LE NAZI ET LE BARBIER


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Edgar Hilsenrath

Attila éditions


1933. Max, le fils bâtard de la pute Minna Schulz, s’enrôle dans les SS à l’arrivée d’Hitler au pouvoir. Affecté dans un camp d’extermination, où disparaissent son meilleur ami (juif) et toute sa famille, il décide à la fin de la guerre de se faire passer pour juif… et endosse l’identité de son ami assassiné.


Max Schulz, devenu Itzig Finkelstein, épouse la cause juive, traverse l’Europe et rejoint la Palestine, où il devient barbier et sioniste fanatique. Le Nazi et le Barbier fut, trente ans avant Les Bienveillantes, le premier roman sur l’Holocauste écrit du point de vue du bourreau. L’humour (noir) en plus.

Né en Allemagne en 1926, Edgar Hilsenrath a connu les ghettos durant la guerre, avant de partir pour Israël, puis pour New York. Toute son œuvre s’inspire de cette expérience, mais sur un mode burlesque et satirique. Longtemps refusé par les éditeurs allemands, qui craignent les réactions à son approche, très crue, de la Shoah, il est d’abord publié aux Etats-Unis, où ses livres sont des best-sellers. Le Nazi et le Barbier est une commande de l’éditeur américain Doubleday, écrit en allemand et publié aux Etats-Unis en 1972. Ce n’est qu’en 1977 qu’il paraît en Allemagne, où il connaît un succès de scandale considérable, amenant à l’auteur une gloire brutale, consacrée par une multitude de prix. Voici la première traduction intégrale de ce roman iconoclaste, sur l’itinéraire d’un meurtrier de masse dans l’Allemagne nazie. Après Fuck America (Attila, 2009), un autre témoignage du génie littéraire d’Edgar Hilsenrath.

REVUE DE PRESSE/

La critique d’Hecate (mars 17, 2010) :

« J’avais beaucoup aimé « Fuck America »  j’ai adoré  Le nazi et le barbier, une farce satirique sur la montée du nazisme, la shoah, le retour des juifs en Palestine et les premières années de l’Etat d’Israël. Oui tout ça! Ce livre est  formidable car il baigne dans l’humour, le plus noir, le plus caustique, le plus acide, un humour dévastateur. Le bourreau qui ricane et qui vole la vie de sa victime, le sujet pourrait sembler risqué, mais quelle réussite, quelle maîtrise. On est loin des Bienveillantes et de leur fascination morbide pour l’horreur, l’humour peut tout, surtout renverser des montagnes de dogmatisme. Hilsenrath est un maître et on comprend pourquoi une Allemagne larmoyante et tout entière tournée vers l’adoration de sa propre culpabilité a pu refuser de voir le génie de ce livre.

Allemagne début du siècle, deux gamins naissent à quelques minutes et à quelques rues : le premier est assez laid, cheveux rares et noirs, visage ingrat et famille pour le moins bancale, le second est blond, les yeux bleus, une famille aimante et bien établie : le premier est un allemand pure souche, bien que de paternité douteuse, le second est juif. Les deux enfants grandissent côte à côté, ils s’apprécient, se confient et espèrent que l’avenir sera pour eux une source de joie et de découvertes.  Max Schultz et Itzig Finkelstein auraient dû être amis ; ils seront bourreau et victime, voleur et disparu, nuit et brouillard.

La montée du nazisme permet l’expression d’un effroyable ressentiment. Le malaise, la détresse, la peur se transforment en revendications et bientôt en haine. Edgar Hilsenrath montre avec un art consommé, la montée et l’explosion du mécontentement et des frustrations et leur incarnation dans un petit homme braillard et repoussant dans un scène proprement dantesque et toujours loufoque sur le Mont des Oliviers de la petite ville allemande de Wisehalle où vivent Schultz et Finkelstein. La prise du pouvoir, suivi par le déversement de haine antisémite, puis la mise en place de la solution finale sont racontés du point de vue du jeune Max Schultz qui a bien vite pris le parti des bourreaux. Il raconte avec beaucoup de verve son expérience, les morts, les massacres. Il semble assez remarquablement content de lui.

Vient la débâcle et une fois encore, notre petit allemand au physique de juif trouve rapidement comment prendre le vent de l’histoire. Après avoir volé la vie de son meilleur ami, il lui dérobe sa mort et parvient à devenir un survivant, un fantôme arraché à la nuit et au brouillard. Après avoir gagné suffisamment d’argent dans le marché noir, il s’attache aux pas des sionistes et se retrouve sur un des navires à destination du territoire palestinien. En vue une renaissance, une résurrection.

Raconté par n’importe quel quidam cette histoire aurait été probablement détestable, illisible ou stupide, mais dans cette farce loufoque, Hilsenrath maîtrise à la perfection l’horreur et l’abomination de son « héros ». Ce livre publié pour la première fois aux Etats Unis en 1971 où il connut un succès immédiat et mérité, tant de la part de la critique que du public, devra attendre quelques 10 ans pour se voir publié en Allemagne, par une petite maison d’Edition et avec un accueil pour le moins mitigé de la part de la critique qui n’hésita pas à parler de pornographie et de scandale. Hilsenrath rappelait à juste titre que le sentiment de culpabilité des allemands cachait difficilement une forme toujours vive d’antisémitisme, ce qu’il met en scène avec un art consommé tant dans Fuck America que dans le Nazi et le barbier. On ne peut sans doute pas rire de tout avec tout le monde, mais on ne rappellera jamais assez les valeurs de l’ironie et de l’humour burlesque pour lutter contre le politiquement correct ».

Format : Broché.

Nb de pages : 506 p.

ISBN-10: 2917084170

ISBN-13: 978-2917084175

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