Archive pour mars 2009

ue-turquie : savoir en rester là

ue-turquie : savoir en rester là

Jacques Borde

 

L’UE et la Turquie à couteaux tirés ? Et si cet état des lieux n’était, au fond, qu’une calamiteuse image d’Épinal ? Pour certains, en tout cas, il semble tout à fait possible d’avoir des relation normales pour les partenaires que sont Ankara et Bruxelles. Lire la suite »

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Le Québec, l’Amérique en Français

Le Québec, l’Amérique en Français

Zeina el-Tibi

 Vestige d’une époque où, sous Louis XIV, l’Amérique française s’étendait du Labrador aux bouches du Mississippi, la francophonie d’Amérique Lire la suite »

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DES AIRBUS “VERTS” : UNE CHANCE POUR L’AFRIQUE ?

DES AIRBUS “VERTS” : UNE CHANCE POUR L’AFRIQUE ?

Edmond Tatamian & Jean-Pascal Kpatindé

 

Tout un chacun le sait : une bonne partie du parc aérien des compagnies africaines se décline en appareils anciens, peu sûrs et… polluants. Et si l’avenir des ailes africaines se jouait par des avions plus respectueux de l’environnement ? Une piste largement déblayée par le constructeur européen et ses motoristes. Lire la suite »

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La percée du petit dernier d’Eurocopter

La percée du petit dernier d’Eurocopter

Avec le Lakota eads a de quoi se rassurer

Charlotte Sawyer

 

En faisant savoir qu’elle venait de livrer aux forces armées US, son 50ème exemplaire du UH-72A Lakota (dérivé de l’EC-145 civil) commandés par la National Guard, EADS North America a de quoi sabrer le champagne. Lire la suite »

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EADS assure l’essentiel

EADS assure l’essentiel

François-Xavier Massa & Edmond Tatamian

 

Et confirme, crise ou pas, sa performance opérationnelle tout en se préparant, dixit, à gérer un « nouveau contexte »…

 

Qu’on se le dise, EAD a enregistré des résultats encourageants sur ses neuf premiers mois de 2008 mais doit faire face à des défis dans des programmes clés. Le groupe a, en effet, confirmé la solidité de sa performance opérationnelle et a bénéficié du dynamisme- qui persiste, mais pour combien de temps encore ? Lire la suite »

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Questions à Scott Carson, pdg de la division aviation Commerciale de Boeing

Questions à Scott Carson, pdg de la division aviation Commerciale de Boeing

 Scott Carson, est intervenu le 6 décembre dernier à Paris lors du Symposium Transport Aérien : Le Challenge de l’Environnement. Rapide entretien sur l’engagement de Boeing sur ce défi majeur pour l’aéronautique dans le monde. Lire la suite »

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Foire d’empoigne autour des drones

Foire d’empoigne autour des drones

François Xavier Massa

 

Si, militairement, les drones – avions sans pilotes – semblent promis à un bel avenir, celui-ci ne de dessine cependant pas sans nuages, tant la compétition qui se déchaîne autour de ces engins s’avère de plus en plus acharnée. Retour sur un univers aussi “impitoyable” que celui dont nous parlait un feuilleton connu. Lire la suite »

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Question à Jean Paul Desimpelaere

Question à Jean Paul Desimpelaere  

Refletsdechine.com | Alain Albié

 

Jean Paul Desimpelaere - Je suis entré en contact pour la première fois avec les populations tibétaines en 1985, dans la province du Gansu, mais ce n’est qu’en 1991 que j’ai eu un réel séjour de trois mois au Tibet même, lors d’une expédition alpiniste. Depuis, les voyages se sont multipliés, au rythme d’une fois tous les deux ans, chaque fois d’une durée d’environ un mois. Justement parce que la première fois déjà j’y avais trouvé autre chose que les pensées dominantes chez nous. Je peux dire que j’ai été dans les zones touristiques et dans les zones non touristiques. Et que j’ai pu parler avec beaucoup d’agriculteurs, que j’aime bien pour leur franc-parler. Lire la suite »

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Alexandrette

Alexandrette : le Munich de l’Orient, où quand la France capitulait

De Lucien Bitterlin

 

On ne présente plus Lucien Bitterlin, cet infatigable combattant de l’amitié entre le monde arabo-musulman et la France. Mais aujourd’hui c’est davantage de l’auteur que nous allons vous parler. Et plus précisément de son livre – Alexandrette : le Munich de l’Orient, où quand la France capitulait – encore une fois une somme incontournable consacré à un épisode oublié de l’Histoire de cet Orient compliqué dont parlait le général de Gaulle. Lire la suite »

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Penser l’Océan

 Penser l’Océan

Du Vice-amiral d’escadre Guy Labouérie | Une critique de François-Xavier massa

 

L’ouvrage du vice-amiral d’escadre Guy Labouérie doit se prendre comme une invitation à penser l’Océan, à la lumière des enseignements de la bataille de Midway, car seule une réflexion globale sur l’Océan mondial qui nous a tous transformés en îliens et en « marins malgré nous » permettra de construire notre futur. Lire la suite »

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L’Île France : Guerre, marine & sécurité

L’Île France : Guerre, marine & sécurité

du Vice-amiral Christian Girard | Une critique d’Edmond Tatamian

 

L’ouvrage du vice-amiral Christian Girard doit être considéré comme une contribution majeure, dans la mesure où - Dans ce monde ouvert, défense et sécurité de la France et de l’Europe ne sauraient se limiter à une garde statique aux frontières - l’auteur nous propose un paradigme de caractère insulaire pour une nouvelle stratégie de défense.

 

Rappelons que le vice-amiral Christian Girard a commandé quatre bâtiments de combat, dont la frégate antiaérienne Cassard, chargée de la couverture du porte-avions Foch, au large des côtes de la Yougoslavie (1994-1995). En tant que spécialiste des opérations maritimes, il a pris part à des missions de pistage de sous-marins soviétiques en Méditerranée, de sauvegarde, de maintien de l’ordre et de sûreté des Sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (SNLE) dans l’Atlantique, de protection des expérimentations nucléaires et de surveillance des pêches dans l’Océan Pacifique, de diplomatie navale en Afrique, dans l’Océan Indien et dans le Golfe Persique, et d’évacuation de ressortissants au Yémen. Au-delà de cette praxis impressionnante, le vice-amiral Christian Girard a également exercé les fonctions de professeur de Tactique à l’École supérieure de guerre navales, de conseiller au Quai d’Orsay et de sous-chef d’état-major chargé des Opérations & de la logistique, à l’état-major de la marine. Le vice-amiral Christian Girard  est, depuis 2005, conseiller Défense du président de Converteam, premier fournisseur mondial des systèmes de propulsion électrique pour les marines de guerre.

 

Devoir de réserve, règne de la pensée unique ou faiblesse de la réflexion, domaines politiques réservés, pression ou indifférence hiérarchique : de nos jours, les militaires semblent se font remarquer  par leur absence de la réflexion stratégique publique.

 

C’est donc tout le mérite du vice-amiral Christian Girard d’avoir su rassembler des textes écrits, pour la plupart, alors que leur auteurs était en service actif. Leur mise en perspective permet d’analyser les enjeux stratégiques du monde contemporain.

 

Dans ce monde ouvert, défense et sécurité de la France et de l’Europe ne sauraient se limiter à une garde statique aux frontières. La surveillance et l’utilisation des espaces maritimes permettront de contrôler les flux économique et humains, dont dépendent nos sociétés. Plus, ils garantiront les capacités de dissuasion et d’intervention qui conditionnent notre sécurité. D’où le choix, de la part du vice-amiral Christian Girard, d’un paradigme de caractère insulaire afin de définir une nouvelle stratégie de défense.

 

L’Île France : Guerre, marine & sécurité, 22 €, 212 pages, ISBN 978-2-915960-19-8, L’Esprit du livre Éditions, 22A rue Jacques Rivière, 92330 Sceaux, tél : 01 46 83 19 44, fax : 0145 02 50 66, courriel : fmb@espritdulivre-editions.com.

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Le Québec, l’Amérique en Français

 

Zeina el-Tibi

Vestige d’une époque où, sous Louis XIV, l’Amérique française s’étendait du Labrador aux bouches du Mississippi, la francophonie d’Amérique représente plus d’une vingtaine de millions de personnes. Celles-ci sont réparties dans plusieurs endroits: au Canada (Nouveau-Brunswick, Ontario, Manitoba), au Québec, Haïti (7,5 millions), aux États-Unis où résident de nombreuses, en particulier en Louisiane et dans certains États de la Nouvelle-Angleterre (Maine). Il existe par ailleurs trois départements français d’Amérique (Guadeloupe, Martinique, Guyane) et une collectivité départementale (Saint-Pierre et Miquelon) : au total près d’un million de personnes. Il faut aussi mentionner que la Dominique et Sainte-Lucie sont membres de l’Organisation internationale de la Francophonie.

