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LE PATIENT DU DOCTEUR HIRSCHFELD

Nicolas Verdan
Bernard Campiche Editeur

le-patient-du-docteur-hirschfeldIntelligence d’un récit qui s’appuyant sur un contexte historique aborde plus généralement la question/problématique de l’exclusion. Un roman à lire à n’en pas douter !

PRESENTATION

Mais pourquoi veulent-ils tous mettre la main sur la liste des patients du Dr Hirschfeld ? Peu avant de mettre à sac son prestigieux Institut des sciences sexuelles de Berlin, en 1933, les nazis fouillent le bureau de ce sexologue qui en sait trop sur des hauts dignitaires du Reich. En vain ! Les dossiers comportant notamment le nom de centaines d’homosexuels allemands ont disparu. Vingt-cinq ans plus tard, le Mossad s’intéresse à son tour à cette fameuse liste. Construit à partir de l’histoire réelle de la dramatique fin de carrière du célèbre sexologue, ce roman explore cette tendance propre à toute société humaine à légiférer nos préférences sexuelles, jusqu’à nous assigner une “juste place” sur l’échelle des genres.

EXTRAIT

Berlin, 28 février 1933
MARINUS, qui vient de la mer. Marinus Van der Lubbe, vingt-quatre ans, citoyen hollandais, auto-stoppeur. Les nazis tenaient déjà leur coupable : un garçon hirsute, torse nu, errant hier soir dans le Reichstag en flammes. En sueur, l’air hagard, disaient les journaux, il sortait de la salle Bismarck, quand il s’était fait prendre. Ce matin, les manchettes étaient sans appel : l’incendiaire est communiste. Communiste et homosexuel.
Magnus, le grand. Magnus Hirschfeld, soixante-cinq ans, citoyen allemand, sexologue, fondateur de l’Institut de sexologie de Berlin. Ennemi désigné du Reich : fornicateur, incite la jeunesse à la dépravation. Homosexuel. Juif. En voyage. La Gestapo précisait : retour en Allemagne incertain.
Entre le Reichstag, ou ce qu’il en restait, et l’ancien hôtel particulier du Prince Hatzfeld, aujourd’hui dédié à la recherche en sexologie, il n’y avait que six cents mètres. Une courte distance parcourue à cette heure tardive par un homme qui s’était mis en tête de corriger le sens que prenaient les événements. Non pas qu’il cherchât à résister à l’installation des forces nouvelles. Au contraire, son uniforme, dissimulé ce soir par un manteau de ville et un élégant chapeau à larges bords, marquait sa foi absolue dans l’ordre qui s’établissait sous la bannière à croix gammée. Or, c’est précisément pour conserver son rang dans la Waffen SS que cet homme allait, dans un instant, entrer par effraction dans l’Institut de sexologie. Il lui fallait à tout prix y précéder les enquêteurs de la police secrète.
De Marinus Van der Lubbe, cet homme ne connaissait rien. Sinon son portrait diffusé dans les communiqués de la Preussische Pressedienst. De Magnus Hirschfeld, il conservait le souvenir détestable de leurs promenades dans le Tiergarten. Le Docteur, après l’avoir reçu une première fois dans son luxueux bureau, lui avait proposé une série de consultations en plein air. C’était son habitude. Il prenait ses patients par le bras et les conduisait dans les allées du parc. Le Docteur disait qu’on devise plus facilement en déambulant qu’en restant assis dans un fauteuil. Les mots, lors de leur première sortie, étaient venus tout seuls, c’est vrai. Il avait pu lui dire ce qui le tourmentait. Le Docteur, à l’écoute, hochait la tête, il l’encourageait à tout raconter. À sa grande surprise, il lui avait dit que son cas n’avait rien d’extraordinaire. Il n’était pas malade, il n’avait rien à se reprocher.

