LETTRES 1961-1978


Cioran, Guerne
Editions de L’Herne

lettres-1961-1978PRESENTATION

Sans jamais se départir d’une liberté de ton à la fois incisive et drôle, cet échange épistolaire mêle anecdotes et réflexions métaphysiques, évocations d’accidents quotidiens et jugements sur l’histoire contemporaine, récits de potins littéraires et réflexions diverses sur la difficulté d’écrire, souvenirs et états d’âme, confessions et accès de rage.
D’abord témoignage d’une profonde amitié, il est pour le lecteur l’occasion de (re)découvrir un Cioran d’une extrême bienveillance, s’inquiétant, par exemple, de l’état de santé de son ami et lui prodiguant des conseils si précis, si éclairés qu’on les dirait inspirés du Vidal ou extraits de quelque ordonnance médicale !
Qu’on se rassure pourtant : le Cioran attentionné, plein d’affection qu’on sent au fil des lettres sait, ici encore, régaler son destinataire de formules sarcastiques, de pointes assassines qui sont autant de coups de gueule poussés contre l’homme et l’univers.

Guerne et Cioran se seraient rencontrés à Paris au début des années cinquante. Dans les années 60, Guerne quitte Paris pour s’installer avec sa compagne, au Vieux Moulin dans le Lot-et-Garonne. Cioran, lui, reste invariablement à Paris avec Simone. Dès lors, les lettres s’enchainent et révèlent leur vie pour le moins différente: Cioran enchaine les visites obligées qu’il hait, Guerne célèbre cette solitude loin de Paris; Cioran se montre dilettante, Guerne se livre à un travail acharné qui l’épuise; Cioran parvient à vivre décemment, Guerne accumule les difficultés financières.

EXTRAITS

Guerne n’étant pas en reste sur le sujet et jouissant d’une plume tout aussi tranchante, le lecteur savoure l’énergie qui se dégage de ce dialogue à la fois vif, chaleureux et imprégné de culture.

« Au Vieux Moulin, le 2 février 1970
Mon cher Cioran,
Ce Libanais qui vous avait téléphoné pour avoir mon adresse ne m’a jamais écrit. C’est généralement comme cela - et je peux dire que chaque fois qu’une lettre de cette sorte m’est annoncée ; je l’attends toujours. Même procédé de la part de Mme Cixous – qui a attrapé un prix dans l’intervalle, tout comme Ionesco l’Académie. Mais qu’est-ce qu’ils ont tous ? Ces maladies-là, cela devrait se soigner. »

LU DANS LA PRESSE

“Un Kärcher de l’esprit” pour le Figaro Littéraire.
Extrait : “Cioran n’est pas sans descen­dance. Le scepticisme en vogue d’Houellebecq rappelle celui du maître mais c’est un scepticisme médiatiquement avachi quand ­Cioran est dardé sur sa cible, dans un désespoir jubilatoire. Son style plutôt que celui d’un classique est celui d’un baroque acéré, armé d’une balistique d’adjectifs, d’antithèses et d’allitérations qui taillent les utopies à la hache. Ces aphorismes cruels sur l’amour ont fait sa gloire, mais ces sentences pour dîners en ville ne doivent pas cacher la profondeur de ses coups de sonde qui le mettent au niveau de Pascal, de Schopenhauer, de Nietzsche et de Lao-tseu. C’est pourquoi, il faudrait faire tous les ans une petite cure de Cioran plus décapante pour les lipides et les ballonnements de la pensée que n’importe quelle thalassothérapie chic. Car Cioran est un Kärcher de l’esprit.”
(Par Patrick Grainville, Le Figaro littéraire).

“L’Académie va en avaler son dentier” sur la république des livres.
“On voit par là que l’Académie mérite bien sa réputation de maison d’infinie tolérance. Et là-dessus, roulements de tambours dans un concert de sifflements de sonotones ! D’aucuns se sont damnés pour jouir de cet insigne honneur. Ce syndrome est de tous temps. Dans une lettre du 9 mars 1964, qui figure dans sa correspondance avec Armel Guerne qui vient de paraître (Lettres, 1961-1978, L’Herne), Emil Cioran écrit :
« Je suis sorti indemne des épreuves académiques ou autres. Au cocktail offert après la Réception je ne suis resté qu’une minute en tout et pour tout. Il est à peine concevable qu’on puisse se prêter à des cérémonies aussi ridicules et aussi funèbres qui, je l’ai remarqué avec quelque soulagement, n’intéressent que les femmes. Seul moment curieux sous la Coupole : l’entrée des académiciens, saluée par la fureur des tambours. Une véritable cour des Miracles… Ces octogénaires en uniforme, difformes, éclopés, aux gueules haineuses et sinistres, on les voit beaucoup mieux en clochard, sur le quai d’en face, autour d’une bouteille de rouge »
(Par Pierre Assouline sur son Blog du Monde).

E.M. Cioran  est né  le 8 avril  1911 à Rasinari (Roumanie) d’une mère athée et d’un père, pope orthodoxe. A 22 ans, il publie son premier ouvrage Sur les cimes du désespoir puis Le livre des leurres. Son troisième ouvrage très antireligieux Des larmes et des saints fait scandale dans son pays. En 1936, paraît La transfiguration de la Roumanie. On lui doit une vingtaine de livres, dont également : Précis de décomposition (1949) et De la France (2009). Cioran s’installe définitivement à Paris en 1941, et  se consacre à l’écriture, vivant très modestement à l’écart de la vie parisienne. Il fréquente des penseurs et des écrivains qui lui sont proches tels que Ionesco, Eliade, Beckett et Michaux notamment. Il rédige désormais ses ouvrages, principalement composés d’aphorismes dans un français extrêmement ciselé. Cioran publie, en 1987, son dernier ouvrage Aveux et anathèmes. Il meurt en 1995 à Paris.

Armel Guerne (1911-1980), poète et traducteur suisse de langue française, a été un temps professeur en Syrie, pour enseigner ensuite à la Sorbonne et fonder avec Roger Frétigny le Groupe d’études psychologiques. Son premier livre Oraux est publié en 1934. Il traduit de nombreux auteurs, notamment Novalis, Rilke, Hölderlin, les frères Grimm, Melville, Virginia Woolf, etc., tout en poursuivant son œuvre personnelle. On lui doit notamment : Les Jours de l’Apocalypse (1967), Au bout du temps (1981), Le Poids vivant de la parole (1983), etc.

Nb de pages : 286 p.
Parution : Janvier 2011
Format : Broché
Dimensions : 20.9 x 11.9 x 2.0 cm
ISBN : 9782851979056
EAN13 : 9782851979056
Prix : 19 euros.

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