géopolitiques. Par exemple, des ossements d’un type particulier ne fournissent-ils pas une preuve d’antériorité sur le territoire d’un groupe politique social ou culturel par rapport à un autre ? On le voit bien, l’archéologie, au cours de sa longue histoire, s’est souvent trouvée et se trouve encore au cœur d’enjeux de nature spécifiquement géopolitique.

S. B. Pouvez-vous donner un exemple significatif ?
J.-P. P. Mille exemples peuvent venir étayer la thèse de l’instrumentalisation de l’archéologie à des fins géopolitiques. Les cas sont si nombreux qu’il a fallu dans l’ouvrage les organiser par catégories. Une telle construction est d’ailleurs parfois apparue comme abstraite, tant l’ensemble des situations analysées relèvent systématiquement de la même démarche. A l’origine, une entité de nature politique, religieuse ou culturelle s’oppose à une autre à propos de tout ou portion d’un territoire. Dans chacun des cas l’archéologie fait irruption à un moment du conflit qui met aux prises les deux parties. Quelle que soit le contexte, l’archéologie est systématiquement appelée à fonder une sorte de « droit historique ». La convocation de la science archéologique ou des vestiges issus des fouilles, dans le cadre d’une sorte de « tribunal géopolitique », permet aux uns et aux autres de se fournir en arguments historiques –donc « dignes de foi »- pour légitimer telle ou telle revendication sur un territoire. Dans de tels cas de figure, l’archéologie est instrumentalisée pour attester d’une priorité, d’une prééminence et au total d’un droit sur le territoire fondé sur un pseudo-ancrage dans le temps. Ce droit peut d’ailleurs avoir un contenu politique, mais aussi culturel et religieux. Nombre d’artefacts, nombre de monuments archéologiques revêtent en effet une dimension religieuse. Souvent d’ailleurs cette dimension renvoie à des religions encore « vivantes » de nos jours. La tentation est grande alors pour ceux qui se réclament de ces religions de faire valoir les objets archéologiques comme preuve indiscutable d’un droit à dominer sans partage le territoire.

Le conflit israélo-palestien, un cas d’école
A cet égard, le Moyen-Orient peut figurer comme un cas d’école. Le conflit israélo-palestinien illustre au premier chef ce type de contentieux géopolitique dont l’archéologie est partie-prenante. Souvenons-nous. La naissance de l’Etat d’Israël en 1948 avait entrainé une première guerre avec ses voisins et en particulier avec les Palestiniens. Le conflit s’était soldé par une victoire israélienne mais a légué aux générations actuelles un conflit qui semble s’aggraver dans un contexte de mondialisation accélérée. Ce point de cristallisation n’est pas sans susciter de nombreuses réactions « identitaires » ou même ceux qui ne présentent pas de proximité immédiate avec l’une ou l’autre des deux parties, réagissent parfois de manière passionnée. Ce caractère émotionnel s’accroit en particulier avec l’utilisation parfois douteuse de l’archéologie. Une archéologie qui met au jour des vestiges rappelant la fondation du royaume de David, ou attestant de la présence de populations non juives dans des temps reculés… Jérusalem, en particulier, cité « universelle », triplement sainte, reste l’objet de toutes les convoitises. Comment des fouilles sous la ville pourraient-elles passer inaperçues ? Sous le feu des projecteurs, les campagnes archéologiques menées dans les quartiers les plus sensibles, ne peuvent paraître anodines tant elles représentent un enjeu géopolitique considérable. Outre le statut de la ville, c’est, pour certains, de l’existence même de l’Etat d’Israël dont il est question. Mais le Moyen-Orient ne se limite pas à la question israélo-palestinienne. L’Irak, à l’époque où le pays était encore sous la domination de Saddam Hussein, a fait la preuve lui aussi qu’il était possible de tirer un grand profit géopolitique de l’archéologie. Le rais irakien n’a-t-il pas remis au goût du jour l’épopée de l’empire de Nabuchodonosor ? Quel fut son objectif si ce n’est, à travers en particulier la reconstitution de la cité de Babylone, d’affirmer à la face du monde le caractère irakien de la « 21e province » de l’Irak, à savoir le petit Koweït voisin ? Simple déduction : si on admettait que les frontières de l’ancien empire intégraient celles du Koweït actuel, n’était-il pas dès lors légitime de revendiquer ce territoire au nom de l’histoire ? Malheureusement, le Proche Orient n’est pas la seule région du monde où l’archéologie est mise à contribution dans un sens géopolitique…