LU DANS LA PRESSE

Croix gammée, croupes gainées
En 1933 à Berlin, les nazis surveillent de près l’Institut des sciences sexuelles du docteur Hirschfeld. Pour la race supérieure, dont l’ouverture d’esprit n’a d’égale que la délicatesse, cette clinique spécialisée dans l’homosexualité n’est «qu’un nid de perversion et de pédés» qu’il s’agit d’anéantir au plus vite. Pourtant, plusieurs SS tremblent à l’idée que la liste des patients du fameux docteur tombe entre de mauvaises mains… Pas sûr que leur patron Heinrich Himmler se montrerait conciliant en apprenant que certains de ses hommes adorent se mettre à quatre pattes pour recevoir la fessée…
Vingt-cinq ans plus tard, alors que le Mossad recherche un ancien criminel de guerre nazi fétichiste des cheveux tressés et sectionnés, une piste va lancer les soldats israéliens sur la trace de ces dossiers compromettants.
Entre Berlin et Tel-Aviv, travestis et nazis, ce récit nous emporte dans une passionnante chasse à la liberté et au respect. Fortement inspiré de la vie du sexologue allemand Magnus Hirschfeld, qui s’opposa au paragraphe 175 du code pénal allemand condamnant l’homosexualité, ce roman décortique avec subtilité la voile, la vapeur et les peurs.
(ALINDA DUFEY, Vigousse)

L’AUTEUR

Nicolas Verdan est né à Vevey en 1971. Sa vie se partage entre la Suisse et la Grèce, sa seconde patrie.

Nb de pages : 296 p.
Parution : 3 novembre 2011
ISBN : 978-2882413000
Prix : 17 €

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MIDI A L’OMBRE DES RIVIERES

Masserey
Bernard Campiche Editeur

midiEfficace, envoûtant, saisissant ! Une pièce de théâtre à lire et à relire.

PRESENTATION

Cinq monologues, Les noyés, L’oubli, La promesse, Maison à vendre, Main gauche, et un dialogue à deux voix, Mon amour et moi.
Dans différents espaces de jeu - un salon, une maison à vendre, un cabanon en bord de rivière, un atelier de prises de vues, un bureau médical, une antichambre -, les spectateurs sont seuls, ou à trois, face à un personnage.

EXTRAITS

UNE ANTICHAMBRE avec quelques sièges, divans ou méridiennes. Mettez-vous à l’aise… Un couple déroule les scènes de son histoire d’amour. Vous restez un moment. Autour de vous, des portes. Vous franchissez l’une d’elles, un personnage vous accueille, et vous entrez dans le jeu.
Il est midi.
Ce personnage, parce que vous êtes là, revisite en pleine lumière un événement inattendu qui a transformé le cours de son existence - un oubli, une promesse à tenir, une chute dans l’eau…
Au terme de son récit, vous retournez dans l’antichambre. Des spectateurs continuent de suivre les aventures quotidiennes du couple. Vous vous installez à nouveau. Puis une autre porte vous attire…
Il est midi.
Vous entendez ? Vous avez raison, c’est le bruit d’une rivière…

L’OUBLI
Une femme
Elle sait que son interlocuteur ne lui est pas étranger, même si elle ne le reconnaît pas
Un sac de billes, des photos portraits de visages divers, des photos de famille, anciennes et récentes, des portraits d’elle abîmés par l’eau, à différents âges et dans différentes circonstances, un appareil photo numérique avec une imprimante

Tenez.
C’est une bille.
Elle est jolie, non ?

On s’est déjà rencontrés ?
Non ?
De toute façon, je ne sais pas. Je ne me souviens pas des gens.
Je ne me souviens de personne.
Plus exactement, je ne me souviens pas des visages. Alors si je ne reconnais pas votre visage, que reste-t-il de votre personne ? La voix, un détail : une cicatrice, une tache de naissance, des yeux particuliers, extraordinaires.
Ils sont sûrement extraordinaires pour quelqu’un, vos yeux.

SOMMAIRE

Premier monologue – « L’Oubli ».
Deuxième monologue – « Les Noyés ».
Troisième monologue – « La promesse ».
Quatrième monologue – « Maison à vendre ».
Cinquième monologue – « Main gauche ».

eric-masserey1L’AUTEUR

Eric Masserey est né en Valais où il séjourne souvent. Après des études de médecine, il vit et travaille aujourd’hui dans le canton de Vaud.
Ses livres parlent d’appartenances, d’histoires issues de généalogies lointaines, de ces liens que l’on cherche quand les événements nous isolent de tout, de corps qui vont comme ils peuvent et d’amours qui sont peut-être en route, de routes qui vendent chèrement les libertés espérées, de livres qui comblent l’oubli, et de ces esprits curieux qui vont où ils veulent.
Eric Masserey est également l’auteur de « Le Sommeil séfarade » qui a reçu le « Prix de la Loterie romande » en 2007, « Une si belle ignorance : (généalogies et autres histoires) » (2009) et « Le Retour aux Indes » qui a obtenu le « Prix des Auditeurs de la RTS » en 2011.

