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DES NOUVELLES DE LA MORT ET DE SES PETITS

Anne-Lise Grobéty
Bernard Campiche Editeur

des-nouvelles-de-la-mort-et-de-ses-petitsEt l’autre part ne peut se résoudre à l’insoutenable réalité. Comment refuser de voir que par mon égoïsme d’amoureux je vais ajouter de plein gré un nom à la liste de mes morts aimés : celui de mon bon maître dont la sagesse, la clairvoyance, la gaieté, la patience ont été l’apport de lumière de mon enfance et de ma jeunesse. “Si vous lâchez la mort hors de son enclos, m’avait-il dit un jour, vous pouvez être sûr qu’elle va s’empeser la panse de petits. Et croyez-vous qu’à leur tour ils ne vont pas aussi s’empresser, à peine le nid quitté, d’entrer dans la danse ? Serez-vous alors surpris quand, en retour, l’un de ceux-ci viendra vous picorer de son bec comme du grain sec ?…” Dans l’obscurité, sous ma main, je sentais le souffle d’Amarilla tendre et détendre sa poitrine. Je pensais à quel point ils étaient unis si profondément, elle et lui, qu’elle parlait comme lui. “Je crains que nous n’ayons bientôt des nouvelles de la mort et de ses petits”, avait-elle soupiré la veille.

LU DANS LA PRESSE

Islo Pers doit travailler dur à développer finement son odorat, afin de perpétuer le métier de son père et devenir grand Humeur du Roi. Mais entre les rêvasseries, son goût pour les voyages et la nature, l’apprentissage se révélera difficile : sera-t-il le digne héritier de son père ? Pour cet ultime roman, Anne-Lise Grobéty nous emmène dans un univers très particulier : son écriture fine, la danse de sa plume pour faire virevolter les mots entraîneront le lecteur dans un monde surprenant.
(Sandra Gelin, Libraire, Payot-La Chaux-de-Fonds, Suisse)

Anne-Lise Grobéty. L’écrivaine disparue laissait un gros manuscrit. Des nouvelles de la mort et de ses petits vient de sortir.
Dès son premier roman, Pour mourir en février (1970), Anne-Lise Grobéty avait su trouver son public. La Chaux-de-Fonnière a entretenu ce rapport de manière plus intense quand elle est passée complètement à l’écriture, après la fin de ses tâches éducatives et de ses mandats politiques. Sa disparition, le 5 octobre 2010, a donc suscité une réelle émotion.
Anne-Lise laissait un volumineux manuscrit. Le voici publié. Des nouvelles de la Mort et de ses petits se situe au Pays Bougon. Nous voici donc dans un univers de fantaisie. L’ouvrage joue donc beaucoup sur la magie des mots, souvent rares et donc précieux. Les contes ne s’adressent pas qu’aux enfants.
(Etienne DUMONT, Tribune de Genève, Suisse)