Aujourd’hui le cœur de cette francophonie américaine est le Québec.

Trop souvent le Québec reste mal connu. Quelques clichés et réminiscences servent le plus souvent de point de repères : les superbes espaces couverts de neige, les batailles de Montcalm, le récit de Maria Chapdeleine, le discours du général de Gaulle sur le Québec libre, le succès international des chanteurs et artistes au bel accent chaleureux. Comme tous les clichés ceux-ci ont leur part de vérité, mais ils sont loin de donner une idée exacte de la réalité québécoise qui est à la fois plus complexe et plus riche.

Une réalité complexe

1.700 000 kilomètres carrés 7.500.000 habitants. Plus étendu que la France métropolitaine, l’Allemagne, la Grande-Bretagne et l’Italie réunies, avec une population inférieure à celle de l’Autriche, le Québec qui s’étend des États-Unis jusqu’aux mers boréales, est une terre de paradoxes. Il est la plus grande des provinces de la confédération canadienne, mais il est loin de se réduire au Canada. Naturellement imprégné par son appartenance au continent américain, il reste à cheval entre le nouveau et le vieux continent. Le peuple québécois est le plus européen des peuples du nouveau continent pourtant il fait partie des plus anciens Américains ; il est « le premier qui a navigué sur le Saint-Laurent, sur l’Ohio, le Wisconsin, l’Illinois, le Mississippi et le Missouri ». Constituant une partie importante de l’Amérique, il est surtout l’Amérique en français. Enfin, ce peuple, marqué par la tradition et dont la devise est « je me souviens », est aussi l’un de ceux qui figurent dans le peloton de tête des pionniers des nouvelles technologies.

Pays de paradoxes et de contrastes, le Québec est aussi celui de toutes les interrogations. Comment quelques dizaines de milliers d’hommes et de femmes, brusquement coupés, voire délaissés, de la mère-patrie et livrés à un occupant qui n’a jamais cessé de vouloir les assimiler, ont-ils pu résister et devenir une nation prospère ? Il y a là une sorte de miracle.

Comment cette nation a-t-elle su utiliser ses compétences pour construire un modèle, le fameux « modèle québécois » qui est une façon de penser, d’exister, de travailler, de se gouverner, de voir l’avenir et d’entretenir un sens de la collectivité qu’on ne trouve pas ailleurs en Amérique ?

Comment le pays des libres coureurs des bois et des ardents paysans travaillant une terre rendue difficile par la rigueur du climat, a réussi à se hausser par ses propres forces au premier rang des grands pays industrialisés ?

Comment le terme de québécois a-t-il peu à peu remplacé celui de canadien-français ? Enfin, pourquoi les Québécois n’en finissent pas d’une interminable valse-hésitation sur la question de l’indépendance ?

De la survivance à la nation québécoise

L’histoire du Québec est avant tout celle d’un combat, d’une résistance.

En effet, depuis sa découverte et sa prise de possession par Jacques Cartier au nom du roi de France, en 1534, le pays a connu bien des vicissitudes. C’est d’abord une colonie puis une province française. Dans cette province lointaine naît peu à peu un particularisme, une Amérique française. Mais les Anglais installés en Nouvelle-Angleterre ne cessent de harceler les Français. En 1755, ils s’emparent de la région de Port Royal et déportent les Acadiens. Le 17 mai 1756, George II déclare officiellement la guerre à la France. C’est le début de la guerre de Sept Ans. En Amérique, les Français, aidés par les tribus d’Indiens, commencent à combattre les Anglais en Nouvelle-Angleterre. Commandés par Montcalm, les Français remportent d’abord de nombreuses victoires mais l’Angleterre ne cesse d’envoyer des troupes alors que le roi de France qui fait face à une terrible guerre en Europe ne peut guère venir au secours de Montcalm. Le 13 septembre 1759, Québec tombe. Un an après c’est le tour de Montréal. En 1763, le traité de Paris arrache à la France toutes ses possessions en Amérique du Nord à l’exception de Saint-Pierre et Miquelon.

Après le traité de Paris, on ne donnerait pas cher de la survie des 70.000 Français d’Amérique du Nord, que l’on appelle les Canadiens, face aux colonies britanniques qui comptent 1.500.000 personnes. La preuve même qu’il existait déjà un peuple, avec son identité, est que cette poignée de personnes ne va disparaître. Plus encore, l’intrusion d’un nouveau pouvoir étranger par sa culture, sa religion, ses intérêts, va conduire à une conscience nationale et politique Les Canadiens français arracheront pièce à pièce la reconnaissance de leur droits mais ils devront toujours de montrer vigilants contre les tentatives de leur retirer ou de réduire leur société distincte.

Le 1er juillet 1867, l’Acte d’Amérique du Nord est promulgué par la reine Victoria. C’est une sorte de Constitution qui vise à créer une unité canadienne tout en respectant les particularités de chaque région. L’Acte fait du Canada un Dominion regroupant quatre provinces : l’Ontario, le Québec, le Nouveau-Brunswick et la Nouvelle-Écosse. Entre 1870 et 1873, la fédération sera rejointe par le Manitoba, la Colombie britannique et l’Île-du-Prince-Edouard. Les pouvoirs des provinces et de l’État fédéral, le nouveau Canada, sont délimités. Les règles de l’utilisation des langues officielles, l’anglais et le français, sont fixées : le bilinguisme est obligatoire au Fédéral et au Québec, facultatif ailleurs. Sur le plan juridique, le Québec garde les lois civiles françaises. Toutefois, contrairement à ce que souhaitent les Canadiens français, le pouvoir de l’État fédéral reste très prépondérant, notamment sur le plan budgétaire et l’autonomie des provinces est battue en brèche par un pouvoir centralisateur. La cohabitation reste donc fragile entre Français et Anglais. Et c’est une nouvelle lutte qui s’engage pour la reconnaissance de la diversité des Canadiens français et la défense de leur langue. La défense de la langue française sera d’ailleurs au centre de tous les combats.

En 1931, le Canada obtient l’indépendance de jure grâce au Statut de Westminster. Cette indépendance est accueillie froidement par les Canadiens français qui souhaitent que la fin du dominion britannique soit l’occasion de revoir la situation de leur pays au sein de la fédération. Elu premier ministre en 1936, Maurice Duplessis s’oppose à l’intrusion du gouvernement fédéral dans les compétences provinciales mais son conservatisme inné le freine dans ses revendications nationales. Le gouvernement conservateur perdure jusqu’en 1959 date à laquelle s’ouvre la fameuse Révolution tranquille qui va modifier le visage du Québec en le faisant accéder à la modernité, d’une part, et en affirmant plus catégoriquement son identité nationale, d’autre part.

Sur le plan social, les réformes sont nombreuses. Jean Lesage et son « équipe du tonnerre » mettent sur pied un appareil étatique renforcé qui veillera à récupérer des compétences et des pouvoirs et à adopter une série de mesures sociales qui assureront une meilleure distribution des biens et des services. Le développement économique devient une priorité pour un gouvernement qui a fait du keynésianisme une règle de conduite. L’éducation nationale est l’autre grande priorité de l’équipe de Lesage qui entreprend de réformer le système scolaire sous influence religieuse. Le fait majeur de la réforme est la création du ministère de l’Éducation du Québec. L’accent est également mis sur la recherche et la modernisation du pays. De grands travaux sont lancés dans la perspective de l’Exposition universelle de Montréal, prévue en 1967. Enfin, dès 1962, Hydro-Québec acquiert les sept plus grandes compagnies de distribution d’électricité du Québec et devient l’une des grandes compagnies mondiales d’électricité. Sur le plan social, la condition de la femme évolue. Les changements sont également importants sur le plan socio-culturel. Les idées nouvelles foisonnent dans la littérature, le cinéma, la chanson et le théâtre.

Mais la Révolution tranquille marque aussi un nouvel élan du mouvement national. Désormais, le terme de Canadien français ne s’emploie plus que pour les francophones des autres provinces du Canada. Il s’efface au profit de celui de Québécois. Un peuple et une nation sont nés. En l’espace d’un peu moins de deux siècles, on est passé de la survivance des Canadiens français à l’affirmation d’une nation québécoise.

Le regain indépendantiste, qui donnera naissance au Parti québécois, affirme la montée en puissance d’un Québec nouveau, moderne, celui-là même que saluera le général de Gaulle lors de son fameux voyage en juillet 1967. Le discours de Montréal du général de Gaulle donne à la question québécoise une audience internationale.

