EINSATZGRUPPEN : LES COMMANDOS DE LA MORT


les-commandos-de-la-mort

Einsatzgruppen. Sur les traces des commandos de la mort nazis,

par Michaël Prazan, Seuil.

Croire et détruire. Les intellectuels dans la machine de guerre SS,

par Christian Ingrao, Fayard.

Einsatzgruppen : Les Commandos De La Mort

2 DVD Vidéo, de Michael Prazan, France Télévisions Editions.

Juin 1941, les armées allemandes envahissent l’URSS.

A leur suite, les Einsatzgruppen, 3000 hommes répartis en quatre “groupes d’intervention” affectés chacun à une zone géographique définie, sont chargés d’exterminer les Juifs et les opposants au Reich. En quelques mois, la besogne génocidaire est accomplie.

Au mois de décembre 1941, les pays Baltes sont déclarés “Judenfrei” - libres de Juifs…

Qui étaient les hommes qui organisèrent et pratiquèrent l’assassinat de masse des Juifs, des Tziganes et des prisonniers soviétiques ?

D’où venaient-ils ?

Quelles étaient leurs motivations ?

Quel fut leur destin après la destruction des Juifs d’Europe et la débâcle allemande ?

Par des témoignages recueillis dans les pays Baltes, en Ukraine, en Allemagne, mais aussi en Israël et aux Etats-Unis, les témoins du crime, les rares survivants et leurs bourreaux, révèlent la terrible et méconnue réalité de l’extermination par fusillades.

Les archives inédites, les lieux du crime, les témoignages et les plus grands spécialistes internationaux, décrivent l’enfer qui, durant quatre ans, a établi son règne au centre de l’Europe.

REVUE DE PRESSE /

La critique du NOUVEL OBS :

« On les appelait les Einsatzgruppen. Souvent dirigés par des intellectuels, ils assassinèrent plus de 1,5 million de juifs entre 1941 et 1942. Michaël Prazan et Christian Ingrao ont étudié ces commandos dont Jonathan Littell a tiré, en 2006, son roman fleuve

Pour le dossier Pierre Goldman comme pour le massacre oublié de Nankin en 1937, Michaël Prazan a alterné documentaire et livre. A l’origine, son film “Einsatzgruppen” devait durer quatre-vingt-dix minutes. Mais au fil de l’enquête, avec les analyses des historiens, les images d’archives inédites et simplement pour se donner le temps d’examiner les faits, il a fallu doubler la durée. Le résultat de ce travail exceptionnel diffusé en avril 2009 sur France 2 est désormais disponible en double DVD (France Télévisions). L.L.

Quand il avait lu dans les journaux brésiliens la formation par le régime de Vichy d’« une Légion des Volontaires de la Mort », Bernanos avait soupiré : « C’est tellement bête que ça doit être vrai.» Des Einsatzgruppen nazis, les « commandos mobiles de tuerie », on pourrait penser de la même manière : c’était tellement monstrueux que cela était vrai. Le mot était d’ailleurs aussi difficile à traduire que la réalité qu’il représentait. L’appellation « groupes d’intervention » - la traduction littérale - cachait en effet le plus grand meurtre de masse de l’histoire humaine. Quatre ans après la parution des « Bienveillantes », deux historiens nous proposent de pousser la porte de cet enfer qui fut quotidien pour des millions de victimes.