Anne-Lise Grobéty apporte des «Nouvelles de la Mort»… pleines de vie
La romancière, décédée il y a un an, donne libre cours à son goût d’une langue recherchée et oppose à la maladie une réponse jubilatoire à travers un grand récit d’éducation flamboyant qui métaphorise le mal.
Les derniers mois de sa vie, Anne-Lise Grobéty les a consacrés à rédiger ces Nouvelles de la Mort et de ses petits. Ce gros roman sort un an après son décès, le 5 octobre 2010, à 61 ans. Avec ce titre mystérieux, elle bouclait la boucle d’une œuvre, commencée toute jeune, déjà sous le signe de la fin: Pour mourir en février. Ce récit, publié en 1970, écrit par une adolescente, qui lui avait valu, sur manuscrit, le premier Prix Georges-Nicole, a gardé sa force jusqu’à aujourd’hui. Depuis, Anne-Lise Grobéty a écrit des romans, des livres pour enfants, des textes de réflexion et des nouvelles, beaucoup, quand l’éducation de ses trois filles aux noms de fleurs, l’engagement politique et social morcelaient son temps.
À la maladie, elle a choisi de donner une réponse pleine d’énergie, comme un défi. Des Nouvelles de la Mort et de ses petits peut se lire comme une métaphore du mal, mais débordante de vie. C’est le roman d’éducation d’Islo Pers (un narrateur masculin, pour une fois, avec un si beau nom). Au soir de sa vie, ce héros s’attelle à une «pénitence d’encrier» et rédige ses «mémoires intestines». Elles sont à prendre au sens propre. Islo est né en Pays Bougon, terre peu amicale, sur laquelle règne un monarque pas très malin mais enclin aux solutions radicales et absolues: ­assujettissement des courtisans, ­exploitation du peuple, emprisonnements arbitraires, décapitations, etc. Pour veiller sur sa santé, cette «Minjesté» dispose d’un «Grand Humeur», chargé de renifler les excréments royaux pour y déceler les signes d’un mal ou d’un possible empoisonnement. Islo est le fils de ce dignitaire, la charge est héréditaire et il voudrait bien s’y soustraire. Anne-Lise Grobéty file cette métaphore scatologique tout au long du livre avec une alacrité picaresque très troublante. Comment ne pas penser au drame qui se jouait en même temps dans le corps de la romancière, pourtant jamais directement évoqué?
L’histoire se situe dans un temps prérévolutionnaire qui ressemble au XVIIIe siècle français. Des philosophes agitent des idées égalitaires, la faute à Voltaire, à Rousseau, bien sûr, aux Lumières. Le Pays Bougon connaît des hivers rudes, des étés pestilentiels, les saisons ont nom Torve, Nimbe, Morne ou Rance. Le roman frémit d’effluves plus ou moins agréables, tous ces étrons royaux dégagent: on pense au Parfum de Patrick Süskind, au Journal de Jean Hérouard, le médecin qui nota dans tous les détails l’évolution du petit Louis XIII. Et aux grands romans d’éducation – Tristram Shandy, Tom Jones. Le style mimétise le ton de ces grands récits. «Et toute langue est altérité, étrangeté, décalage dans son essence. Ahou, je n’aurai jamais assez de temps pour faire le tour de ma langue, je ne saurai de ma vie ni où elle finit ni où elle commence…», s’inquiète Islo Pers en exergue. Il y a beaucoup d’humour, de l’ironie. Anne-Lise Grobéty donne libre cours à son goût des mots rares qui confine souvent chez elle à la préciosité. Les chapitres s’intitulent «Déhiscence», «Efflorescence», «Matu­rescence», «Turgescence», «Effervescences», la nature – son bourgeonnement et son déclin – imprègne tout le récit, qui a été écrit entre Évolène, refuge heureux, La Chaux-du-Milieu de ses origines et Étrabonne, dans le Doubs. Pour clore, Anne-Lise Grobéty a choisi «Semence»: Islo Pers est «prêt pour la moisson nouvelle». Il se souvient de l’enseignement de son maître: «N’oubliez pas, Islo, qu’aucun Renversement de la vieille société ne pourra se faire sans renfort d’amour et de beauté.»
Avant cet apaisement, il y aura eu des combats, des morts, des amours, des amis, des trahisons, de belles figures (la chanteuse La Mileni, grand amour d’Islo, le petit Torghol, jolie figure de l’étranger). La destinée du héros et celle du Pays Bougon se développent en parallèle, avec un plaisir d’écriture évident. Les mots sont tordus, gauchis, réinventés, exhumés des souterrains de la langue, ciselés. De petits poèmes rythment la chute des chapitres. Le roman a été terminé quelques semaines avant la mort d’Anne-Lise Grobéty: si elle en avait eu le temps, l’aurait-elle resserré, simplifié? Il y aurait probablement gagné, mais c’est une vaine question. Elle avait le goût des phrases complexes, du vocabulaire inusité, inventé. Elle a laissé à Islo Pers le soin de définir son art poétique: «Pour s’enfiler avec efficacité et élégance dans le gant des mots, ne faut-il pas avoir du métier ou, à défaut, jouir d’une facilité, d’un don? Bien sûr, je n’hésite pas à gonfler mes pages de ratures et à reprendre vingt fois les mêmes enjolivures, mais tâcheronner n’est pas forcer le talent!»
(Isabelle RÜF, Le Temps, Suisse)

Née en 1949 à La Chaux-de-Fonds, Anne-Lise Grobéty étudie à la Faculté des lettres de l’Université de Neuchâtel et effectue un stage de journalisme. Elle commence à écrire très tôt, et elle a dix-neuf ans lorsque paraît son premier roman. Après un deuxième roman, elle ralentit son activité littéraire pour s’occuper de ses enfants. Dans le même temps, elle s’engage politiquement et siège pendant neuf ans comme députée socialiste au Grand Conseil neuchâtelois. Son mandat achevé et ses filles devenant plus autonomes, elle renoue avec l’écriture dès 1984.
Anne-Lise Grobéty se fait connaître du grand public dès son premier roman, Pour mourir en février, couronné par le Prix Georges-Nicole. La suite de son œuvre remporte le même succès: le Prix Rambert et deux Prix Schiller lui ont notamment été décernés. Parmi ses publications les plus importantes, les romans Zéro positif et Infiniment plus, tous deux traduits en allemand, et les recueils de nouvelles La Fiancée d’hiver et Belle dame qui mord. Elle a reçu le Grand Prix C. F. Ramuz en 2000, et le Prix Saint-Exupéry-Valeurs Jeunesse de la Francophonie 2001 pour Le Temps des mots à voix basse. En 2006 paraît La Corde de mi, Prix Bibliomedia Suisse 2007 et Prix «Coup de cœur» Lettres frontière 2007, suivi, en 2007, de Jusqu’à pareil éclat.
Ses narratrices cherchent à affirmer leur identité féminine, à une époque où la présence des femmes en littérature commence à s’affirmer. Anne-Lise Grobéty est donc aussi fortement concernée par la condition de la femme écrivain, par les aspects historiques, formels et politiques de l’écriture féminine, mais elle poursuit surtout une exploration de la langue dans une tonalité bien à elle.
Anne-Lise Grobéty est décédée le 5 octobre 2010.

Parution : Septembre 2011.
Nb de pages : 471 p.
Format : Broché.
Dimensions : 21,5 x 12.5 x 3 cm
ISBN : 9782882412980
EAN13 : 9782882412980
24 Euros.

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