En novembre 1976, le Parti québécois indépendantiste remporte les élections sur un programme privilégiant la modernité, l’efficacité, la démocratie renouvelée et le respect des droits nationaux du Québec. L’un des actes majeurs du gouvernement péquiste est de faire voter, le 26 août 1977, la Loi 101 portant Charte de la langue française. La loi 101 prévoit essentiellement de promulguer la langue française comme langue commune. L’objectif est d’endiguer le processus d’assimilation et de minorisation des francophones ; assurer la prédominance socio-économique de la majorité francophone ; réaliser l’affirmation du fait français. En effet, étant donné que la population québécoise est formée de près de 85% de personnes de langue maternelle française, il importait que le français, plutôt que l’anglais, devienne la langue commune de tous les Québécois. Il importait surtout de prendre les mesures nécessaires pour assurer la préservation et la vitalité du français dans un environnement anglophone. À cet égard, la loi 101 a été un formidable acte d’émancipation et d’affirmation nationale.

En 1980, le Premier ministre René Lévesque demande au pays par référendum de lui accorder le mandat d’entreprendre avec le gouvernement fédéral des négociations devant mener à la souveraineté-association pour le Québec. À Ottawa, Trudeau emploie tous les moyens pour faire échouer le référendum qui ne recueille finalement que 40,44% de Oui.

En 1982, le gouvernement fédéral et les provinces anglophones s’entendent sur une démarche constitutionnelle en laissant le Québec à l’écart des discussions. La nouvelle loi constitutionnelle, proclamée par le gouvernement fédéral avec l’appui de neuf provinces de langue anglaise, est rejetée par le Québec. La crise est ouverte. Depuis, elle est restée ouverte. La querelle constitutionnelle domine donc la vie du Québec. Il est vrai qu’elle conditionne tout son avenir. D’autant que le peuple canadiens français ne connaît plus la forte natalité qui a assuré sa survie dans le passé. Aujourd’hui la stagnation de la démographie est une véritable inquiétude. Le chiffre de fécondité serait encore pire sans l’immigration. Immense pays, relativement peu peuplé, le Québec est, traditionnellement, une terre d’immigration. Le niveau des études, la qualité de vie et les opportunités du marché du travail attirent chaque année des milliers de nouveaux immigrants. Le Québec a une bonne capacité d’intégration et ils s’emploient à faire des citoyens à part entière des nouveaux arrivants.

Si la situation politique demeure incertaine, il est incontestable que le Québec a su se faire une place sur le plan culturel et économique.

Dynamisme culturel & économique

La culture québécoise a bien relevé le double défi de la modernité et de la préservation de l’identité. Depuis les années cinquante, forts de l’appui de l’État, les intellectuels – écrivains, artistes, universitaires, cinéastes, metteurs en scène, chanteurs, musiciens, peintres… ont montré une grande vivacité. Ils ont concouru à faire naître ce qu’il faut bien appeler une civilisation québécoise qui est l’expression la plus solide et la plus dynamique de cette nation francophone d’Amérique du Nord.

Cette vitalité culturelle, et le combat quotidien pour préserver son identité, place le Québec en tête des nations qui défendent la diversité culturelle et contribuent à éviter que le monde soit dominé par les seuls produits culturels des États-Unis. Cette vitalité est également un excellent moyen de l’affirmation de la nation québécoise. Pour les Québécois, la littérature et les autres formes d’expression culturelle ont été une manière de se dire aux autres et de se faire reconnaître comme un peuple en devenir.

Puissance culturelle, le Québec est aussi une puissance économique. Il est dans le peloton de tête des vingt pays les plus riches du monde. Son dynamisme économique est remarquable. Le PIB du Québec (environ 145 milliards de dollars des États-Unis en 2001) le place au 18ème rang mondial, juste après la Suisse, et au 15ème rang pour le PIB par habitants. L’économie québécoise est marquée par un bon taux de croissance et caractérisée par son aspect innovateur et ouvert aux réalités de l’économie mondiale. Moderne, ouvert et en pointe des hautes technologies, le Québec a non seulement rattrapé le retard dans lequel l’avait confiné le colonialisme anglais mais il rivalise maintenant avec le Canada anglais.

Les atouts du Québec sont nombreux. Tout d’abord, il bénéficie d’innombrables richesses naturelles C’ est surtout un pays très industrialisé. Les grandes entreprises apportent une contribution essentielle au développement du pays et à la conquête des marchés extérieurs. Plusieurs centaines d’entreprises québécoises sont de taille internationale : la société d’État Hydro-Québec est une pièce maîtresse de la politique énergétique, la société Bombardier représente 38% du marché mondial des avions d’affaires et des véhicules sur rails, Québécor, est le numéro un mondial pour l’imprimerie commerciale, Videotron est l’une des principales sociétés canadiennes dans le secteur des médias, Alcan, est l’un des chefs de file mondiaux pour l’aluminium, Pharma Services, est le chef de file de la recherche contractuelle en pharmacologie…

S’étant doté d’une stratégie industrielle axée sur le développement de techniques et technologies de pointe et de secteurs industriels concurrentiels sur les marchés mondiaux, le Québec est un chef de file international dans les domaines de l’aérospatial (6ème rang mondial), des biotechnologies (le Québec a créé le plus important centre de recherche spécialisé en biotechnologie au monde, l’Institut de recherche en biotechnologie), des produits biopharmaceutiques, de l’hydroélectricité et du génie-conseil… Le Québec est particulièrement en avance dans les nouvelles technologies de l’information et des télécommunications.

Aux portes d’un marché de plusieurs centaines de millions de consommateurs, le Québec est un emplacement stratégique pour les entreprises internationales à la conquête des marchés de l’Amérique du Nord et de l’Amérique Latine. Nation moderne et tournée vers le progrès, le Québec est une puissance économique dont les standards de vie sont parmi les plus élevés au monde.

Après beaucoup d’autres défis concernant la survie de son peuple, la protection de sa spécificité linguistique et culturelle, l’affirmation de son identité nationale, le Québec a relevé avec succès celui de l’émancipation économique et du progrès social tout en construisant, dans le domaine économique, comme dans les autres, son propre modèle très particulier sur le continent américain.

En réalité, le Québec a tous les atouts pour être une nation indépendante. Mais se pose précisément le problème de son avenir politique.

La question de l’avenir politique

Nul ne peut nier qu’il existe un malaise entre le Québec et le Canada.

Dès 1906, dans son essai Canada, la question des deux races, André Siegfried écrivait qu’il y a au Canada deux nations bien distinctes : une « race conquise » et une « race dominante ». La suprématie britannique ne lui avait pas échappé, il estimait que « l’unité artificielle de la confédération n’a pas réglé le problème » et déjà il voyait et appréhendait pour l’avenir de graves tensions entre ces deux nations. Près de cent ans plus tard, la prédiction de ce grand géographe, qui est l’un des pères de la géopolitique, se révèle exacte.

Si le Québec n’est pas (encore) un État « il ne peut être compté comme l’une des provinces de la confédération canadienne ». Le gouvernement fédéral n’a jamais fait les efforts nécessaires pour aménager la Constitution afin de faire une large place à la diversité québécoise et trouver un statut politique satisfaisant pour le Québec. La plus grande partie des Québécois, qu’ils soient indépendantistes ou simplement favorable à un réaménagement de la situation du Québec dans le cadre du Canada, souscrivent à l’idée qu’il existe une identité civique, une nation québécoise.

Les libéraux, les partisans de l’Action démocratique et les souverainistes du Parti québécois se retrouvent au moins sur cette conviction, tout le problème est l’appréciation que font les uns et les autres de la meilleure façon de défendre cette nation. Certains estiment qu’il est possible de sortir de l’impasse constitutionnelle et d’obtenir la reconnaissance d’un statut de nation distincte au sein du Canada. En revanche, le Parti québécois et les indépendantistes pensent au contraire que toutes les tentatives de trouver une solution dans le cadre canadien ont échoué du fait même de la mauvaise volonté des provinces anglophones et de l’obstruction du gouvernement fédéral. A l’instar de Pierre Vadeboncœur, les indépendantistes sont persuadés que « sans l’accès à la souveraineté, c’est à dire la maîtrise de son destin, le Québec est menacé d’un génocide en douce. Dès lors, il n’y aurait qu’une alternative : “gouverner ou disparaître” ». Le débat reste ouvert!

Il est clair que le statu quo ne peut que conduire soit à de nouvelles crises, soit à la disparition progressive du peuple québécois, folklorisé, marginalisé et minorisé dans un Canada lui-même de plus en plus intégré aux États-Unis. Le mot d’ordre de Daniel Johnson semble plus actuel que jamais : « l’égalité ou l’indépendance ».

De nombreux experts observent qu’une nouvelle entente constitutionnelle entre le Québec et la Canada demanderait de l’imagination, du courage et de la générosité. Toutes choses dont le gouvernement fédéral a jusqu’à présent été bien avare. L’Indépendance, ou comme on dit au Québec la Souveraineté, reste donc une option.

