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AFGHANISTAN. GAGNER LES COEURS ET LES ESPRITS

Pierre Micheletti
PUG - Presses universitaires de Grenoble

afghanistan« Justice est faite », déclarait le président Barack Obama en mai 2011, en annonçant la mort d’Oussama Ben Laden, mettant fin à dix années de bras de fer entre les autorités américaines et le leader islamiste. Une décennie durant laquelle l’épicentre de cet affrontement s’est situé sur les terres afghanes, dix ans de violence et de guerre qui auront été le quotidien d’un peuple dont les perspectives d’avenir ne se soldent pas dans la mort d’un terroriste. Après le temps des Soviétiques, puis celui des Talibans, vient la fin annoncée du temps des Américains et de leurs alliés occidentaux, celui qui devait conduire à la paix et à la démocratie, à la fin de la production de drogue, à la liberté pour les femmes, celui qui devait, enfin, réussir à « gagner les cœurs et les esprits »… Nous en sommes loin. Dans cet ouvrage écrit à plusieurs mains, des universitaires spécialistes de la question, des journalistes de terrain et des praticiens de l’action humanitaire croisent leurs points de vue sur les mécanismes qui alimentent le conflit, dressent un bilan de la décennie qui s’achève et mettent en lumière quelques chemins possibles pour imaginer d’autres scénarios que ceux de la violence répétée. Pour enfin voir fleurir un espoir sur les cendres des attentats du 11 septembre 2001 comme sur la terre endeuillée de l’Afghanistan.

Entretien de RFI avec Pierre Micheletti, co-auteur de “AFGHANISTAN, gagner les cœurs et les esprits” (26:31)

Petit entretien par Le Monde de Pierre Micheletti et Laurent Corbaz, deux des rédacteurs. C’est ICI !

On peut également réécouter l’interview (ICI) de Pierre Micheletti à l’occasion de la sortie de son précédent ouvrage : « Humanitaire : s’adapter ou renoncer ».

LU DANS LA PRESSE

« Une décennie après le début de leur intervention, les armées occidentales s’apprêtent à se retirer d’Afghanistan sur un constat d’échec de leur stratégie politico-militaire. Dans ce contexte, le pays semble promis à une nouvelle guerre civile meurtrière, et les populations à une situation humanitaire peu enviable. De l’autre côté de la frontière, le Pakistan ne peut se réjouir de cette perspective alors que sur son sol les victimes des combats opposant l’armée aux islamistes alliés des insurgés afghans se comptent, depuis quatre ans, à raison d’une vingtaine par jour. Pour les organisations non-gouvernementales, le bilan de la décennie écoulée n’est guère plus satisfaisant. Devenues pour nombre d’entre elles des auxiliaires des forces de l’Otan ou des substituts à l’administration de Kaboul, elles y ont perdu leur indépendance, pour ne pas dire leur identité. Le constat dressé par dix-sept universitaires, journalistes et praticiens humanitaires lors d’un colloque organisé à Grenoble en octobre 2010 et dont cet ouvrage est le fruit, est sévère. Il offre aussi une réflexion détaillée sur les ressorts de la violence, les rivalités interétatiques ou le peu d’efficacité de l’aide. Un exposé stimulant pour ceux qui s’interrogent sur les modalités du retrait occidental et la nature du dialogue à instituer ou non avec les talibans, sur l’action des ONG dans les plans de stabilisation onusiens, européens et otaniens ou sur le respect du droit international humanitaire. »
(Christian Lechervy  dans Alternatives Internationales n° 053 - décembre 2011)

