IMBRICATION : FEMMES, RACE ET CLASSE DANS LES MOUVEMENTS SOCIAUX


imbrication1de Jules Falquet

chez Éditions du Croquant

Paru le 11 mars 2020

Résumé

Face à l’urgence actuelle de changer ce monde, comment lutter et avec qui? Peut-on se battre comme femme sans trahir sa culture? Comment s’organiser simultanément en tant que Noire et prolétaire? Doit-on vraiment dénoncer à la fois le racisme, le capitalisme et le patriarcat? Et surtout, quelles solidarités, quelles alliances construire, autour de quels projets? Imbrication décortique la complexité des identités, des loyautés et des intérêts de chacun-e dans les mouvements sociaux.L’ouvrage présente l’histoire de luttes guerrillères (Salvador), Indiennes-paysannes (mouvement zapatiste au Mexique) ou Noires (Brésil, République Dominicaine, USA), ainsi que les mouvements de femmes, féministes et lesbiennes du continent. Les femmes des Amériques et des Caraïbes nous tendent un miroir exceptionnel pour mieux comprendre « l’intersectionnalité » à un moment de foisonnement des luttes, parfois déroutant.Partant du quotidien des mouvements pour parvenir à une véritable « science des opprimées », ce livre s’adresse aussi bien au public curieux qu’aux activistes et au monde de la recherche.

Introduction de l’ouvrage

La situation sociale, politique, économique et environnementale actuelle, en France comme dans le monde, paraît à beaucoup désespérante. De nombreuses luttes éclatent ici et là, mais la répression est brutale. La volonté de faire émerger des alliances suffisamment larges pour inverser le rapport de forces se heurte à la désorientation politique. Pour quel projet lutter ? Avec qui ? Les organisations de classe traditionnelles (partis, syndicats) qui avaient rassemblé et gagné d’importantes victoires au XXème siècle, sont discréditées, et beaucoup ne savent plus si le prolétariat existe encore —même si la très haute bourgeoisie et les nouveaux riches se portent bien. Les luttes des féministes, transformées en demande de parité et d’inclusion des droits des LGBTQI+[1], semblent devenues un marqueur du monde « occidental », une « preuve de civilisation » au nom de laquelle les gouvernements des anciens pays colonisateurs prétendent justifier leurs agressions contre les pays du Sud, les migrant-e-s et les quartiers populaires. Quant au racisme, face à la mondialisation-fragmentation du marché du travail et à la complexification des migrations, il a pris tant de formes pour viser tant de cibles que l’on ne sait plus très bien par où l’attaquer : lutte contre les politiques migratoires iniques et pour les papiers, contre la discrimination au logement et à l’embauche, contre l’islamophobie bien française mais aussi internationale ? Lutte pour décoloniser les mouvements dits progressistes ?


Dans ce cadre, quand le terme d’intersectionnalité apparaît en France, il y a quelques années, il déclenche toutes sortes de réactions. Certain-e-s s’en emparent comme d’une manière noble de désigner enfin un point aveugle des luttes antiracistes comme des luttes féministes (et bien plus encore, des luttes de classe), à savoir les femmes faisant l’objet du racisme. A la place de la notion, il est vrai assez insatisfaisante, de « racisées », les femmes Noires[2] ou Arabes deviennent visibles en tant qu’ « intersectionnelles ». D’autres s’offusquent de l’importation d’un jargon venu des Etats-Unis, forcément inadapté pour décrire les spécificités de la société française. Certain-e-s y voient une mode universitaire ou militante sur laquelle surfer pour obtenir crédits et notoriété. Une petite minorité, dont la voix porte de façon inversement proportionnelle à son poids statistique, pousse des cris scandalisés en assimilant dans une même réprobation conservatrice la supposée « théorie du genre » et l’intersectionnalité. Dans tout cela, l’histoire des idées est bien malmenée et le projet originel lié à ce concept, à savoir la lutte pour la justice sociale, paraît loin (Bilge, 2015). Mais dans le fond, de quoi parlons-nous au juste ?


Source : https://www.contretemps.eu/imbrication-femmes-race-classe-mouvements-sociaux/


Jules Falquet est sociologue et enseignante-chercheuse à l’Université Paris. Elle consacre ses recherches à la mondialisation et aux mouvements sociaux. Elle est également spécialiste des femmes dans les guérillas en Amérique Latine.


Poids de l’article : 413 g   Broché : 304 pages    ISBN-10 : 2365122337 ISBN-13 : 978-2365122337

Dimensions du produit : 14 x 2.2 x 21 cm   Langue : : Français

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