L’ancien Premier ministre et chef du Parti québécois, Bernard Landry récuse avec force l’idée selon laquelle les indépendantistes seraient les tenants du repli et de la fermeture. Auteur d’un ouvrage, Commerce sans frontières, il a été l’un des plus vibrants défenseurs du traité de libre échange nord-américain qui unit le Canada aux États-Unis et au Mexique (Alena), alors que de nombreuses voix y étaient opposées à Ottawa. Selon les indépendantistes, rien ne s’opposerait à ce que le Québec indépendant reste membre de l’Alena, comme le souhaitent d’ailleurs les États-Unis et le Mexique. Dans une économie de libre-échange qui caractérise l’Amérique du Nord, l’indépendance ne signifierait aucunement le protectionnisme et le repli sur soi. Par surcroît, un Québec indépendant maintiendrait des liens et une coopération - ou une association- avec le Canada. Dans une certaine mesure, les relations entre le Québec et le Canada seraient même meilleures qu’elles ne le sont aujourd’hui car elles reposeraient sur des bases plus claires, plus franches et plus égalitaires.

Selon Bernard Landry « la mondialisation rend la souveraineté plus nécessaire et urgente que jamais. Sans institution nationale, la mondialisation risque de conduire à l’anarchie. La souveraineté nationale est l’ultime rempart contre les effets pervers et dissolvants d’une mondialisation qui n’est, à toutes fins utiles, que l’uniformisation de la planète. Seuls des gouvernements responsables et souverains peuvent endiguer les marées dévastatrices des prédateurs qui déterminent désormais les destins des économies nationales. En effet, dans le nouveau contexte mondial, la souveraineté n’est plus seulement une question de survie, de prospérité et de rayonnement international des peuples, c’est la qualité même de leur vie démocratique qui est mise en cause par cette nouvelle donne que constitue la mondialisation ».

Fort de sa civilisation de langue française, de ses réussites en matière culturelle et technologique, véritable puissance économique, le Québec est-il condamné à rester « le plus riche et, peut-être, le dernier des États colonisés » ? C’est toute la question et il n’est pas possible de faire l’économie du débat.

La nation québécoise n’est pas seulement un passé, émouvant et glorieux, c’est surtout un avenir. Elle a su trouver sa place sur le Nouveau Continent où elle apporte une contribution originale à la construction des Amériques et représente une authentique civilisation. Elle a su s’affirmer comme une puissance économique et ultramoderne, un chef de file dans le domaine des nouvelles technologies, une civilisation vivante et riche, une société ouverte dotée d’une grande capacité d’intégration.

Le Québec incarne également sur la scène internationale un courant nécessaire visant à contester le danger de la disparition des identités culturelles dans une mondialisation débridée et sans règles. Riche de son expérience et de son propre combat durant plus de deux siècles, fort de son modèle qui fait de lui une exception, il plaide avec conviction pour le respect du droit à la diversité des nations, c’est dire le respect de la dignité des peuples.

Zeina el Tibi, , éditions idlivre, Paris, 2002

(traduit en arabe, éditions al Farabi, Beyrouth, 2002).

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Actualités | Quai d’Orsay

 

Ministère des Affaires étrangères | Point presse | 16 mars 2009

1 - DEPLACEMENT DE BERNARD KOUCHNER AU TCHAD (14 et 15 mars)
2 - INTERVENTION DE BERNARD KOUCHNER DEVANT L’ASSEMBLEE PARLEMENTAIRE
3 - FRANCE / TOGO / AFRIQUE : SIGNATURE DES NOUVEAUX ACCORDS DE DEFENSE
4 - SOMALIE / ENLEVEMENTS
5 - GRANDE-BRETAGNE / COMMISSION EUROPEENNE
6 - ISRAEL

1 - DEPLACEMENT DE BERNARD KOUCHNER AU TCHAD (14 et 15 mars)

Bernard Kouchner, ministre des Affaires étrangères et européennes, s’est rendu les 14 et 15 mars au Tchad à l’occasion du passage de relais d’EUFOR TCHAD/RCA à la MINURCAT. Le ministre était accompagné d’une délégation de parlementaires européens et français et de représentants du secrétariat et de la présidence du Conseil de l’Union européenne.

Le 14 mars, à N’Djamena, Bernard Kouchner a rencontré, avec l’envoyé spécial de la Présidence tchèque Georg Lennkh, le comité de suivi de l’accord du 13 août, instance de dialogue et de concertation entre la majorité et l’opposition tchadiennes pour la réforme constitutionnelle et l’organisation des prochaines élections, dans lequel l’Union européenne l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF), les Nations unies et l’Union africaine jouent un rôle d’observateurs et de facilitateurs. Le ministre a rappelé l’importance de l’accord du 13 août et appelé le comité de suivi à surmonter les obstacles actuellement rencontrés dans la mise en oeuvre du processus électoral.

Bernard Kouchner a été reçu par le président Idriss Deby et le Premier ministre Yousouf Saleh Abbas. Il a évoqué avec eux le bilan de l’opération Eufor-Tchad/RCA, l’évolution de la situation au Soudan et la nécessité de poursuivre le dialogue régional ainsi que le soutien apporté par la France, aux côtés de l’Union européenne et de l’OIF, au dialogue politique inter-tchadien.

Le 15 mars, Bernard Kouchner s’est rendu à Abéché où il a participé à la cérémonie de passage de relais de l’opération EUFOR TCHAD/RCA à la MINURCAT. Il a visité le camp de réfugiés de Djabal et le site de déplacés de Gassiré, à proximité de Goz Beida.

Le ministre a souligné qu’Eufor avait rempli avec succès et en toute impartialité sa mission concernant la sécurité des 500.000 personnes déplacées et réfugiées à l’Est du Tchad et au Nord-Est de la République centrafricaine. L’opération européenne est la preuve de l’engagement de l’Union européenne au service de la communauté internationale dans cette région. Il a rappelé que le retrait d’EUFOR ne marquait pas la fin de l’implication de la France et de l’Union européenne au Tchad et dans la région puisque 2.000 hommes servant actuellement dans le cadre de l’EUFOR passaient sous la bannière de la MINURCAT.

La France comme l’Union européenne resteront actives dans le domaine de l’action humanitaire et du développement, notamment à travers leurs programmes d’aide au retour des déplacés dans l’Est du Tchad, et poursuivront leur action sur le plan politique au Tchad, en République centrafricaine et au Soudan, où la mise en oeuvre de l’accord de paix global et du processus de paix au Darfour est plus que jamais cruciale pour la stabilisation de la région.

2 - INTERVENTION DE BERNARD KOUCHNER DEVANT L’ASSEMBLEE PARLEMENTAIRE EURO-MEDITERRANEENNE (Bruxelles, 16 mars)

Bernard Kouchner est intervenu ce matin aux côtés de son homologue égyptien, Ahmed Abul Gheit, à l’occasion de la cinquième session plénière de l’Assemblée parlementaire euro-méditerranéenne.

Les deux ministres, dans le cadre du travail commun des coprésidences de l’Union pour la Méditerranée, ont notamment évoqué devant les membres de la commission politique de l’Assemblée parlementaire les moyens de relancer progressivement le processus de l’Union pour la Méditerranée ainsi que la situation du processus de paix dans le contexte de l’après Gaza et des efforts du gouvernement égyptien en vue d’une relance de ce processus.

La France et l’Egypte poursuivront leur concertation sur ces sujets.

3 - FRANCE / TOGO / AFRIQUE : SIGNATURE DES NOUVEAUX ACCORDS DE DEFENSE

L’ambassadeur de France à Lomé et le ministre des Affaires Etrangères du Togo ont signé le 13 mars le nouvel accord instituant un partenariat de défense entre nos deux pays.

Cet accord est le premier des textes destinés à remplacer les anciens accords de défense nous liant à plusieurs pays africains, dont la révision avait été annoncée par le président de la République dans son discours du Cap le 28 février 2008 devant le Parlement sud-africain. Les autres pays concernés sont le Cameroun, les Comores, la Côte d’Ivoire, Djibouti, le Gabon, la République centrafricaine et le Sénégal.

Après le discours du Cap, une mission avait recueilli les vues de nos partenaires concernés et un groupe de travail commun avait été constitué par les ministères des Affaires étrangères et européennes et de la Défense. Les travaux de ce groupe ont conduit à des propositions que nous avons faites au Togo et que nous allons faire à nos autres partenaires dans les semaines et les mois à venir. Ce processus aboutira à l’abrogation des accords passés dans ce domaine. Un document unique regroupera les dispositions relatives à l’ensemble de notre relation de défense avec chacun de ces pays.

Nous traçons ainsi le cadre juridique rénové de nos futures relations en l’adaptant à l’évolution de l’Afrique et du monde. Cette rénovation conduit à un texte moderne fixant, au fil de ses dispositions techniques et dans un plein esprit de réciprocité, les domaines de notre relation de défense, le statut des personnels concernés et les facilités offertes aux forces de la France et de ses partenaires. Il s’adapte en même temps aux spécificités de la situation de chacun des pays concernés.