Parution : 3 novembre 2011
ISBN : 978-2882413031
Prix : 7,90 €

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UN MONDE DE MOTS

Anne Cunoe
Bernard Campiche Editeur

un_monde_de_motsPRESENTATION

John Florio est né en Angleterre d’un père italien et d’une mère probablement anglaise ; il a grandi dans les Grisons suisses, puis, après des études à Tübingen, est retourné en Angleterre où cet Européen polyglotte a été le professeur d’italien, et parfois de français (langue qu’il parlait couramment), d’hommes et de femmes issus de toutes les classes sociales - marchands, nobles, artistes, princes et jusqu’à une reine; il se pourrait que Shakespeare ait été un de ses élèves. Son dictionnaire italien-anglais et sa traduction des Essais de Montaigne en anglais sont de véritables monuments, à la fois linguistiques et culturels.
Un monde de mots (titre emprunté au dictionnaire italien-anglais de John Florio) clôt une sorte de trilogie.
Le premier volet, Le Trajet d’une rivière, retrace l’histoire de Francis Tregian, le collectionneur du célèbre Fitzwilliam Virginal Book ; le deuxième, Objets de splendeur. Monsieur Shakespeare amoureux, permet de connaître la première femme écrivain publiée en Angleterre.
La trilogie se conclut sur Un monde de mots, qui raconte la vie et les aventures de John Florio, un des hommes qui ont, de façon ouverte ou souterraine, façonné la culture européenne.

EXTRAIT

La nuit était très noire. Dans le haut mur de la sombre bâtisse, une petite porte, la seule de l’enceinte, s’était ouverte avec un bruit sourd. En scrutant la pénombre, on aurait pu deviner deux hommes. Ils tiraient un tombereau d’où s’exhalait une puanteur pestilentielle.
Ils étaient sortis précautionneusement, en veillant à ne rien heurter, et la nuit les avait absorbés. A cause du mur du couvent, et du tumulus inhabité qui lui faisait face, aucun lumignon n’éclairait leur départ. Ils marchaient avec une hâte qu’un observateur aurait, de jour, pu trouver suspecte. Mais personne ne les voyait. Ils avaient pris soin de choisir une nuit de nouvelle lune. On entendait à peine le craquètement des roues sur le gravier de la ruelle. Ils étaient finalement arrivés à une sorte de terrain vague, où un oeil perspicace aurait sans doute distingué les ruines dans le noir - l’ancien Forum, désert à cette heure-là. Ils s’étaient arrêtés, et avaient attendu. Pas un mot n’avait été échangé.
« Ogni terra ha guerra - tout pays a sa guerre », avait fini par murmurer une voix qui les avait fait sursauter. Elle semblait suspendue dans la nuit - les contours du parleur étaient invisibles ; pas d’étoile, pas la moindre lueur, le ciel était couvert.
« Ogni corpo ha la sua ombra - tout corps a son ombre », avait répliqué une voix peu assurée. C’étaient les formules convenues.
« Le Seigneur soit avec nous », avait conclu la voix anonyme. « C’est toi, Lorenzo ? »
« Moi-même. Que Sa volonté soit faite. »
Le premier obstacle était franchi, ils s’étaient retrouvés. Par une telle nuit, cela tenait du miracle.
« Qu’est-ce que c’est que cette odeur ? » avait repris le nouveau venu. « Vous m’avez amené les excréments de ces beaux messieurs, ma parole. Il n’y a qu’eux pour puer pareillement. »
« On a choisi un chargement qui ne donnerait à personne envie de fouiller », lui avait-on répliqué avec un gloussement sardonique.
« Vous avez le paquet ? »
« Oui. Il est sous les excréments, mais en mauvais état. Et il faut que vous nous emmeniez, nous aussi, parce que nous risquerions qu’on nous torture pour nous faire parler. »
Un silence.
« Ce n’était pas prévu », avait fini par dire le dernier venu. « Mais j’aurais dû y penser. Vous avez de la famille ? »
« Pas à Rome, les miens sont dans le Nord », avait dit l’un.
« Je n’ai personne », avait répondu l’autre, « je suis enfant trouvé. »
« Alors, pas de risque qu’on les arrête à votre place. Allons-y. »
Les deux moines avaient cherché du pied, à tâtons, une surface herbeuse, l’avaient trouvée, y avaient déversé leur tombereau. Sous les détritus, un ballot oblong. Ils avaient déroulé la toile qui l’enveloppait. S’il n’avait pas fait si sombre, on aurait pu voir un homme inerte, à moitié nu. Le plus costaud des deux moines l’avait chargé en travers de ses épaules, comme un paquet.
« Faisons vite, maintenant », avait-il dit d’une voix sourde. « Je ne suis même pas sûr que tout cela ait valu la peine, il est plus mort que vif, votre héros. »

