RECLUSES


Séverine Chevalier
écorce éditions

reclusesVoilà une petite maison d’éditions qui nous offre pour sa troisième parution un roman noir avec des personnages, tous habités au final d’une sorte de lassitude et de désespoir presque tranquille, apaisé. Un récit sinueux, différent, passionnant.

PRESENTATION

Dix ans après, Suzanne se pointe comme une fleur, embrasse sa sœur Zia, la jette dans son fauteuil, embarque quelques fringues, roule à toute allure dans le parc du Centre jusqu’à sa voiture où elle harnache Zia sur le siège avant, replie l’engin, démarre et dit : « Ma sœurette, on va voir du pays. »
Le fantôme de la fille en jaune plane sur l’itinéraire des deux sœurs lancées sur ses traces.
Qui était Zora Korps, celle dont tout le monde a parlé au cours des semaines qui suivirent le drame ?
Pour Suzanne, le découvrir devient une obsession.
Pour Zia, c’est une énigme.

Au sujet de Suzanne, le docteur Harold Saw écrira :
J’aurais pu dire pour son compte qu’on pourrait bien chercher un peu plus loin,
sous les coupables faciles. Dire que la violence et l’horreur ne viennent jamais de nulle part.
Dire que leurs crimes hantent nos cités troubles et qu’il ne suffit plus de leurs lapidations pour les rétablir, les conforter, nos brillantes sociétés. Elles se fissurent, peu à peu, et nous sommes des sourds et des aveugles assoiffés de leur sang, sans chiens ni cannes, tendus et raides, droits dans nos bottes au bord des précipices, incapables de nous regarder en face, de nous sonder, de retourner la fange de nos ignominies, de nos pensées violentes.

NOTES DE L’EDITEUR

Ma première impression à la lecture du manuscrit de Séverine fut celle d’un montage, au sens cinématographique du terme, de différentes séquences possédant chacune un grain spécifique.
Autant de grains que de lieux parcourus, afin de cerner au mieux le sujet central du roman qui se révèle à l’issue de ce road-movie : au bout d’une petite route en cul-de-sac, aussi sinueuse et périlleuse que la structure de l’intrigue.
J’ai refermé et choisi de laisser reposer le manuscrit, pour qu’il travaille, pour qu’il fermente, pour vérifier de quelle façon il allait agir avec le recul. Presque une année.
Ce sont des personnages et des scènes persistantes qui m’ont poussé à y revenir. À m’immerger encore dans cet univers torturé pour y retrouver tous les endroits et les traits qui marquent – les choix de Séverine et tous les doutes que son récit sème le long d’une trajectoire où rien n’a lieu comme on le voudrait, parce qu’on peine souvent à croire que le comportement d’un individu a priori ordinaire peut parvenir à refléter les brèches profondes de tout un corps social ; parce que les ombres et les lumières nous échappent parfois, et les êtres tout le temps.

EXTRAIT
(Pages 9-10)

C’est joli.
C’est clair c’est propre.
C’est certain.
Le poissonnier a une tête de poissonnier, le boucher une tête de boucher, et l’avenante et dodue boulangère un corps d’avenante et dodue boulangère. Ils se reproduisent derrière les comptoirs, ils sont plusieurs, ils sont nombreux. Les pommettes des caissières sont roses. Les joues et mentons des caissiers rasés de près, piquetés de points noirs. La machine qui ingère les tickets à la sortie, pour le voyage dans les îles, est bleu horizon.
Derrière les cartes vitales vertes, les bons de fidélité orange surgissent pour l’occasion des portefeuilles, extirpés.
C’est varié.
Des tomates bien rouges, des dentelles bien blanches (aussi blanches que les dents sur les tubes de dentifrice), des couvertures de romans bien noires, sanglées de bandeaux plus rouges que les tomates.
C’est attrayant.
Les espaces se décloisonnent en Beauté, Terroir, Bébé, Exotique, Santé, Décoration, Bien-être, Culture, avec des luminosités et des musiques pensées spécifiquement.
C’est agréable.
C’est jour d’affluence et de chorégraphies. On rentre le ventre s’il le faut, on élève les pieds en pointes, on pirouette, entrechat, on glisse, toucher. Sans se voir. Sans même se parler. C’est sacrément bien fichu.
Personne ne transpire, personne ne tremble. Les peaux à bonne température pour une conservation optimale.
Il y a une fille et une fille, non : une fille et une femme. Chacune à un bout des quatorze mille cinq cent mètres carrés déstructurés. Elles ne se connaissent pas. L’une porte un panier rouge à anses noires, l’autre pousse un caddie dans lequel se trouve un enfant, plutôt petit.
Le panier de la première est vide.
Le chariot de l’autre se remplit : crème pour le visage (elle l’a sec et pelé sur les joues), gel douche, lessive bio spéciale bébé, couches, pain complet, vin (un peu), confitures, boîtes de conserve, jambon, purées surgelées.
Pour chaque mention générique, beaucoup de produits et d’emballages en plastique, mais elle choisit les premiers prix, tout en bas.
Elle se penche, prend, se relève, pousse, penche, prend, se relève, pousse, etc.
Le panier de la première, toujours : vide.
A l’angle fromages et produits laitiers, l’autre gare le caddie à moitié rempli, de choses et d’enfant.
Il sourit. Elle l’embrasse à la jonction de l’oreille et de la joue. Il est sage. Il est tranquille. Il cligne ses yeux cernés de noir.
Elle s’éloigne un peu. Encore un peu. Encore un peu plus. Encore un peu plus loin. Elle slalome, charge ses bras de ce qu’elle a oublié, avance, évite, laisse tomber les œufs, c’est gluant, elle enjambe, ne s’arrête pas.

recluses-severine-chevalierL’AUTEUR

Séverine Chevalier est née en 1973 et vit à Marseille. Lectrice forcenée et auteur de nombreux textes courts, Recluses est son premier roman.

Parution : 21 novembre 2011
Format : Broché.
ISBN : 978-2953541724
15 Euros.

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