Il s’agit essentiellement, en maintenant notre coopération militaire, d’ouvrir celle-ci vers la construction de l’architecture de paix et de sécurité en Afrique et vers le concours que l’Europe s’est engagée à lui apporter dans le cadre du partenariat stratégique entre l’Union européenne et l’Union africaine signé à Lisbonne en décembre 2007.

Ce document unique, nous l’avons aussi voulu pour que l’ensemble de nos partenaires africains et européens, les Parlements et les opinions concernés puissent appréhender en une seule lecture les différentes facettes de notre relation. C’est dans une recherche de cohérence, de transparence et d’adhésion que s’inscrit cette démarche qui aboutira à la saisine du Parlement français afin qu’il examine chacun de ces accords pour en autoriser la ratification.

Enfin, à cette occasion, a été abandonnée, comme l’avait annoncé le président de la République, toute référence à une éventuelle intervention dans une crise intérieure que comportaient certains de nos anciens accords.

L’ensemble de cette démarche vise à mieux prendre en compte la montée en puissance sur le continent africain des systèmes de sécurité collective de l’Union africaine et des Nations unies.

Cette évolution est déjà une réalité concrète. La tâche principale de nos forces pré-positionnées est la formation des éléments de la Force africaine en attente et de détachements africains pour des opérations de maintien de la paix, comme en Somalie par exemple. Les Ecoles nationales à vocation régionale, que nous soutenons, contribuent aussi à cette formation destinée à permettre à l’Afrique de disposer des capacités techniques nécessaires à la mise en oeuvre d’une sécurité collective. L’ouverture sur l’Europe s’amorce enfin, avec l’accord des pays africains concernés.

S’agissant du Togo, l’inauguration du Centre national de formation aux opérations de maintien de la paix où va s’entraîner le détachement togolais destiné à la MINURCAT, comme la formation d’une compagnie dédiée à la brigade en attente “Ouest” de la Force africaine en attente, sont des exemples concrets de cette nouvelle orientation des armées africaines.

4 - SOMALIE / ENLEVEMENTS

Avez-vous une réaction après les enlèvements de plusieurs employés du PAM et du PNUD en Somalie ? Avez-vous des informations concernant les employés de l’ONG française “Action contre la Faim” qui ont été enlevés il y a plusieurs mois maintenant ? La France dit vouloir accroître la sécurité des personnels humanitaires en Somalie, comment cette idée peut-elle se traduire dans le chaos qui règne à travers le pays ?)

La France condamne l’enlèvement ce matin à Wajid de plusieurs membres du Programme alimentaire mondial à l’issue d’une mission au Puntland.
Elle demande leur libération sans délai.

La France rend une nouvelle fois hommage au travail et à l’engagement des personnels des Nations unies sur le terrain en Somalie, au service de la population somalienne.

Afin de mieux répondre à la détresse de cette population, le Conseil de sécurité a adopté le 16 janvier 2009 la résolution 1863 qui envoie un message politique clair : la priorité est d’apporter un soutien financier et logistique aux efforts de l’Union africaine en faveur de la stabilisation du pays et de lui donner les moyens d’achever le plein déploiement de l’AMISOM.

Dans ce contexte, nous espérons que le nouveau gouvernement somalien, avec l’aide de la communauté internationale, parviendra à accroître la stabilité et la sécurité en Somalie. C’est le sens du message de soutien qu’a récemment apporté Bernard Kouchner au président de Somalie, Cheikh Sharif Cheikh Ahmed, lorsqu’il l’a rencontré à Djibouti le 22 février.

S’agissant des membres de l’ONG “Action contre la faim”, vous savez que la discrétion est de mise dans ce type de situation, dans l’intérêt même de la sécurité des personnes concernées.

5 - GRANDE-BRETAGNE / COMMISSION EUROPEENNE

(Est-ce que la France partage le point de vue de Gordon Brown en faveur d’un deuxième mandat pour José Manuel Barroso à la Commission européenne ? Et quel est le calendrier relatif à la nomination du prochain président de la Commission ?)

Notre pays a déjà eu l’occasion d’exprimer à plusieurs reprises combien il appréciait les qualités et l’action de José-Manuel Barroso à la tête de la Commission européenne, notamment face à la crise économique et financière. Je n’ai rien d’autre à ajouter.

6 - ISRAEL

(Avez-vous un commentaire sur l’accord de coalition conclu en Israël entre le Likoud et le parti Israël Beiteinou, qui donne naissance à un gouvernement d’extrême droite hostile au processus de paix et à la création d’un Etat palestinien ?)

Comme vous le savez, le processus de formation du gouvernement israélien est encore en cours. Attendons qu’il soit formé et de connaître son programme.

Lorsque ce gouvernement sera constitué, nous nous attacherons à dialoguer avec lui, dans le cadre de la relation de confiance et d’amitié qui nous lie à Israël et comme nous l’avons déjà indiqué au lendemain des élections, pour trouver la meilleure façon de reprendre résolument et sans délai le processus de paix, dans tous ses volets, et de conclure ce processus au plus vite, avec l’appui de l’ensemble de la communauté internationale. La création d’un Etat palestinien indépendant, viable et démocratique constitue en effet pour nous la meilleure garantie de sécurité d’Israël, sécurité à laquelle la France est indéfectiblement attachée.

Dans cette attente, nous continuons de travailler avec les autorités israéliennes actuelles afin de trouver au plus vite les voies d’une consolidation du cessez-le-feu à Gaza, s’agissant en particulier de l’arrêt total de toutes les violences, au premier chef les tirs de roquettes, de la réouverture des points de passage depuis ou vers Gaza, de la levée du blocus et de la lutte contre la contrebande d’armes.

Pas de commentaire

EADS assure l’essentiel

 François-Xavier Massa & Edmond Tatamian

Et confirme, crise ou pas, sa performance opérationnelle tout en se préparant, dixit, à gérer un « nouveau contexte »…

Qu’on se le dise, EAD a enregistré des résultats encourageants sur ses neuf premiers mois de 2008 mais doit faire face à des défis dans des programmes clés. Le groupe a, en effet, confirmé la solidité de sa performance opérationnelle et a bénéficié du dynamisme- qui persiste, mais pour combien de temps encore ? - du marché. Les prises de commandes de l’ensemble des activités du groupe ont atteint un niveau remarquable, vu le contexte général, avec notamment 737 nouvelles commandes pour Airbus et 605 pour Eurocopter. Capitalisant sur ses efforts constants de restructuration menés depuis plusieurs années, Astrium affiche une croissance forte de son chiffre d’affaires et de sa rentabilité. La division Défense & Sécurité enregistre une progression de son EBIT1 de 74%. Le groupe suit l’évolution des marchés financiers avec une très grande attention. Diverses mesures ont été prises pour limiter les effets de la dégradation de la conjoncture.

« EADS a de nombreux atouts pour faire face à la crise financière actuelle. EADS dispose d’un important et diversifié carnet de commandes avec des livraisons s’étalant sur plusieurs années. La forte position de trésorerie nette garantit la stabilité du Groupe, tout en lui offrant la flexibilité requise pour s’adapter à un contexte économique en mutation »2 a assuré le président d’EADS, Louis Gallois.

Seul point faible : un A 400M à la peine…

Mais, « Le programme A400M », a concédé Louis Gallois, « reste un sujet difficile et nous menons des actions ambitieuses pour relever les défis industriels et commerciaux qu’il présente, dans le cadre de discussions engagées avec nos clients et nos fournisseurs. Nous restons plus que jamais déterminés à maîtriser ce programme particulièrement complexe »3.

C’est le moins qu’on puisse dire. En effet, sur le programme, l’absence d’un engagement sur un calendrier fiable de fourniture du système de propulsion, combinée à des problèmes non résolus sur certains éléments importants ainsi que sur l’intégration d’équipements et de systèmes a conduit, comme l’annonçait le groupe, à de nouveaux retards. Cette absence de mise à jour fiable du calendrier oblige EADS à passer provisoirement à la méthodologie comptable de début de contrat et à suspendre la comptabilisation en fonction des points d’avancement pour ce programme. EADS a entamé des discussions avec ses principaux clients pour déterminer les prochaines étapes. Dès qu’un nouveau calendrier sera disponible, EADS reprendra la comptabilisation suivant les points d’avancement et remettra à jour la charge comptabilisée au titre de l’A400M. 341 M€ de provisions ont été comptabilisés au 3ème trimestre 2008, et ont pénalisé l’EBIT.