L’AUTEUR

cuneo_anneAnne Cuneo est née à Paris de parents italiens, Suissesse par mariage. Licenciée ès lettres et ès sciences pédagogiques de l’Université de Lausanne, puis formation de Conseil en publicité et de journaliste. Ecrivain de livres « »ittéraires » et « documentaires ». Ecrit et met en scène pour la radio, la télévision et le théâtre. Depuis 1981 travaille aussi dans les métiers du cinéma, comme assistante, scénariste, puis comme journaliste et réalisatrice, soit de façon indépendante, soit à la Télévision suisse.
Après une première phase autobiographique, Anne Cuneo découvre, à travers l’expérience théâtrale et cinématographique, les potentialités d’une forme de roman inspirée de la réalité mais susceptible de prendre des libertés avec elle pour en mettre en valeur certains aspects. Utilisée pour la première fois avec Station Victoria, elle a permis l’écriture d’œuvres basées sur des personnages réels. Dans Le Trajet d’une rivière, c’est la redécouverte d’un personnage oublié, et capital, de l’histoire de la musique. Dans Objets de splendeur, il s’agit d’un regard différent sur la vie amoureuse du jeune Shakespeare. Le Maître de Garamond raconte l’histoire d’Antoine Augereau, imprimeur à qui l’on doit maintes caractéristiques de l’orthographe moderne, et de ses rapports avec le plus célèbre de ses apprentis, Claude Garamond. Zaïda est l’itinéraire d’une femme née en 1860, qui, l’année de ses cent ans, entreprend le récit de sa vie.
Anne Cuneo est également l’auteur d’une série de romans policiers (qu’elle qualifie plutôt de « romans sociaux ») solidement enracinés dans la réalité sociale contemporaine. Et enfın, Un monde de mots raconte l’histoire de John Florio, auteur du premier dictionnaire italien-anglais de l’histoire et traducteur de Montaigne en anglais.
Anne Cuneo collabore au Téléjournal à Genève et à Zurich, où elle demeure conjointement aujourd’hui. Ses ouvrages, constamment réédités et traduits en allemand, sont tous de grands succès de librairie en Suisse.
En juillet 2010, Anne Cuneo a été nommée par Frédéric Mitterand, ministre de la Culture de l’État français, Chevalier des Arts et des Lettres.

Parution : 8 septembre 2011
Nb de pages : 560 p.
ISBN : 978-2882412973
Prix : 21,50 €

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L’AIR DE TON NOM ET AUTRES POEMES (1986-2011)

Humbert
Bernard Campiche Editeur

lair-de-ton-nomJean-Dominique Humbert, «ce poète qui croit au pouvoir de la délicatesse», sort un recueil de ses textes. Un recueil de poème ? Un roman !

PRESENTATION

L’Air de ton nom et autres poèmes, un recueil qui invite au ressourcement. Jean-Dominique Humbert saisit les mots. Délicatement, comme l’aile d’un papillon. Avec légèreté. Avec respect. Avec amour. L’image, peu à peu, se révèle. Les idées se colorisent. Le tableau prend forme. L’espace se remplit. Imperceptiblement. Dans toutes ses dimensions. Impression de plénitude. Jean-Dominique Humbert cisèle les mots, à l’image d’un artisan.
Selon Jean Roudaut, sa poésie est «celle du mieux perçu» et comporte «ce sens de la lenteur énergique et discrète». Parcourir ce recueil, c’est aussi prendre la liberté de savourer un voyage teinté de subtilité et parfumé de volutes sensuelles. Une âme semble se promener au milieu de ses poèmes. Discrètement. En filigrane. Et pourtant omniprésente. Celle de feu son père? Un indice peut-être… Ce père qui aimait lire dans le «pavillon Flaubert» de son chalet, lieu également où le fils, poète, aime se recueillir.
Bernard Campiche met en lumière de magnifiques poèmes tels «L’Étendue», «L’Exilée», «Les Éphémères», «Vernicourt», «L’Été dernier»,  L’Air de sa venue», «Traversées», «La Nuit l’été», «Comme tu vas cet autre été», «Où se dirait la demeure», «Au passage du pré».
Sur un banc, au bord du lac, ici ou ailleurs, cette poésie nous enchante à toute heure du jour ou  «entre le ciel et la nuit»…