S. B. : Quelle a été votre surprise ?
J.-P. P. : De toute évidence, ce qui m’a le plus surpris est le caractère historique du phénomène. Ce n’est pas d’aujourd’hui que l’archéologie est déviée de sa trajectoire. Son instrumentalisation dans un sens politique et en particulier nationaliste est apparu il y a longtemps. Du point de vue géopolitique, il en va de même. J’ai pu faire remonter ce mécanisme à la très haute Antiquité. Nabonide, ultime roi de Babylone savait déjà tirer profit de l’archéologie. Il est d’ailleurs connu comme le premier chef d’Etat à s’intéresser de près à cette discipline. Issu d’un milieu obscur, largement influencé par sa mère, grande prêtresse de Sîn , Nabonide est très vite entré en conflit avec les tenants du dieu Marduk, principale divinité à cette époque. Dans sa soif d’élever le dieu Sîn en concurrent de Marduk, il est évident que Nabonide a voulu affirmer son autorité impériale. Pour ce faire, il n’a pas hésité à lancer une vaste campagne de réhabilitation des temples dédiés à son dieu favori. Mais au-delà de l’affrontement religieux, Nabonide a sans doute cherché, par sa politique archéologique, à se mettre dans le sillage de son ancêtre Hammourabi et par là réaffirmer son emprise sur un immense territoire sujet à de nombreuses séditions. Comme son célèbre prédécesseur, Nabonide a cherché à dessiner une empreinte ineffaçable et originale sur le territoire. Après lui, les empereurs romains ont eux aussi usé du levier archéologique. S’appuyant sur l’héritage mythologique qui voulait que le fondateur de Rome, Romulus se soit établi sur le Palatin, Auguste, fils adoptif de César et premier empereur romain, n’a pas hésité à bâtir son palais à l’endroit même où son illustre devancier avait bâti le sien. Autant dire que, dans ce cas de figure, l’archéologie a servi à assurer un lien de continuité dans le temps. Un lien de prestige propre à confirmer une emprise politique sur l’espace.
L’archéologue et le médecin légiste
Un autre aspect tout aussi étonnant consiste dans le rôle attribué à l’archéologie dans le cadre des missions d’expertise médico-légale des charniers. Comme les chantiers archéologiques plus classiques, les charniers relèvent en effet de méthodes et de démarches propres à la discipline archéologique. L’approche stratigraphique, l’exigence de relevés précis… Toutes les techniques de base se retrouvent dans l’expertise des charniers. Ces derniers se sont multipliés dans l’histoire récente. Que l’on songe à ceux édifiés par les nazis pendant la Deuxième Guerre mondiale ou, ceux scandaleux, plus proches de nous, qui ont procédé de la récente guerre de Yougoslavie ou du génocide rwandais. Dans chaque cas de figure, les crimes ont été commis dans des contextes géopolitiques précis. Les charniers constituent donc des preuves a postériori de massacres commis par telle ou telle partie, motivée par tel ou tel enjeu géopolitique. L’archéologue, aux côtés du médecin légiste, intervenant à la demande d’Etats ou d’organismes internationaux, est donc sommé après coup de dire « le droit ». Or, dire qui est coupable, une fois le conflit achevé, ne revient-il pas à nourrir dans un sens ou dans un autre le contentieux géopolitique préalable au conflit, tout en lui donnant une dimension nouvelle fondée sur l’accumulation d’arguments légaux nouveaux ? Comme on peut le constater, le détournement géopolitique de l’archéologie présente de multiples facettes. Des facettes dignes d’étonner le scientifique le plus averti.

Sylvie BLANCHET, le 22 septembre 2010
Copyright septembre 2010-Payot-Blanchet/Diploweb.com.

TABLE DES MATIERES

ARCHEO-POLITIQUE
UNE HISTOIRE ANCIENNE
LE PREMIER HOMME
OBJETS DE LA SOUVERAINETE
LE TRAFIC DES RUINES
L’ARCHEOLOGIE DU DIVIN
DE L’INSTRUMENTALISATION DES RUINES
“L’EFFACEMENT DE L’AUTRE”
DOMMAGES COLLATERAUX
LE RETOUR DES MORTS
GEOPOLITIQUES DE L’ARCHEOLOGIE EN FRANCE
L’EXHUMATION DE LA PASSION POLITIQUE

Passionné d’archéologie, Jean-Pierre Payot est agrégé d’histoire-géographie et formateur au CEPEC International.

Format : Broché
Nb. de pages : 188 p.
Dimensions : 15cm x 21cm x 1,5cm
ISBN : 978-2-361-59002-4
EAN : 9782361590024

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