Michaël Prazan tout d’abord. Son documentaire de trois heures diffusé sur France 2 l’année dernière avait été reçu comme un coup de poing. Son livre est tout aussi fort. Il complète ce que l’image ne peut dire. Michaël Prazan revient en détail sur cette vaste enquête consacrée aux Einsatzgruppen, c’est-à-dire aux débuts de la Shoah avant les camps d’extermination. Il a sillonné l’Europe de l’Est à la recherche des survivants, des témoins et des bourreaux comme cet Ukrainien d’origine tchèque, membre de la SS Wiking, qui habite toujours en face de la scierie où ont été assassinés les juifs du village…

Le documentariste est allé sur le terrain, il s’en est voulu d’avoir ajouté par la suite un peu de son sur des images de désolation et de silence, mais surtout il a recueilli la parole de ces hommes, leur déni, leur gêne, rarement leurs regrets et il donne la liste des responsables de ces détachements nazis. Ainsi Paul Blobel, architecte au chômage qui trouve dans l’accession de Hitler au pouvoir l’occasion d’une revanche. Devenu colonel et chef d’un Einsatzkommando, il se distingue par les massacres collectifs à la baïonnette ou les fusillades. Dès 1943, il dirige aussi le Sonderkommando 1005 qui exhume les cadavres des fosses ukrainiennes pour les brûler afin d’effacer les traces des tueries.

A partir de 1941, lorsque les armées allemandes envahissent l’URSS et que les pays Baltes sont déclarés « Judenfrei » (« libérés des juifs »), ces fonctionnaires du crime ne cessent de porter la terreur. En 1942, un commando basé à Athènes était même prêt à suivre l’Afrikakorps de Rommel pour liquider les 500 000 juifs de Palestine… En Biélorussie, on dresse des bûchers, on dynamite des handicapés mentaux dans un blockhaus ; en Ukraine, on déloge 90 gamins d’une école pour les fusiller au bord d’une tranchée, en Pologne, on brûle 700 juifs dans une synagogue ; puis on expérimente des camions à gaz pour aller plus vite en besogne et épargner les troupes qui commencent à flancher devant les flots de sang, les monceaux de cadavres et la puanteur de la mort. Et toujours, à la manœuvre, ces détachements avec ces types qui tuent mécaniquement, qui ne peuvent s’arrêter de tuer, qui tuent jusqu’à en vomir ; ces troupes qui n’avaient pas à leur tête des brutes illettrées, comme le démontre l’impressionnant livre de Christian Ingrao. »

REVUE DE PRESSE /

Comment peut-on être intellectuel et SS?

Christian Ingrao est directeur de l’Institut d’Histoire du Temps présent (IHTP) et spécialiste du nazisme. On lui doit notamment “les Chasseurs noirs” (2006).

« Le directeur de l’Institut d’Histoire du Temps présent (IHTP) nous explique ce que fut l’histoire vraie des «Bienveillantes». «Ils étaient beaux, brillants, intelligents et cultivés. Ils sont responsables de la mort de plusieurs centaines de milliers de personnes.» Christian Ingrao raconte qui furent ces Max Aue bien réels, ces Akademiker, ces gens qui ont fait des études universitaires et qui ont cru au nazisme au point de participer à la destruction de tout le reste. Pour ce qui fut sa thèse, il a étudié 80 intellectuels SS. Ces deux termes associés, cela sonne curieusement. Comment peut-on être intellectuel et SS? C’est justement ce que nous propose de comprendre ce livre, sans déplorations ou dénonciations horrifiées.

Croire et détruire. C’est bien le chemin de ces dignitaires qui ont servi en toute connaissance de cause le système mis en place par Hitler. La croyance, elle, s’enracine dans la défaite de la Première Guerre mondiale, le ressentiment, la recherche du bouc émissaire et la vengeance. Et cette volonté d’en découdre, ces futurs diplômés vont l’infuser durant les années 1920, par un bourrage de crâne, dans les cours et les séminaires, dans les clubs sportifs et les associations étudiantes. L’engagement völkisch, racial et élitiste, fera le reste. Il accompagnera la crainte d’un déclin de l’Occident, la peur de perdre «la substance biologique du peuple allemand», la trouille de l’avenir et des nouveaux flux migratoires. Lors de son procès à Nuremberg, le général SS Otto Ohlendorf estimait que sa génération avait ressenti un «délabrement spirituel, religieux et social» en évacuant les 90.000 meurtres dont il était accusé…

Pour ce qui fut sa thèse, Christian Ingrao a étudié 80 intellectuels nazis.