SOMMAIRE

L’Étendue
L’Exilée
Les Éphémères
Vernicourt
L’Été dernier
L’Air de sa venue
Traversées
La Nuit l’été
Comme tu vas cet autre été
Où se dirait la demeure
Au passage du pré
L’Air de ton nom

EXTRAIT

LENTE, LOINTAINE

Quand elle vient lente et lointaine
c’est le pré sous la pluie

Le premier pas du jour
qu’on croyait disparu

La marche du ciel
dans le long nuage,
l’eau, l’herbe, et la terre qu’on espère
si ce n’est la promesse du pommier
où grimpe la fleur de mai

*

AUX FONTAINES

Quand elle vient joyeuse
la voix qu’elle donne au vent
emporte le chant du jour

dans l’air des fontaines
le ciel est dans sa main
l’haleine du matin

Qui vient aux fontaines
va son chemin au gré du vent

Où chante une voix d’argile
Le ciel est à portée de main

L’AUTEUR

Né en 1958 à Fribourg. Il a publié depuis 1976 plusieurs recueils de poèmes, parmi lesquels L’Étendue,  L’Exilée,  Vernicourt, que l’on trouvera dans ce volume qui s’accompagne de suites parues en revues et d’un inédit,  L’Air de ton nom. Plusieurs de ses textes ont été mis en musique par des compositeurs : Henri Baeriswyl, Jean-Claude Charrez, André Ducret, Dominique Gesseney-Rappo, René Oberson et notamment Josef Haselbach. Il est l’auteur d’une traversée de ville, Fribourg clair-obscur et de récits, Si tu venais.
Il a collaboré dès 1981 à plusieurs journaux, dont La Liberté, ainsi qu’à des revues – la Revue de Belles-Lettres, Écriture – et enseigné près de vingt ans à l’Institut La Gruyère. Depuis 1998, il est rédacteur en chef adjoint, à Bâle, de l’hebdomadaire Coopération.

Parution : 4 novembre 2011
ISBN : 978-2882413024
Prix : 8,50 €

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EVASION A PERPETUITE

Luterbacher
Bernard Campiche Editeur

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Le village aimait Emile Typhon comme le fruit défendu. Le seul à ne pas avoir été à l’envers des rêves, le seul qui avait osé défier le rail tout tracé d’avance et braver la résignation qui éduquait les gens à coups de “à quoi bon, il n’y a rien à faire”. Il avait rendu le village célèbre en devenant un mythe et même ceux qui ne juraient que par le droit chemin éprouvaient de la fierté en lisant les récits du roi de l’évasion dans le journal, en écoutant les nouvelles de la chasse à l’homme à la radio, en regardant au téléjournal la banque ou la bijouterie victime de son dernier braquage. Il était la vengeance du village et de l’insoutenable médiocrité du quotidien. Du plus humble au plus puissant, il suffisait de voir Emile Typhon pour l’aimer, il rendait les gens magnifiques et les persuadait que leur ordinaire était extraordinaire. Lorsque la “Bande de la cabane du Foyard” pensait une chose impossible, il y avait toujours eu Emile, le Fils du ciel, pour que tous croient que la vie s’invente à chaque pas.

