LA DISTRACTION DES GARES


Monique Debruxelles
Rue des Promenades

la-distraction-des-garesDes trains, des promenades, une fabrique, une péniche, un carnet, des coquelicots, une esthéticienne, des boucs émissaires, un navarin d’agneau, une poule, ces réalités de la vie ordinaire saturent les histoires que raconte Monique Debruxelles. Mais leur apparente banalité est trompeuse. Au détour d’un mot, on est déjà ailleurs. Les repères anciens ne fonctionnent plus, attention, territoires inconnus.

PRESENTATION

La Distraction des gares est un fantastique recueil de nouvelles fantastiques. On y visite une foire aux seins et on s’y débarrasse de ses tics. On y croise des trains, une fabrique, une péniche, une esthéticienne, des boucs émissaires, on y déguste un navarin d’agneau et une poule. Mais l’apparente banalité de ces réalités ordinaires est trompeuse. Au détour d’un mot, on est déjà ailleurs. Les repères anciens ne fonctionnent plus, attention, territoires inconnus.
Fille d’un porteur d’eau du quinzième siècle souffrant d’aquaphobie et d’une mère un peu moins célèbre, Monique Debruxelles a d’abord envisagé une carrière de vendeuse d’hippopotames à la sauvette place des Vosges, avant de choisir la profession moins risquée de fileuse de bas de soie. Après l’abandon de cette jolie matière au profit du nylon, elle est devenue raconteuse d’histoires, par écrit, par souci d’économiser sa voix. Elle a publié un recueil de nouvelles, Délit de vagabondage, paru chez Littera et un livre pour enfants, Les pantoufles aux sept songes, chez le même éditeur. Ses poèmes sont sortis chez Ficelle et des nouvelles de sa plume ont paru dans les revues le Billard égaré, le Pêcheur d’ombre, Brèves, Décharge, la Nef du fou et le Horla. Elle a participé, pour la partie textes, à des livres de photographies de Claude Jacquot (Laon, Bord de mer, Sous les galets).
Comme le joueur de poker professionnel Ludovic Lacay, Julos Menez est né en 1985 dans la petite ville de Cornebarrieu, dans le département de la Haute-Garonne. Très tôt déscolarisé, il travaille avec son oncle Miguel comme maraîcher. En 1999 il effectue son premier voyage au Pérou, où sa visite du Machu Picchu transformera définitivement sa vie. Dès lors, il ne cessera de s’investir. C’est par le dessin que Julos nous offre sa proposition de l’existence basée sur l’idée de la « ligne d’effondrement » issue de la théorie des équilibres tensio-actifs. Il développe un style graphique qui peut être appréhendé comme la martingale ultime face aux terrifiants vertiges du quotidien. Julos est aussi père de cinq enfants qu’il élève avec sa femme Inguill.

EXTRAIT

Au soir sanguinaire
Apulée avait deux yeux dissemblables, l’un doux comme celui d’un bœuf, l’autre ombrageux, courroucé, un œil de proviseur en quête d’un coupable. C’était pourtant un homme tout d’un bloc, qui n’aimait pas faire les choses à moitié, mais en examinant son visage, on ne l’aurait pas cru.
Il avait échoué quelques mois plus tôt dans le ventre du Canistrelli, un cargo hors d’âge, hors d’usage, qui s’écoutait mourir dans la vase d’un port oublié. C’était là qu’Apulée logeait, parmi d’autres paumés dans son genre, anciens taulards, paillards en décrépitude ou malchanceux chroniques.
Apulée bénéficiait d’une cabine individuelle qu’il jugeait fonctionnelle, cosy, de loin ce qu’il avait connu de plus luxueux jusqu’alors. Les étagères du placard étaient assez vastes pour le peu qu’il possédait : ses quelques vêtements ; l’harmonica dont il jouait souvent à la tombée du jour pour ennuyer ses compagnons ; une dizaine de livres qu’il n’avait pas lus, mais dont les couvertures lui avaient tapé dans l’œil – le plus doux des deux − et un bocal au fond duquel tournait sans fin Igor, le prince des lézards, son seul ami sur terre. Son hublot donnait sur le large, sur le bleu infini. Apulée se plaisait à bord. De sa couchette, il
pouvait admirer la mer ; sur le pont, il contemplait le ciel et la ville, au loin ; et descendu sur le quai, il emplissait ses yeux, le tendre comme l’ombrageux, de la vue de son asile, le Canistrelli, et de ses séduisantes plaies. Par nuit calme, on pouvait entendre la rouille grignoter chaque partie du cargo. Le lendemain, on constatait l’avancée des ravages.
Oui, Apulée aimait le Canistrelli. Quelques années plus tôt, il avait vécu dans une prison désaffectée. « Maison d’arrêt de Grain-les-Bois », lisait-on au-dessus d’un immense portail dont il ne restait qu’un vantail branlant, rongé par les termites. Il y avait passé trois ans, une peine que pourtant nul juge n’avait prononcée contre lui. Il s’y était plu, presque autant que sur le cargo. Les portes qui ne feraient plus, les anciennes grilles, entassées au milieu de la cour, qu’il fallait contourner pour entrer ou pour sortir, tout donnait une impression de totale liberté. Des herbes et des fleurs envahissaient l’espace, de jeunes arbres poussaient vigoureusement les murs, des chats jouaient à « un, deux, trois, soleil » dans les cellules. Ses compagnons de squat trouvaient l’isolement insupportable. De fait, la ville était à plusieurs kilomètres, mais ça ne gênait pas Apulée. Le lieu avait un tel charme qu’il lui était difficile d’imaginer entre ces murs des prisonniers en détresse.

Parution : 6 octobre 2011
ISBN : 978-2918804321
Prix : 12 €

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