LA POLITIQUE RUSSE DE BISMARCK ET L’UNIFICATION ALLEMANDE. MYTHE FONDATEUR ET RÉALITÉS POLITIQUES



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Stéphanie Burgaud

Éditeur Presses universitaires de Strasbourg


Avec la chute du Mur et le libre accès aux archives en Allemagne et en Europe de l’Est, l’historien peut enfin relire l’histoire de l’unité allemande, figée jusqu’ici dans l’encre des vulgates nationalistes nées de part et d’autre du Rhin à la fin du 19e siècle.


En reprenant le schéma que livre dans ses mémoires le principal artisan de l’unité, le ministre Otto von Bismarck, ces vulgates avaient pour mérite de tracer un plan efficace où les uns pouvaient lire son génie lumineux, les autres accuser le noir dessein du Prussien et la faillite du Second Empire.

Ce plan quel est-il ? C’est l’idée que la Prusse a pu réaliser l’unification allemande grâce à la « neutralité bienveillante » russe dans les guerres successives des années 1860.

Grâce à une remarquable maîtrise des sources des deux parties et à l’exploitation d’archives russes inédites, notamment le fameux fonds Gortchakov, Stéphanie Burgaud compose un tableau inattendu de la politique extérieure tsariste, en précisant les relations entre pouvoir, opinion et nationalisme. Elle révise aussi la place de la Russie dans les stratégies bismarckiennes, moins maîtrisées que l’on a coutume de croire et dont l’alliance russe ne se révèle nullement le principe organisateur.

Stéphanie Burgaud ouvre ainsi des perspectives de recherche sur la notion allemande d’Ostpolitik où se mêlent et se confrontent impératifs politiques, histoire officielle et mémoire collective.

REVUE DE PRESSE /

La critique de Stephan MARTENS

Pour Septentrion :

« Cet ouvrage est un condensé de la thèse soutenue en 2007 (et « Prix de thèse Pierre Grappin » en 2008) par l’historienne Stéphanie Burgaud sur « Le rôle de la politique russe de Bismarck dans la voie prussienne vers l’unité allemande 1863-1871. Die getäuschte Clio ? ». L’auteur analyse un sujet sur lequel on aurait pu croire que tout avait déjà été dit. Depuis les Mémoires d’Otto von Bismarck, ancien ministre-président de Prusse (1862-1871), puis chancelier du Reich allemand (1871-1890), la littérature occidentale - manuels généraux, études sur les relations germano-russes ou sur l’unification allemande - retient que l’unification allemande s’est faite autour de la Prusse qui sut s’attirer les bonnes grâces d’une Russie tsariste conservatrice et sentimentale, sous les formes d’une « neutralité bienveillante » dans les trois guerres successives - contre le Danemark en 1864, l’Autriche en 1866 et la France en 1870. De fait, par un dépouillement des sources diplomatiques prussiennes et russes, souvent inédites (certaines ont été retrouvées et localisées tel le fonds Gortchakov), l’auteur dément cette vulgate et propose de nouvelles conclusions tout à fait convaincantes.

D’abord, l’auteur met un terme à la légende d’une relation privilégié entre la Prusse et la Russie. En soutenant la Russie pendant l’insurrection polonaise de 1863, par la signature de la convention militaire dite d’Alvensleben, Bismarck souhaitait s’attirer la reconnaissance tsariste en remportant une victoire décisive sur la tendance francophile du ministre des Affaires étrangères, Alexandre Gortchakov. Bismarck parvient ainsi à ruiner le rapprochement franco-russe qui s’était dessiné après le traité de Paris (1856) et devient le chef d’orchestre européen, les autres puissances européennes n’arrivant pas à définir une ligne commune.  D’autre part, l’auteur montre bien que, dans la marche à la guerre de 1866, la Russie ne constitue pas la priorité pour Bismarck. Celle-ci se situe à Paris. A l’approche du conflit, il doit ménager Napoléon III. De son côté, celui-ci ne refuse pas l’idée d’une entente avec Berlin. Les jeux sont donc ouverts et il apparaît clairement qu’à la veille de la guerre, les vœux d’A. Gortchakov ne vont pas à la Prusse. Il mesure aussi qu’une défaite de l’Autriche le reporterait vers les Balkans, une option qui ne s’accordait évidemment pas avec les intérêts russes. Les archives russes, aujourd’hui ouvertes au chercheur, indiquent une action tsariste qui s’oppose aux menées d’un Bismarck dont l’objectif est de redessiner la carte germanique au profit de la puissance prussienne. On est donc loin de la prétendue « neutralité bienveillante » dont la Russie aurait fait bénéficier la Prusse, même s’il est vrai qu’elle ne parvient pas à mobiliser les neutres par une action commune. Devant cet échec, A. Gortchakov tire la conclusion que la Russie doit désormais mener une « politique purement russe », à savoir se délier des clauses du traité de Paris concernant la neutralisation de la mer Noire. Cette démarche unilatérale réussit à l’automne 1870, à la faveur de la guerre franco-allemande, mais sans concertation préalable avec Berlin.

Cette relecture amène à réviser la place, grandement surévaluée jusqu’ici, de la Russie dans la géostratégie prussienne. Le mythe de l’amitié prusso-russe et de son corollaire, la « neutralité bienveillante » russe durant la décennie de l’unification allemande, ne résiste pas à l’épreuve des sources. De fait, S. Burgaud éclaire d’un jour entièrement neuf les diplomaties bismarckienne et russe, difficiles à cerner car faite de coups et d’à coups, de chances saisies et de dangers inutiles. Elle dessine surtout une histoire qui « n’a plus rien de la linéarité figée dans l’encre de l’ancienne vulgate. Plus qu’à une politique “russe” de 1863 à 1871, Bismarck s’essaie d’abord à une politique du possible (1863), puis à une politique résolument “française” (1864-1866) avant de maintenir une politique d’équilibre (1867-1870) ». L’ouvrage de référence de S. Burgaud permettra donc aux chercheurs d’acquérir une nouvelle vision sur les puissances européennes de 1863 à 1871. »

http://allemagne-aujourdhui.septentrion.com/FR/ALLEMAGNE192/MARTENS4.htm

Prix de thèse Pierre Grappin 2008

Pagination : 504 p.

Format : Broché.

ISBN-10 2-86820-406-6

ISBN-13 978-2-86820-406-6

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