EXTRAIT

Dans le village, il n’y avait qu’Émile pour inventer la vie. Il était là pour chacun, grand ou petit, à chaque fois que la désolation s’emparait d’une tête. Sa présence dissolvait l’ennui, anoblissait l’existence de celui qui se pensait moins que rien, persuadait de sa beauté celle qui se trouvait laide. Il suffisait de rencontrer Émile et un quelque chose d’indéfinissable enchantait la journée la plus morose. En quelques mots, il donnait à croire que chaque pas pouvait ressusciter un amour défunt, que chaque instant était porteur d’une liberté inattendue, et que chaque pensée était enfant de rêve. Émile sacralisait les anonymes, les forçats de la routine, celles et ceux qui se croyaient dévolus à la médiocrité, qui avaient abandonné l’espoir d’une autre vie. Le miracle d’Émile, c’est qu’il rendait les gens extraordinaires, il avait une grâce qui, le temps de sa présence, les transformait en la personne qu’ils auraient tant voulu devenir. Lorsque Émile avait une idée pour celui qui ne savait plus comment se sortir de la mouise, il ne la formulait pas, mais n’avait de cesse que l’idée devienne celle de l’autre.
La bande s’était constituée naturellement autour d’Émile dès la petite enfance. Il leur inventait une terre des merveilles, le pays où l’on s’ennuyait ailleurs, là où régnait /’Hêtre humain, l’arbre frère qui abritait la cabane du Foyard.
La bande du Foyard… Odile, Angèle, Louis, Arthur, Théodore, Philippe, Thomas, Paul, Lison, Joseph, Margaux et Émile. Pour être de la bande du Foyard, il fallait marauder aux grands un quelque chose qui devait servir à construire ou à décorer la cabane.
Odile qui avait été allaitée au sein de la vertu anabaptiste, et pour qui voler était un péché, a trouvé son salut dans la récolte des cheveux d’ange sur les sapins de Noël abandonnés. «Ça, c’est du réfléchi», avait dit Émile, «elle a volé sans voler !»
Angèle révélait sa tragédie par une offrande, une mèche de cheveux de son père que sa mère portait dans un pendentif. Angèle l’avait remplacée par l’une des siennes. Elle avait procédé à l’échange pendant que sa mère dormait, dérobant le pendentif de dessus de table de nuit en tremblant de peur. C’était pour Angèle la seule manière d’être portée sur le coeur de sa mère. Maintenant, lorsqu’elle était battue, Angèle voyait sa mèche qui se balançait sur la poitrine de sa mère et elle souriait aux coups. Elle obligeait sa mère à l’aimer malgré elle, et elle s’appropriait l’amour de son père qui avait pris la fuite. En offrant cette mèche de cheveux, Angèle offrait sa part la plus intime. Émile lui avait fait croire à sa beauté quand sa mère et son miroir ne cessaient de lui répéter qu’elle était laide.

luterbacher_2008_grandL’AUTEUR

Né en 1950, à Péry-Reuchenette, dans la partie francophone du canton de Berne (Suisse), Thierry Luterbacher est journaliste, réalisateur, auteur, metteur en scène de théâtre, artiste-peintre et père de trois enfants âgés de 15, 22 et 27 ans.
La route. Il la prend à 17 ans pour aller vivre et travailler dans les kibboutz, en Israël. Revenu en Suisse, il suit le cours préparatoire des Beaux-Arts, à Bâle. En 1972, il reprend la route au volant d’un Ford Transit aménagé et, « en bon hippie », parcourt le monde. Sa vie de bohème est racontée dans Le Sacre de l’inutile (Bernard Campiche Éditeur).
Le déclic créateur. Il se produit à la lecture du Grand Meaulnes, d’Alain-Fournier. Avec son premier roman, Un cerisier dans l’escalier, Thierry Luterbacher remporte le Prix Georges-Nicole en 2001.

Parution : 3 novembre 2011
Nb de pages : 200 p.
ISBN : 978-2882412997
Prix : 17 €

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DES NOUVELLES DE LA MORT ET DE SES PETITS

Anne-Lise Grobéty
Bernard Campiche Editeur

des-nouvelles-de-la-mort-et-de-ses-petitsEt l’autre part ne peut se résoudre à l’insoutenable réalité. Comment refuser de voir que par mon égoïsme d’amoureux je vais ajouter de plein gré un nom à la liste de mes morts aimés : celui de mon bon maître dont la sagesse, la clairvoyance, la gaieté, la patience ont été l’apport de lumière de mon enfance et de ma jeunesse. “Si vous lâchez la mort hors de son enclos, m’avait-il dit un jour, vous pouvez être sûr qu’elle va s’empeser la panse de petits. Et croyez-vous qu’à leur tour ils ne vont pas aussi s’empresser, à peine le nid quitté, d’entrer dans la danse ? Serez-vous alors surpris quand, en retour, l’un de ceux-ci viendra vous picorer de son bec comme du grain sec ?…” Dans l’obscurité, sous ma main, je sentais le souffle d’Amarilla tendre et détendre sa poitrine. Je pensais à quel point ils étaient unis si profondément, elle et lui, qu’elle parlait comme lui. “Je crains que nous n’ayons bientôt des nouvelles de la mort et de ses petits”, avait-elle soupiré la veille.