« AFGHANISTAN : Gagner les cœurs et les esprits »Alors que le sommet de Lisbonne à l’automne 2010 avait entériné le retrait progressif des troupes de l’OTAN à partir de 2011 (mais avec une fin de calendrier très incertaine, qui oscille entre 2014 et 2020), vient le moment d’un bilan de la stratégie mise en place, depuis quelques années, pour « gagner les cœurs et les esprits ». Au fil des chapitres une question dérangeante a peu à peu émergé : qui a véritablement intérêt, parmi les parties au conflit comme parmi les principaux acteurs et bénéficiaires de l’économie de guerre qui prévaut dans le pays, à voir aboutir un processus de paix que la population ne peut qu’appeler de ses vœux ? Autrement dit, où la majorité des afghans, après trente ans de guerre et de violence, pourrait-elle déceler des signes d’espoir ?
La litanie des sujets de préoccupation
Différentes analyses ont égrené au fil des chapitres, telle une litanie, les sujets de préoccupation qui demeurent d’actualité, voire qui traduisent une détérioration qui va crescendo. La violence et l’insécurité gagnent en intensité comme en extension territoriale.
Selon le bureau afghan pour la sécurité des organisations non gouvernementales (ANSO ou Afghan National Safety Office), le nombre de civils tués par les insurgés est passé de 1 755 en 2008 à 2 428 en 20101. De 2006 à 2010, le nombre d’attaques mensuelles menées par l’opposition armée a été en constante progression. Chaque année, c’est durant les mois d’été que le pays connaît un pic de violence. En août 2006, ce pic était de 335 attaques enregistrées. Il a été de 1 541 pour le mois de septembre 2010. Sur un total de trente-quatre provinces, huit sont considérées comme à très haut risque en matière de sécurité, six comme à haut risque ; seules quatre provinces comportent de faibles niveaux de violence, mais même le nord du pays, traditionnellement réputé plus calme, connaît dorénavant une dégradation rapide de la situation. Sur près de trente millions d’habitants, neuf vivent sous le seuil de pauvreté absolue (avec moins de un dollar par jour) et cinq disposent de moins de deux dollars par jour (Donini, mai 2010).
La paysannerie afghane et son modèle économique sont en pleine décomposition, ce qui fait le lit d’une production d’opium florissante ces dernières années. En 2005 l’Afghanistan produisait 4 100 tonnes d’opium. La récolte de 2006 se montait à 6 100 tonnes, puis 8 200 tonnes en 2007, 7 700 tonnes en 2008 et 6 900 tonnes en 2009. Par une sorte de retour ironique de l’histoire, c’est le voisin russe qui se mobilise aux côtés de la coalition et tire la sonnette d’alarme. Le circuit d’approvisionnement par la route depuis Karachi au Pakistan étant devenu extrêmement dangereux pour les camionneurs (Bobin, 19 avril 2011), la Russie pèse maintenant de tout son poids pour qu’une partie de l’énorme logistique nécessaire aux 132 000 hommes que déploie l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN) arrive via des États d’Asie centrale qui restent en partie sous sa dépendance. En contrepartie, la Russie demande avec insistance que soit revisitée la stratégie de la coalition pour combattre la drogue (Smolar, 2 avril 2011) : l’occupant d’hier consomme en effet 20 % de l’héroïne produite dans le monde.
Ce n’est en tout cas pas dans la vie politique locale que la population afghane trouvera de flagrants motifs d’espérance : l’élection présidentielle de 2009 a été entachée d’irrégularités majeures, mais finalement entérinée par une coalition embarrassée ; les affaires de corruption vont notoirement jusqu’au sommet de l’État, et on assiste à une fuite massive des capitaux. Les États-Unis ont injecté 1 000 milliards de dollars dans cette guerre, qui leur coûte encore actuellement 150 milliards de dollars par an (Darronsoro, décembre 2010, p. 122).
Au-delà des résultats militaires, largement problématiques au regard des objectifs initiaux, c’est tout le modèle de l’aide internationale qui est en cause. Très vite après le début de l’offensive militaire de 2001, la rhétorique américaine, que la coalition a faite sienne, a parlé de phase de reconstruction et de post-conflit – comme si les problèmes de fond du pays, multiples et intriqués, s’étaient trouvés résolus d’un coup de baguette magique, en même temps que l’état-major d’al-Qaeda était mis en déroute dans les grottes de Tora Bora.
Mais la réalité des complexités afghanes et de leurs racines est têtue, et les discours, comme les actes belliqueux, ne suffisent pas à la faire mentir. La population, aussi bien que les soldats de la coalition, continue à en faire l’amère expérience. En réalité, l’État afghan est défaillant dans sa capacité à se déployer partout sur le territoire national. Les exemples de corruption s’accumulent, faisant le jeu du mouvement taliban qui s’alimente des dividendes de l’économie de guerre, dont l’énorme logistique lui profite en partie, et de la production de drogue. Cela conduit la coalition à concentrer ses efforts militaires ainsi que son soutien financier et humanitaire vers les zones les plus violentes, celles où l’insurrection est la plus active. La population vit cette situation comme une sorte de paradoxe, une prime octroyée aux zones les plus en révolte (Gompelman, janvier 2011)…Mais ces zones sont aussi, souvent, celles des pachtounes, et ainsi se trouvent renforcées les rivalités tribales dans la mosaïque ethnique afghane – en réalité afghano-pakistanaise – qui a été décrite.
Enfin, le conflit en cours organise, à un niveau jamais atteint, la confusion des genres entre militaires et humanitaires. Cette confusion est de nature à hypothéquer, très au-delà du théâtre afghan, la capacité à agir et la sécurité des organisations non gouvernementales. C’est un vrai changement de paradigme auquel le mouvement humanitaire est ici confronté2. Ce mouvement se voit en effet délibérément, et contre la volonté de quelques grandes organisations non gouvernementale (ONG) internationales et du Comité international de la Croix Rouge (CICR), placé, par l’État-major de la coalition et par une partie des financeurs, comme l’USAID (United Stated Agency for International Development), dans le rôle de voiture-balai des opérations militaires. Le travail des ONG qui se prêtent à cette manipulation est présenté comme un outil au service de la reconstruction. Dans les faits, ce discours et cette stratégie constituent un déni de réalité. On assiste au contraire à la détérioration des conditions de vie et de sécurité. (…)
(Source et suite : Pierre Micheletti, le 2 septembre 2011 : ICI).