…mais un groupe plutôt en forme

Le chiffre d’affaires a augmenté de 7%, et s’établit à 29,4 Md€, (27,6 Md€ sur la même période en 2007). Les cinq Divisions du groupe ont contribué à cette croissance. La progression du chiffre d’affaires inclut 803 M€ résultant du passage à la méthodologie comptable du début de contrat pour le programme A400M appliqué au 3ème trimestre 2008.

L’EBIT d’EADS avant amortissement des écarts d’acquisition et éléments exceptionnels s’améliore à 2.018 M€ sur les neuf premiers mois de 2008. Il était de -353 M€ sur la période équivalente de 2007, notamment en raison de l’EBIT d’Airbus affecté par des charges exceptionnelles plus élevées (Power 8, A400M, lancement de l’A350). L’ensemble des Divisions ont contribué à cette amélioration. Les progrès accomplis par Airbus s’expliquent par une excellente performance des programmes de série, par la réalisation d’économie dans le cadre du programme Power8, et par une diminution des charges exceptionnelles. La détérioration des conditions de couvertures de change sur les neuf premiers mois de 2008 a été presque intégralement compensée par la revalorisation au taux de clôture du dollar des provisions pour pertes à terminaison sur contrats ; l’ampleur de cet effet est d’environ 265 M€.

En ligne avec l’évolution de l’EBIT, le résultat net consolidé est en progression à 1.082 M€, (contre -705 M€ sur les neuf premiers mois de 2007). Le bénéfice par action est de 1,34 €, contre -0,88 € sur les neuf premiers mois de 2007.

Les dépenses de R&D autofinancée ont diminué légèrement, à 1.792 M€ (1.903 M€ sur les neuf premiers mois de 2007). Elles devraient toutefois augmenter de façon plus prononcée au 4ème trimestre, essentiellement en raison du programme A350 d’Airbus.

Les flux de trésorerie disponible avant financement client ont fortement augmenté, à 1.959 M€ (168 M€ sur les neuf premiers mois de 2007). Cette progression reflète notamment l’amélioration du fonds de roulement (diminution des stocks et augmentation des avances perçues). Les flux de trésorerie après financement clients ont augmenté à 1.967 M€, (111 M€ sur les neuf premiers mois de 2007) incluant une faible contribution du financement client pour 8 M€. Malgré une consommation de trésorerie pour des acquisitions et des options de couverture, la position de trésorerie nette atteint le niveau record de 9 Md€ à fin septembre, (7 Md€ à fin 2007). Cette trésorerie confère à EADS une solide base de liquidité pour les années à venir.

Les prises de commandes d’EADS ont atteint le niveau remarquable de 88,7 Md€ sur les neuf premiers mois de 2008, (82,4 Md€ pour la période équivalente de l’exercice précédent). Les prises de commandes ont été soutenues par la forte activité du Salon de Farnborough et par la commande de ravitailleurs en vol pour le Royaume-Uni. Le carnet de commandes du groupe atteint le niveau record de 400,7 Md€ à fin septembre 2008, (339,5 Md€ à fin 2007). Un carnet de commandes qui a, certes, bénéficié de l’évolution favorable du taux de change du dollar à fin septembre 2008 par rapport à fin 2007. Les commandes d’appareils commerciaux étant présentées sur la base des prix catalogue. Compte tenu des fortes prises de commandes dans les activités de Défense, le carnet de commandes du groupe dans ce domaine a atteint le niveau record de 57 Md€ d’euros à fin septembre 2008, (54,5 Md€ à fin 2007).

Cependant, EDS de reconnaître qu’ « En raison de la crise financière », le groupe, « - notamment pour les activités civiles d’Airbus, d’Eurocopter et d’Astrium - évolue dans un marché incertain. Le ralentissement de la croissance économique et la forte diminution du trafic aérien ont éclipsé le redressement du dollar par rapport à l’euro et la baisse du prix du pétrole depuis l’été ». Toutefois, « Grâce à la robustesse et à la diversité géographique de son carnet de commandes et à son niveau record de trésorerie nette, EADS reste solide dans le contexte de la crise financière mondiale. Même si EADS n’a pas besoin de refinancement à court terme, la facilité de crédit du Groupe de 3 milliards d’euros est entièrement confirmée et n’a pas été tirée. Les activités institutionnelles et gouvernementales du Groupe affichent une bonne résistance et continuent de croître pour l’instant, bénéficiant du plus important carnet de commandes jamais comptabilisé »4.

Mais EADS ne nie pas les difficultés à venir et admet qu’ « Avec la prévision d’un ralentissement du trafic aérien et des refinancements plus difficiles, le marché de l’aviation commerciale devrait ralentir avec des risques de reports voir d’annulations, mais la visibilité sur ces risques est limitée. De fait, et malgré un carnet de commandes record avec un calendrier de livraisons s’étalant sur plusieurs années, Airbus a suspendu la montée en puissance de la famille A320 à 36 avions par mois. Les conditions de financement d’avions se sont durcies. À ce jour, le Groupe n’a reçu qu’un nombre limité de demandes pour combler les besoins de financement des clients. Avec une exposition au financement clients la plus basse depuis 20 ans et une trésorerie nette à un niveau record, EADS a toute latitude pour soutenir ses clients de manière restrictive et discrétionnaire, comme lors des précédents retournements de cycle. En tout état de cause, Airbus et Eurocopter restent vigilants, prêts à s’adapter à l’évolution du marché »5.

Ce d’autant que, comme l’indique EADS, « les initiatives d’amélioration de l’efficacité du Groupe produisent les résultats attendus. Le programme de restructuration Power8 progresse bien et la stratégie de cessions se concrétise : la vente du site allemand de Laupheim à Diehl/Thales a été finalisée, de même que les négociations avec GKN pour la cession du site de Filton (Royaume-Uni), même si le transfert de contrôle n’a pas encore été effectué. Récemment EADS et DAHER ont conclu un accord pour l’acquisition par Daher de 70% d’EADS Socata. L’arrivée de Daher au capital d’EADS Socata va donner naissance à un acteur de premier plan dans le domaine des aérostructures, de l’aviation d’affaires et des services. L’accord conclu est soumis à l’approbation des autorités compétentes. La constitution des nouvelles sociétés d’aérostructures Aerolia (France) et Premium Aerotec (Allemagne) est en bonne voie. Ces changements démontrent qu’EADS et Airbus ont la capacité à se recentrer sur leur cœur de métier, tout en donnant naissance à d’importants acteurs dans la fourniture de composants aéronautiques »6.

EADS a lancé son programme Power8 Plus. Les différentes mesures prises dans l’ensemble du groupe ont pour objectif de contribuer à l’EBIT consolidé à hauteur de 1 Md€ à l’horizon 2011-2012. La contribution d’Airbus devrait atteindre 650 M€. Le siège d’EADS et les divisions Eurocopter, Astrium, Défense & Sécurité et Avions de Transport Militaire doivent, pour leur part, contribuer à hauteur de 350 M€.

En complément de Power8+, EADS travaille sur un plan d’intégration et d’économies baptisé Future EADS qui vise à réaliser une meilleure intégration, à améliorer le processus de décision et l’interaction entre le siège et les divisions. Ce plan générera un minimum de 200 M€ d’économies en 2011-2012 au siège et dans les divisions.

Quelques perspectives

EADS prévoit qu’Airbus enregistrera plus de 850 nouvelles commandes en 2008. Et selon le groupe, ses prévisions de croissance du chiffre d’affaires à plus de 40 Md€ en 2008 restent inchangées, avec plus de 470 avions livrés pour l’année.

Avec un EBIT de 2 Md€ pour les neuf premiers mois de 2008, EADS devrait dépasser sa prévision d’EBIT de 1,8 Md€ précédemment annoncé pour l’exercice 2008 (taux de change de 1€ = 1,45 $) compte tenu de la solide performance opérationnelle. Néanmoins, cette perspective d’EBIT exclut tout impact additionnel lié à l’A400M en raison des incertitudes pesant sur ce programme.

Avant impact du financement client, EADS anticipe des flux de trésorerie disponible supérieurs à 2 Md€ en 2008, sachant que cet agrégat est le plus difficile à prévoir.

Airbus civils

Le chiffre d’affaires de la division Airbus s’inscrit en hausse à 19.445 M€, (18.856 M€ sur les neuf premiers mois de 2007). Selon EADS, « Cette performance s’explique principalement par l’augmentation des volumes et un mix de livraisons plus favorable. Les livraisons d’avions se maintiennent à des niveaux record. Airbus a livré 349 avions sur la période, dont sept A380, (330 appareils sur les neuf premiers mois de 2007). La croissance du chiffre d’affaires intègre l’effet de la suspension de la prise en compte du programme A400M en fonction des points d’avancement, pour ce qui concerne la part de travail d’Airbus. La baisse du dollar et la détérioration des prix de vente ont eu un impact négatif sur la croissance. L’EBIT s’inscrit en forte hausse à 1 501 millions d’euros, (- 677 M€ sur les neuf premiers mois de 2007). Ce résultat reflète l’excellente performance d’Airbus en termes de livraisons, la profitabilité sous-jacente des programmes de série d’Airbus et les progrès réalisés dans le cadre du programme Power8. Des charges exceptionnelles moins élevées que sur les neuf premiers mois de l’année 2007 et l’ajustement au taux de clôture des provisions pour pertes à terminaison ont également contribué à la croissance de l’EBIT, et ce en dépit d’une provision sur le programme A400M passée au troisième trimestre 2008 et d’une augmentation des coûts récurrents de l’A380, liée à la difficile montée en cadence de la production »7.