LU DANS LA PRESSE

Islo Pers doit travailler dur à développer finement son odorat, afin de perpétuer le métier de son père et devenir grand Humeur du Roi. Mais entre les rêvasseries, son goût pour les voyages et la nature, l’apprentissage se révélera difficile : sera-t-il le digne héritier de son père ? Pour cet ultime roman, Anne-Lise Grobéty nous emmène dans un univers très particulier : son écriture fine, la danse de sa plume pour faire virevolter les mots entraîneront le lecteur dans un monde surprenant.
(Sandra Gelin, Libraire, Payot-La Chaux-de-Fonds, Suisse)

Anne-Lise Grobéty. L’écrivaine disparue laissait un gros manuscrit. Des nouvelles de la mort et de ses petits vient de sortir.
Dès son premier roman, Pour mourir en février (1970), Anne-Lise Grobéty avait su trouver son public. La Chaux-de-Fonnière a entretenu ce rapport de manière plus intense quand elle est passée complètement à l’écriture, après la fin de ses tâches éducatives et de ses mandats politiques. Sa disparition, le 5 octobre 2010, a donc suscité une réelle émotion.
Anne-Lise laissait un volumineux manuscrit. Le voici publié. Des nouvelles de la Mort et de ses petits se situe au Pays Bougon. Nous voici donc dans un univers de fantaisie. L’ouvrage joue donc beaucoup sur la magie des mots, souvent rares et donc précieux. Les contes ne s’adressent pas qu’aux enfants.
(Etienne DUMONT, Tribune de Genève, Suisse)

Anne-Lise Grobéty apporte des «Nouvelles de la Mort»… pleines de vie
La romancière, décédée il y a un an, donne libre cours à son goût d’une langue recherchée et oppose à la maladie une réponse jubilatoire à travers un grand récit d’éducation flamboyant qui métaphorise le mal.
Les derniers mois de sa vie, Anne-Lise Grobéty les a consacrés à rédiger ces Nouvelles de la Mort et de ses petits. Ce gros roman sort un an après son décès, le 5 octobre 2010, à 61 ans. Avec ce titre mystérieux, elle bouclait la boucle d’une œuvre, commencée toute jeune, déjà sous le signe de la fin: Pour mourir en février. Ce récit, publié en 1970, écrit par une adolescente, qui lui avait valu, sur manuscrit, le premier Prix Georges-Nicole, a gardé sa force jusqu’à aujourd’hui. Depuis, Anne-Lise Grobéty a écrit des romans, des livres pour enfants, des textes de réflexion et des nouvelles, beaucoup, quand l’éducation de ses trois filles aux noms de fleurs, l’engagement politique et social morcelaient son temps.
À la maladie, elle a choisi de donner une réponse pleine d’énergie, comme un défi. Des Nouvelles de la Mort et de ses petits peut se lire comme une métaphore du mal, mais débordante de vie. C’est le roman d’éducation d’Islo Pers (un narrateur masculin, pour une fois, avec un si beau nom). Au soir de sa vie, ce héros s’attelle à une «pénitence d’encrier» et rédige ses «mémoires intestines». Elles sont à prendre au sens propre. Islo est né en Pays Bougon, terre peu amicale, sur laquelle règne un monarque pas très malin mais enclin aux solutions radicales et absolues: ­assujettissement des courtisans, ­exploitation du peuple, emprisonnements arbitraires, décapitations, etc. Pour veiller sur sa santé, cette «Minjesté» dispose d’un «Grand Humeur», chargé de renifler les excréments royaux pour y déceler les signes d’un mal ou d’un possible empoisonnement. Islo est le fils de ce dignitaire, la charge est héréditaire et il voudrait bien s’y soustraire. Anne-Lise Grobéty file cette métaphore scatologique tout au long du livre avec une alacrité picaresque très troublante. Comment ne pas penser au drame qui se jouait en même temps dans le corps de la romancière, pourtant jamais directement évoqué?
L’histoire se situe dans un temps prérévolutionnaire qui ressemble au XVIIIe siècle français. Des philosophes agitent des idées égalitaires, la faute à Voltaire, à Rousseau, bien sûr, aux Lumières. Le Pays Bougon connaît des hivers rudes, des étés pestilentiels, les saisons ont nom Torve, Nimbe, Morne ou Rance. Le roman frémit d’effluves plus ou moins agréables, tous ces étrons royaux dégagent: on pense au Parfum de Patrick Süskind, au Journal de Jean Hérouard, le médecin qui nota dans tous les détails l’évolution du petit Louis XIII. Et aux grands romans d’éducation – Tristram Shandy, Tom Jones. Le style mimétise le ton de ces grands récits. «Et toute langue est altérité, étrangeté, décalage dans son essence. Ahou, je n’aurai jamais assez de temps pour faire le tour de ma langue, je ne saurai de ma vie ni où elle finit ni où elle commence…», s’inquiète Islo Pers en exergue. Il y a beaucoup d’humour, de l’ironie. Anne-Lise Grobéty donne libre cours à son goût des mots rares qui confine souvent chez elle à la préciosité. Les chapitres s’intitulent «Déhiscence», «Efflorescence», «Matu­rescence», «Turgescence», «Effervescences», la nature – son bourgeonnement et son déclin – imprègne tout le récit, qui a été écrit entre Évolène, refuge heureux, La Chaux-du-Milieu de ses origines et Étrabonne, dans le Doubs. Pour clore, Anne-Lise Grobéty a choisi «Semence»: Islo Pers est «prêt pour la moisson nouvelle». Il se souvient de l’enseignement de son maître: «N’oubliez pas, Islo, qu’aucun Renversement de la vieille société ne pourra se faire sans renfort d’amour et de beauté.»
Avant cet apaisement, il y aura eu des combats, des morts, des amours, des amis, des trahisons, de belles figures (la chanteuse La Mileni, grand amour d’Islo, le petit Torghol, jolie figure de l’étranger). La destinée du héros et celle du Pays Bougon se développent en parallèle, avec un plaisir d’écriture évident. Les mots sont tordus, gauchis, réinventés, exhumés des souterrains de la langue, ciselés. De petits poèmes rythment la chute des chapitres. Le roman a été terminé quelques semaines avant la mort d’Anne-Lise Grobéty: si elle en avait eu le temps, l’aurait-elle resserré, simplifié? Il y aurait probablement gagné, mais c’est une vaine question. Elle avait le goût des phrases complexes, du vocabulaire inusité, inventé. Elle a laissé à Islo Pers le soin de définir son art poétique: «Pour s’enfiler avec efficacité et élégance dans le gant des mots, ne faut-il pas avoir du métier ou, à défaut, jouir d’une facilité, d’un don? Bien sûr, je n’hésite pas à gonfler mes pages de ratures et à reprendre vingt fois les mêmes enjolivures, mais tâcheronner n’est pas forcer le talent!»
(Isabelle RÜF, Le Temps, Suisse)