« Après le temps des Soviétiques, puis celui des Talibans, vient la fin annoncée du temps des Américains en Afghanistan. La population afghane aimerait panser les plaies de ces multiples guerres. Ecrit par des journalistes, des chercheurs et des humanitaires, le livre Afghanistan. Gagner les cœurs et les esprits revient sur les acteurs et les intérêts qui s’affrontent encore dans ce pays.
« Justice est faite. » Ainsi parlait Barack Obama en évoquant la mort d’Oussama ben Laden et le retrait des troupes américaines d’Afghanistan. Pour autant, à l’heure du retrait des troupes étrangères, quels sont les acteurs et les intérêts qui s’affrontent encore dans ce pays ? L’Afghanistan a-t-il été effectivement reconstruit ? La brutale guerre à la drogue a-t-elle porté ses fruits ? La pauvreté a-t-elle diminué ? C’est à ces questions et à bien d’autres que le livre Afghanistan. Gagner les cœurs et les esprits invite à réfléchir.
Ecrit par des journalistes, des chercheurs et des humanitaires, sous la direction de Pierre Micheletti, ancien président de l’ONG Médecins du monde, cette coédition RFI-Presses universitaires de Grenoble éclaire l’avenir d’un pays passionnant et de son peuple. »
(Sur RFI)

SOMMAIRE

Préface, par Azim Naim
Prologue, par Frédéric Bobin
Introduction, par Pierre Micheletti

Première partie : Des intérêts multiples qui sont des obstacles à la paix.
Ch. I. Des voisins qui contribuent à l’instabilité, par Jean Paul Burdy.
Ch. II. Une violence alimentée par des conflits tribaux et religieux, par Georges Lefeuvre.
Ch. III. Ceux que le business de la guerre enrichit, par Louis Imbert.
Ch. IV. La production de drogue : un enjeu qui dépasse largement les frontières, par Olivier Maguet.
Ch. V. La contre-insurrection privatisée : les nouveaux mercenaires en Afghanistan, par Sami Makki.

Deuxième partie : Des acteurs internationaux qui ne jouent pas la même partition.
Ch. I. Le leader américain : de la valse-hésitation à la nouvelle doctrine militaro-humanitaire, par Philippe Droz-Vincent.
Ch. II. L’Union européenne aux marges du conflit afghan, par Franck Petiteville.
Ch. III. La coordination de l’aide : entre choc des cultures et risque de manipulation, par Laurent Saillard.
Ch. IV. Les Nations Unies entre démission et compromis, par Antonio Donini.

Troisième partie : Regards d’humanitaires à l’heure du retrait des troupes étrangères.
Ch. I. Entre pauvretés rurales et bombes urbaines, par François Grünwald.
Ch. II. Guerre à la drogue ou guerre aux drogués: le quotidien des usagers de drogues afghans, par Olivier Vandecasteele.
Ch. III. Regarder le passé pour baliser l’avenir, par Pierre Salignon.
Ch. IV. Les conditions du retour dans un contexte à haut risque, par Michiel Hofman.
Ch. V. Aujourd’hui et demain, maintenir une capacité à agir, par Fiona Terry et Laurent Corbaz.

Conclusion : Pierre Micheletti.

Pierre Micheletti est médecin de santé publique, professeur associé à l’IEP de Grenoble, co-responsable du master OIG/ONG. Ancien directeur des programmes et président de Médecins du Monde France, il a notamment publié Humanitaire, s’adapter ou renoncer (Paris, Hachette, 2008).

Parution : Septembre 2011
Nb de pages : 295 p.
Format : Broché.
Dimensions : 21.6 x 14.3 x 2.3 cm
ISBN : 9782706116728
EAN13 : 9782706116728

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