Au cours des neuf premiers mois de 2008, Airbus a continué à profiter d’une demande soutenue d’appareils neufs, et a enregistré un total de 785 commandes brutes. Ce succès commercial est dû à l’efficience des avions composant le portefeuille d’Airbus. Les commandes nettes s’élèvent à 737 avions avec une amélioration des prix. Les prises de commandes nettes représentent une part de marché de 54% pour Airbus. Le programme A350 - « parfaitement dans les temps », comme l’a encore dit le directeur général Fabrice Brégier - bénéficie d’un carnet de commandes de 458 appareils. Le carnet de commandes d’Airbus s’élevait à 341,6 Md€ au 30 septembre 2008, sur la base des prix catalogue, (283,8 M€ à la fin de l’année 2007). Le carnet de commandes a encore augmenté en termes d’unités et a atteint le niveau record de 3.809 avions à fin septembre, (3.421 avions à la fin de l’année 2007).

Qantas a reçu son premier A380 et a rejoint Singapore Airlines et Emirates en devenant le troisième exploitant du gros-porteur. L’appareil fait preuve d’une fiabilité exceptionnelle, comme l’attestent les performances du premier A380 livré à Singapore Airlines. Au cours de cette première année d’exploitation commerciale, l’ensemble des A380 en service ont effectué 15.000 heures de vol et ont transporté 700.000 passagers. En septembre, Airbus a inauguré à Tianjin (Chine) sa première ligne d’assemblage finale hors d’Europe. Les premiers appareils sont en cours d’assemblage et le premier A320 sera livré mi-2009. Le renforcement de la coopération avec la Chine est l’un des principaux axes de la stratégie du Groupe, qui vise à développer une présence industrielle sur les marchés les plus importants.

Airbus militaires

Le chiffre d’affaires de la division Avions de Transport Militaire a atteint 1.949 M€ sur les neuf premiers mois de 2008, (1.014 M€ sur la période équivalente de 2007). Le chiffre d’affaires a été porté par la croissance des activités avions ravitailleurs en vol. Le chiffre d’affaires reflète la comptabilisation de l’étape de mise sous tension de l’A400M, prévue initialement en 2007, pour un montant d’environ 400 M€. Le chiffre d’affaires tient également compte de la suspension de la méthode de comptabilisation en fonction des points d’avancement du programme A400M. L’EBIT de la division s’inscrit en hausse à - 68 M€, (contre - 144 M€ sur les neufs premiers mois de 2007), et ce malgré l’impact de la provision A400M.

Mais, dans une certaine mesure, l’A400M reste le talon d’Achille du groupe. Ce qu’à, pour partie, confessé Louis Gallois, admettant que l’A400M est bien « le programme qui m’empoisonne l’existence ». car « Nous avons sous-estimé le défi que représente cet avion, encore plus complexe que des chasseurs comme le Rafale ou l’Eurofighter. Nous en payons le prix »8.

Et lorsque le groupe évoque ce programme, l’on flirte vite avec la langue de bois. Qu’on en juge : « Comme l’issue de la réalisation du contrat A400M de ne peut pas être évaluée de façon fiable », décortique EADS, le groupe « ne peut pas actuellement se conformer à toutes les exigences pour comptabiliser le contrat en fonction de la méthode comptable d’estimation à terminaison. En conséquence, et en application de la norme comptable IAS 11 (contrats à long terme), EADS a suspendu l’application de la méthode comptable d’estimation à terminaison (comptabilisation selon points d’avancement) et a donc reconnu les coûts du contrat enregistrés à ce jour comme une charge directe dans le compte de résultats ainsi que les revenus correspondants, pour autant que l’on pense recouvrer les coûts du contrat dépensés puissent selon la méthode comptable “de début de contrat”. La provision pour perte à terminaison a été ensuite réévaluée pour couvrir uniquement les pertes additionnelles du contrat qu’EADS est en mesure d’estimer actuellement de manière fiable »9.

Ouais, pas très clair, non ?

Un mouton à cinq pattes

Vincent Lamigeon, plus prosaïquement, nous parle de « plus de 1,6 Md€ de provisions passées suite aux retards successifs de l’appareil. Sans compter un conflit ouvert l’été dernier avec des motoristes qui refusaient d’endosser la responsabilité des dysfonctionnement, et la colère des pays clients quant au nouveau calendrier proposé le 9 janvier par EADS, qui envisage les premières livraisons de l’appareil au plus tôt en 2012, avec trois années de retard »10.

Et de poursuivre : « Comment ce programme a-t-il pu déraper à ce point ? »11. En fait, comme le souligne cet estimé confrère, « il souffre des travers habituels des coopérations européennes »12. Et de nous rappeler que « L’avion lui-même est un compromis entre les exigences contradictoires des clients des 192 A400M commandés. Un mouton à cinq pattes, à la fois tactique (projection rapide) et stratégique (transport de cargaisons sur de longues distances). Un appareil à hélices presque aussi rapide qu’un jet (Mach 0,72), mais pouvant voler à vitesse réduite et à basse altitude. Un avion militaire, mais avec des normes proches de l’aviation civile »13.

Là, on comprend mieux. Mais ça n’est pas tout.

Car, « pour ne rien arranger », note encore Vincent Lamigeon, « les politiques viennent se mêler de choix industriels, notamment sur la sélection du moteur. Airbus penche dès l’origine pour un motoriste américain, Pratt & Whitney, spécialiste des turbopropulseurs. “Leur offre était 20% moins chère, et ils avaient l’expérience de ce type d’engin”, raconte un ancien d’Airbus. Au printemps 2003, Noël Forgeard s’apprête à annoncer le choix de P&W, préféré au consortium EPI. Il ne le fera pas. Suite au lobbying effréné des industriels européens, notamment du patron de Safran de l’époque, Jean-Paul Béchat, l’Élysée se fend d’un coup de fils véhément. Airbus choisira EPI »14.

 

Le moteur vient tout juste de commencer sa phase d’essais en vol. Pour la défense du motoriste EPI, il faut aussi reconnaître que le travail « a été compliqué par les changements incessants de spécifications par Airbus Military »15 qui ont plombé le développement du logiciel de régulation numérique des moteurs le Fadec. Et comme si cela ne suffisait pas le choix, de la plate-forme d’essais en vol a aggravé la situation. Contrairement à l’avis de nombre d’expert, un (antique) C-130 Hercules a été choisi, au détriment d’un Airbus A340. Résultats : de nouveaux délais de “remise en forme ” de l’antiquité volante…

Aujourd’hui, vient se greffer au dossier le problème des pénalités de retards exigées par certains pays-clients, notamment l’Allemagne où le controversé ministre de la Défense, Franz Josef Jung, en fait une question de principe, face à un Louis Gallois qui a beau jeu de rappeler combien les retards actuels sont imputables à l’EPI, imposé à Airbus et EADS par ces mêmes clients, dont… Berlin ! Ce que n’a pas manqué de souligner à Challenges, Matthieu de Varax, associé spécialiste de la Défense au cabinet Mayer Brown : « En insistant sur le paiement de pénalités de retard, les pays acheteurs se tirent une balle dans le pied. Ils sont, pour la plupart, indirectement responsables de e retard, ayant imposé une coopération industrielle complexe pour les moteurs »16.

En revanche, dans le domaine des avions ravitailleurs en vol, le développement du prototype de la perche caudale de ravitaillement en vol a été achevé avec succès. Aux États-Unis, le Pentagone a suspendu la procédure d’appel d’offres pour le renouvellement de la flotte d’avions ravitailleurs. Mais avec les commandes de 20 avions ravitailleurs depuis le début de l’exercice 2008, le carnet de commandes de la division Avions de Transport Militaire est passé à 23 Md€ à la fin septembre 2008, (19,9 Md€ à fin 2007). Et, s’il y a de fortes chances que la nouvelle administration US tranche en faveur de Boeing, le Pentagone, de son côté a déjà fait savoir qu’il ne saurait se contenter - sécurité oblige - d’un seul type de ravitailleur…

Eurocopter

Eurocopter poursuit sa croissance. Le chiffre d’affaires a augmenté de 7% à 2.781 M€, (2 599 M€ sur les neuf premiers mois de 2007). Cette croissance résulte de l’augmentation continue des livraisons d’hélicoptères de série légers et moyens. Eurocopter a livré 404 hélicoptères, (319 au cours de la période équivalente de 2007). L’EBIT a augmenté à 164 M€ (113 M€ sur la période équivalente de 2007). En 2007, l’EBIT avait été affecté par une provision exceptionnelle au titre du programme NH90. L’augmentation de l’EBIT d’Eurocopter s’explique par une augmentation des volumes, qui a été partiellement obéré par un impact défavorable du dollar et par une augmentation des dépenses de R&D.