Née en 1949 à La Chaux-de-Fonds, Anne-Lise Grobéty étudie à la Faculté des lettres de l’Université de Neuchâtel et effectue un stage de journalisme. Elle commence à écrire très tôt, et elle a dix-neuf ans lorsque paraît son premier roman. Après un deuxième roman, elle ralentit son activité littéraire pour s’occuper de ses enfants. Dans le même temps, elle s’engage politiquement et siège pendant neuf ans comme députée socialiste au Grand Conseil neuchâtelois. Son mandat achevé et ses filles devenant plus autonomes, elle renoue avec l’écriture dès 1984.
Anne-Lise Grobéty se fait connaître du grand public dès son premier roman, Pour mourir en février, couronné par le Prix Georges-Nicole. La suite de son œuvre remporte le même succès: le Prix Rambert et deux Prix Schiller lui ont notamment été décernés. Parmi ses publications les plus importantes, les romans Zéro positif et Infiniment plus, tous deux traduits en allemand, et les recueils de nouvelles La Fiancée d’hiver et Belle dame qui mord. Elle a reçu le Grand Prix C. F. Ramuz en 2000, et le Prix Saint-Exupéry-Valeurs Jeunesse de la Francophonie 2001 pour Le Temps des mots à voix basse. En 2006 paraît La Corde de mi, Prix Bibliomedia Suisse 2007 et Prix «Coup de cœur» Lettres frontière 2007, suivi, en 2007, de Jusqu’à pareil éclat.
Ses narratrices cherchent à affirmer leur identité féminine, à une époque où la présence des femmes en littérature commence à s’affirmer. Anne-Lise Grobéty est donc aussi fortement concernée par la condition de la femme écrivain, par les aspects historiques, formels et politiques de l’écriture féminine, mais elle poursuit surtout une exploration de la langue dans une tonalité bien à elle.
Anne-Lise Grobéty est décédée le 5 octobre 2010.

Parution : Septembre 2011.
Nb de pages : 471 p.
Format : Broché.
Dimensions : 21,5 x 12.5 x 3 cm
ISBN : 9782882412980
EAN13 : 9782882412980
24 Euros.

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