Petit à petit, les réseaux se tissent et les affinités s’installent entre ces intellectuels SS qui sortent principalement des filières de droit et d’économie politique. Sur les 23 commandants présents au procès de Nuremberg - un 24e s’était suicidé dans sa cellule -, plus de la moitié étaient titulaires d’un doctorat. «Ces jeunes gens ne vérifient en rien le cliché du militant nazi inculte, explique Christian Ingrao. Ils ont accédé à l’université, présenté et, en général, réussi leurs examens. Ils ne sont pas davantage les mauvais sujets d’une science qu’ils auraient pervertie.» Des gens presque «ordinaires» en somme, responsables avec les 3000 membres des Einsatzgruppen de l’assassinat de 1,5 million de juifs d’Europe de l’Est, sans compter les Tsiganes, les prisonniers soviétiques et les malades mentaux.

Que devinrent ces surdoués de l’extermination, dont aucun ne plaida coupable? Michaël Prazan nous l’explique :

« Sur les vingt-quatre chefs des Einsatzgruppen jugés à Nuremberg, deux sont condamnés à la prison à vie, six à des peines plus légères, quatorze à la mort par pendaison. Seuls quatre d’entre eux seront effectivement exécutés : Paul Blobel, Werner Braune, Erich Naumann et Otto Ohlendorf. Les dix autres condamnations à mort sont commuées en peines de prison à perpétuité. En 1958, tous sont remis en liberté. »

Michaël Prazan, documentariste, est aussi l’auteur de plusieurs livres dont “Pierre Goldman. Le frère de l’ombre” (2005) et “le Massacre de Nankin 1937. Entre mémoire, oubli et négation” (2007).

En 2006, la parution du roman de Jonathan Littell avait suscité des débats. Il avait surtout ébranlé les lecteurs qui n’avaient pas lu les historiens. L’ouvrage avait su par la fiction démontrer ce que des essais n’avaient pas encore dit et peut-être ne pouvaient pas dire. Ces deux ouvrages qui plongent au coeur des massacres, dans la nuit la plus effrayante de l’âme humaine, ont de quoi troubler. L’équipe de tournage n’a d’ailleurs pas échappé à ce malaise. A un moment, la traductrice ukrainienne craque et demande à Michaël Prazan :

«Pourquoi poses-tu toutes ces questions ? Quelle importance de savoir combien il y avait de tueurs, s’ils étaient allemands ou ukrainiens, s’il y avait un arbre à cet endroit, si les témoins se tenaient là ou ailleurs.»

Les réponses sont dans la rage désespérée de ce vers de Paul Celan, le poète germanophone de Czernowitz : «Personne ne bénira notre poussière.»

Chacun à sa façon, avec la même rigueur, Prazan et Ingrao ont collecté, observé, écouté. Ils ont méthodiquement tenté de saisir le basculement progressif de la civilisation à la barbarie. Derrière leur approche anthropologique, une petite phrase entêtante s’installe en guise d’avertissement. L’enfer, ce n’est pas que les autres… »

Einsatzgruppen. Sur les traces des commandos de la mort nazis,

par Michaël Prazan, Seuil, 580 p.

Croire et détruire. Les intellectuels dans la machine de guerre SS,

par Christian Ingrao, Fayard, 520 p.

Einsatzgruppen : Les Commandos De La Mort

2 DVD Vidéo

Michael Prazan

France Télévisions EditionsDVD Vidéo - Boîte

Paru le : 15/05/2009

Nb. de pages : 1 page

Dimensions : 13,5cm x 19cm x 1,5cm

ISBN : 333-3-297-66410-3

EAN : 3333297664103

Les commentaires sont fermés.

Your server is running PHP version 4.4.9 but WordPress 4.0 requires at least 5.2.4.