À LA RECHERCHE DE LUCY


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Pour que les poètes aiment AL 288-1

de Jean Esponde

chez l’Atelier de l’agneau.

Voyageant dans la Corne d’Afrique, le narrateur rédige une brochure pédagogique relatant la découverte de Lucy dans le désert afar, lors de la célèbre Afar Research Expedition en 1974.

Attiré par le monde des chasseurs-cueilleurs, il se lance en même temps dans l’écriture d’un roman à propos du passage de ceux-ci aux éleveurs (débuts du néolithique).

De plus en plus fasciné par les questions de la bipédie et surtout de l’origine du langage, il essaie de remonter 3 millions d’années, jusqu’à vouloir rencontrer lui-même Lucy.

EXTRAITS :

Nous sommes en présence d’un protolangage à ses débuts, quelque chose de limité que Derek Bickerton compare à l’enfilade de perles mises bout en bout. Exemple : vous avez souvent vu et entendu des corneilles. Et grâce à cette perception répétée vous arrivez à vous représenter une corneille même en son absence. Quand vous la reverrez, cette image mentale de la corneille vous aidera à savoir à qui vous avez affaire. De même, quand Lucy voit un vautour dans le ciel, elle le reconnait. Et si quelqu’un l’alerte avec un son particulier signifiant vautour, elle comprend. (p. 80)

Elle s’est avancée dans les rochers, appelant, la même syllabe répétée, et marchant avec souplesse. Elle a longé le bord de l’oued dans la direction opposée à celle où l’enfant s’est éloigné en grappillant des fruits rouges. À plusieurs reprises elle s’est arrêtée, redressée, humant l’air. Puis elle a fait demi-tour. Sur le côté, le nuage étendu et très lourd maintenant, encore éclairé par le soleil ; ensuite la sombre réserve d’eau écrasa tout le ciel. (p.112.)

En lui déconseillant ce clan d’éleveurs, le vieil homme rejoignait l’inquiétude que Gowé ressentait déjà : échapper à une solitude le condamnant, et puis quoi ? Vivre ainsi comme un roseau sous l’ombre d’un arbre, attaché à un troupeau, non, même si le lait et la viande procurent une sécurité dont il est privé.

Il se nourrissait de ses frères animaux, ils acceptent le sacrifice, s’habillait des peaux du chacal, elles n’attirent pas la faim des tueurs. (p. 121)


Un entretien inédit avec Jean Esponde :

Jean Esponde,

1.Il y a beaucoup de livres sur notre ancêtre Lucy. Qu’aviez-vous à rajouter ?


Il y en a 3 décrivant la découverte de Lucy lors de l’Afar Research Expedition (1974) mais ils sont

devenus introuvables : de Johanson (traduit de l’américain) et de Maurice Taieb, responsables de l’expédition.

Je reprends leurs récits, et à partir des recherches récentes, j’ajoute des explications concernant la bipédie (Lovejoy)

et surtout la naissance du langage (travaux de Bickerton).


2. On trouve plusieurs niveaux dans votre livre, comme des textes gigogne.


D’abord les voyage du narrateur dans la Corne d’AFRIQUE : lors du dernier de ces séjours,

il doit rédiger sur nos lointains ancêtres une brochure à visée pédagogique.

Brusquement, à partir des fresques de Laas Geel, il se lance également dans un roman :

le personnage principal est un chasseur-cueilleur : Gowé.

Peu à peu, de plus en plus fasciné par son propre travail, oubliant le monde qui l’entoure,

en particulier dans sa chambre d’hôtel à Djibouti, il en arrive à essayer lui-même de rencontrer Lucy.


3. Il y a donc trois livres dans votre livre ?

Il y a trois éclairages qui alternent au début, mais peu à peu tout se rapproche.


4. Comment le lecteur s’y retrouve-t-il ?


Les séquences sont courtes avec des typographies différentes.


5. Vous avez rédigé un document très utile qui récapitule ces découvertes paléo-anthropologiques.


Oui c’est la partie brochure de vulgarisation pédagogique.


6. Les deux autres histoires sont alors des fictions ?


Pas tout à fait. L’une des deux est assez autobiographique : j’ai fait plusieurs séjours dans la Corne d’Afrique.


7. Y a-t-il un lien entre Gowé, Lucy et le narrateur ?


Gowé est un jeune chasseur-cueilleur survivant à l’extermination des siens. Il vit 3 ou 4000 ans av. Jésus-Christ. Il est confronté à l’hostilité

des nouveaux clans d’éleveurs. C’est le début du néolithique et la fin d’une très longue période dont j’ai rencontré encore des traces chez des nomades,

d’où mon désir d’en faire un roman.

Lucy en était déjà une représentante, il y a 3 millions d’années. Les deux extrémités d’une très longue histoire.


Jean Esponde a enseigné la philosophie avant de se tourner vers l’orientation des étudiants. Outre des ouvrages consacrés à Segalen, Barthes ou la Grèce antique, différentes publications concernent la Corne d’Afrique où il a séjourné à plusieurs reprises. Livre précédant de l’auteur : Le désert, Rimbaud.

Jean Esponde est un poète, écrivain et voyageur français né à Ciboure au Pays basque. Il passe son enfance dans le sud marocain etfait ses études supérieures à Bordeaux. Il enseigne la philosophie puis change d’activité : orientation des étudiants à l’Éducation nationale.

Des liens étroits d’un livre à l’autre, ou l’un entraînant l’autre, prose et poésie se nourrissant et avançant parallèlement. Ainsi naissent des ouvrages à dimension “géo-poétique”, en particulier Corne d’Afrique et Mer Rouge, Chine, accompagnent des “non biographies” de

Rimbaud, Segalen et Barthes. « C’est dans un livre qui se qualifie de non biographie que le Rimbaud des terres sauvages et des âmes dures surgit le mieux » écrit Yves Harté*. Il est également auteur de deux romans aux éditions Confluences et donne régulièrement des lectures publiques avec l’Atelier de l’agneau.


ISBN 978-2-37428-0-25-7

Collection PROSES Issn : 2551-2706

Date de publication : 25/03/2019

Genre : roman

Prix : 18 € Format : 14,5cm/21cm 158 pages

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