Eurocopter continue de renforcer ses activités de services, qui représentent déjà environ 35% du chiffre d’affaires de la Division. Dans le cadre de ses objectifs de croissance, Eurocopter se développe au Royaume-Uni en offrant des services de formation. Cette initiative fait partie d’une stratégie plus générale d’extension de l’implantation d’Eurocopter au Royaume-Uni. À l’international, Eurocopter a fait preuve de sa fiabilité en livrant 29 hélicoptères de type UH-72A Lakota produits à Columbus (Mississipi) : tous les hélicoptères ont été livrés dans les délais prévus, voire en avance sur le calendrier et étaient prêts à entrer en service immédiatement.

Eurocopter a vendu 605 hélicoptères sur les trois premiers trimestres de l’année, (658 hélicoptères sur la période équivalente de 2007). Ce total inclut la commande de 15 EC225 par les clients du secteur pétrolier et gazier ainsi que les 31 EC135 commandés par les gouvernements de Bavière et de Pologne. De plus, Eurocopter a signé un contrat avec les douanes américaines, qui prévoient d’acquérir jusqu’à 50 Écureuil. Le carnet de commandes d’Eurocopter s’élève à 1.589 hélicoptères pour un montant total de 14,5 Md€ (1.388 unités représentant 13,5 Md€ à la fin de l’année 2007).

L’espace

Les résultats d’Astrium sur les neuf premiers mois de 2008 reflètent la priorité donnée par la Division à l’efficacité, à l’innovation et à la fiabilité de ses produits, qui lui permettent de conforter son excellent positionnement concurrentiel. Le chiffre d’affaires de la Division a augmenté de 25%, à 2.749 M€, (2.191 M€ sur les neuf premiers mois de 2007). Cette progression a été soutenue par toutes les activités, et principalement par l’accroissement des ventes de satellites de télécommunications, par l’accélération des cadences de production du lanceur Ariane 5 et par la montée en puissance des services Paradigm. En outre, le chiffre d’affaires a bénéficié de la première consolidation de Spot Image. L’EBIT a quasiment doublé, pour atteindre 140 M€ (71 M€ sur 9 mois en 2007). Cette progression, en ligne avec la croissance du chiffre d’affaires, a été portée par les améliorations opérationnelles par rapport à la même période sur l’année 2007. L’EBIT a doublé malgré l’impact défavorable de la baisse de la livre sterling (GBP) par rapport à l’euro dans le programme Paradigm, et la légère augmentation des dépenses de R&D. Cette évolution prouve que la Division a réalisé des progrès significatifs.

L’ATV (véhicule de transfert automatisé) a réussi sa rentrée atmosphérique. Astrium a été retenu comme candidat pour exploiter les segments espace et contrôle au sol de Galileo. Dans le domaine de l’observation de la terre, la division a obtenu les contrats relatifs au satellite SEOSAR du ministère de la Défense espagnol et au système chilien SSOT d’observation optique de la terre. Le carnet de commandes d’Astrium atteint 12,6 Md€ à la fin du mois de septembre, (12,9 Md€ à la fin de l’année 2007).

Défense & Sécurité

Le chiffre d’affaires de la division Défense & Sécurité (D&S) s’inscrit en hausse de 11% à 3.490 M€, (3 149 M€ sur les neuf premiers mois de 2007). La croissance a été tirée par l’augmentation des contributions de l’électronique de défense, des activités de support en service des systèmes militaires aériens et par la consolidation de PlantCML. Par ailleurs, la croissance du chiffre d’affaires reflète l’effet de la suspension de la méthode de comptabilisation de l’activité du programme A400M en fonction des points d’avancement pour ce programme, lié la part de travail de la division D&S. L’EBIT de la Division a connu une forte augmentation (+ 74%) à 219 M€, (126 M€ sur les neuf premiers mois de 2007). Cette progression reflète l’amélioration des performances opérationnelles de l’ensemble des activités, résultant à l’arrivée à maturité des programmes en cours de missiles, de radars et de services de support, ainsi qu’à des économies. Les données des neuf premiers mois de 2007 ont été ajustées pour tenir compte d’un changement de périmètre de consolidation, MBDA étant désormais prise en compte à hauteur de 37,5%.

Confirmant ses capacités dans le domaine des activités de défense aux États-Unis, la division a livré un système de drones cibles à l’armée de terre américaine. EADS a également fourni avec succès le plus grand réseau urbain sécurisé de communications par radio, à l’occasion des Jeux Olympiques de Pékin. La division a continué à enregistrer des succès dans son activité électronique de défense. Elle a notamment reçu des contrats portant sur des radars navals destinés aux gardes côtes des États-Unis et à la marine allemande. MBDA a par ailleurs obtenu un contrat portant sur des missiles destinés à la défense aérienne du Royaume-Uni. EADS a proposé l’Eurofighter à l’Inde et à la Suisse. Le carnet de commandes de la Division s’établit à 17,8 Md€ à fin septembre, au même niveau qu’à la fin de l’année 2008.

Sièges & Autres Activités

Le chiffre d’affaires des Autres Activités (ATR, EADS EFW, EADS Socata, EADS Sogerma et EADS North America) s’inscrit en hausse à fin septembre 2008, à 1.106 M€ (967 M€ sur les neuf premiers mois de 2007). L’EBIT des Autres Activités a diminué légèrement à 63 M€ sur les neufs premiers mois de 2008, (66 M€ sur la période équivalente de l’exercice précédent), principalement en raison de la baisse du dollar.

Le constructeur d’avions régionaux ATR, affichant une forme insolente, a livré 37 appareils, (26 appareils sur les neufs premiers mois de l’exercice précédent). Le carnet de commandes d’ATR s’élève à 165 appareils à fin septembre. L’activité aérostructures d’EADS EFW a compensé pour l’essentiel le ralentissement temporaire de l’activité de conversion des avions civils en avions de fret. L’activité future devrait bénéficier de la coopération avec Lufthansa Technik, pour la conversion et la modification d’avions Airbus, et des relations avec les partenaires russes de la Société pour la conversion d’A320 en appareils de fret.

EADS Socata a livré 41 TBM 850. Son carnet de commandes porte sur 74 avions. Par ailleurs, Daher va racheter à EADS 70% d’EADS Socata, après la conclusion récente des négociations entre les deux parties. L’accord conclu est sujet à l’approbation des autorités compétentes.

 

À la fin du mois d’octobre, EADS Sogerma a finalisé la vente de sa filiale Revima. Le carnet de commandes des Autres Activités s’élève à 3 Md€ au 30 septembre 2008, ( 2,7 Md€ à fin 2007).

En 2007, EADS a généré un chiffre d’affaires de 39,1 Md€ en employait environ 118.000 personnes. Rappelons ici que le croupe comprend l’avionneur Airbus, Eurocopter, premier constructeur d’hélicoptères au monde, et reste le leader européen des programmes spatiaux, d’Ariane à Galileo, EADS Astrium. EADS est également le principal partenaire du consortium Eurofighter et l’architecte de l’avion de transport militaire A400M. Enfin, le Groupe détient une partie du capital de la joint venture MBDA, leader mondial des systèmes de missiles.

1 EADS, selon des propres termes, utilise l’EBIT avant amortissement des écarts d’acquisition et éléments exceptionnels comme indicateur clé de ses performances économiques. L’expression « éléments exceptionnels » se réfère aux éléments tels que les dotations aux amortissements des ajustements à la juste valeur se rapportant à la fusion EADS, à la création de la société Airbus intégrée et à la création de MBDA, ainsi que les dépréciations constatées en résultat sur les écarts d’acquisition générés à l’occasion de ces transactions.

2 EADS.

3 EADS.

4 EADS.

5 EADS.

6 EADS.

7 EADS.

8 In Challenges n°152, page 64 (22 janvier 2009).

9 EADS.

10 In Challenges n°152, page 65 (22 janvier 2009).

11 In Challenges n°152, page 64 (22 janvier 2009).

12 In Challenges n°152, page 64 (22 janvier 2009).

13 In Challenges n°152, page 64 (22 janvier 2009).

14 In Challenges n°152, page 64 (22 janvier 2009).

15 In Challenges n°152, page 64 (22 janvier 2009).

16 In Challenges n°152, page 64 (22 janvier 2009).

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fred


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