ET SI LA SUISSE NE SERVAIT PLUS A RIEN ?


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Ian Hamel

Larousse


En 2009, le G20 condamne à mort le secret bancaire helvétique, à l’origine de la prospérité insolente de ce petit pays montagneux, sans ressources naturelles, au coeur de l’Europe. Jusqu’alors, on avait fermé les yeux sur l’hospitalité qu’il réservait aux fonds soustraits à la fiscalité des pays voisins…


Quant aux ” grands ” de ce monde en délicatesse avec la justice, eux aussi devront chercher refuge ailleurs. La Confédération a récemment fait du zèle en incarcérant Roman Polanski, invité d’honneur du festival du film de Zurich… Soudainement promue bonne élève d’un système de coopération international, à qui ou à quoi la Suisse va-t-elle donc servir ?

REVUE DE PRESSE /

La critique de Manouk Borzakian pour Cafe Deo

« « Et si… ? » La question rhétorique permet au livre de Ian Hamel de trouver harmonieusement sa place dans la collection de Jacques Marseille « À dire vrai ». Celle-ci cultive un savant mélange de provocation et de théâtralité, à travers des titres plus ou moins racoleurs comme Faut-il abandonner la Corse ? ou La France doit-elle annexer la Wallonie ? Souvent, poser la question revient à y répondre, même si les choses semblent un peu plus compliquées dans le cas présent. Car le titre soulève deux problèmes. D’une part, que signifie donc « servir à quelque chose » lorsqu’il est question d’un pays ? Y aurait-il des pays indispensables et d’autres superflus, avec entre les deux divers degrés d’utilité ? Par ailleurs, qui serait alors qualifié pour estimer ce degré, voire en décider ? Partant, le statut de « pays utile » pourrait-il se perdre, comme le suggère le titre ?

Pour répondre, au moins indirectement, à ces questions, Ian Hamel commence par déconstruire quelques mythes fondateurs de l’identité helvète. Ainsi de Guillaume Tell, dont l’histoire - l’arbalète, la pomme, souvenez-vous - ne serait qu’une fable inspirée d’une légende nordique. Ainsi également du pacte de solidarité face à la puissance autrichienne, signé en 1291 par les représentants des cantons d’Uri, Schwyz et Unterwald. Ce serment, présenté aujourd’hui comme l’acte de naissance de la Confédération, ne serait en réalité qu’un accord parmi d’autres entre des aristocrates soucieux d’asseoir leur pouvoir.

(…) Le lecteur n’en est pas moins saisi par certains passages du réquisitoire. D’aucuns sont relativement connus du plus grand nombre. C’est le cas de la fausse neutralité helvète face à l’Allemagne nazie, vers laquelle elle exporte son matériel militaire durant la Seconde Guerre mondiale. C’est également le cas du scandale des fonds juifs, autrement dit des « avoirs en déshérence », qui aboutit en 1998 au versement par la Suisse d’1,2 milliards de francs d’indemnisation aux victimes du nazisme. Le tout sur fond de secret bancaire élevé au rang de religion d’État, et agrémenté du rôle de premier plan joué par la banque UBS dans la crise des subprimes.

D’autres points sont moins connus, tel le succès des ports francs suisses, dans lesquels les trafiquants d’art louent des locaux hors douane pour y entreposer des trésors archéologiques - mais aussi des diamants, des toiles de maîtres ou encore des voitures de collection - sortis clandestinement de leur pays d’origine. Pourquoi en Suisse ? Parce que le pays s’est abstenu de signer, en 1970, une convention de l’Unesco allongeant de cinq à trente ans le délai pour réclamer une œuvre volée. On apprend ainsi que, non contente d’être le havre de paix d’un demi-million de contribuables français, la Confédération sert également de repaire aux trafiquants en tous genres.

L’auteur accumule les pièces à conviction, mêlant les enquêtes de terrain à une riche documentation. Dans le même temps, et c’est l’aspect le plus intéressant du livre, se pose en filigrane la question des origines de cette réussite - aujourd’hui menacée, d’où le titre - d’un pays a priori mal loti - faible surface cultivable, pauvreté des ressources naturelles… Premier élément de réponse, une situation de rêve : dès le XIIIe siècle, les trois cantons évoqués plus haut contrôlent le passage du massif du Saint-Gothard. Aucune des grandes puissances de l’époque ne parvenant à mettre la main sur ce passage, chacune va se satisfaire de son contrôle par une « minuscule société rurale alpine ». Cette bienheureuse neutralité est confirmée par le Congrès de Vienne en 1814. Le contexte de la Guerre froide achèvera d’assurer à la Suisse ce confortable statut.

Le raisonnement est poussé plus loin - trop loin ? -, via l’idée que, cerise sur le gâteau, les banquiers suisses ne seraient même pas compétents, du moins pas autant que leurs concurrents anglais et luxembourgeois. Autrement formulé, la Suisse ne devrait à peu près rien aux Suisses, sinon à leur capacité à avoir su profiter d’une rente de situation. Sur ce point, on aimerait connaître l’avis d’un Paul Krugman, pourfendeur des théories néo-ricardiennes des avantages comparatifs. Il aurait sans doute bien des choses à rétorquer à l’analyse de Ian Hamel, pour qui la situation géographique favorable de la Suisse, liée à un contexte historique tout aussi favorable, semble suffire à expliquer sa réussite… Réussite aujourd’hui remise en cause, si l’on en croit la conclusion, non seulement par l’évolution du contexte politique, mais aussi par la révolution des transports et des moyens de communication, qui a rapproché de la demande occidentale des concurrents comme Singapour, autre centre mondial du trafic d’œuvres d’art.

Les décennies à venir confirmeront ou non cette idée que la Suisse, privée de ses avantages, aurait de fait perdu toute utilité aux yeux de ses voisins désormais désireux, entre autres, d’afficher une posture plus scrupuleuse sur la question de la justice fiscale. Et que, par conséquent, son avenir est tout aussi inquiétant que son passé fut radieux. D’ici là, ce petit livre présente l’intérêt de stimuler son lecteur, grâce à un dosage habile entre les formules choc, parfois outrancières, et un travail d’investigation solide et convaincant. »

(http://www.cafe-geo.net/article.php3?id_article=1900)

lan Hamel est journaliste d’investigation en Suisse depuis deux décennies. Il a collaboré au Journal de Genève, à l’Hebdo, au groupe l’Agefi, à Radio Suisse Internationale (” Swissinto “) et au Matin Dimanche. En France, au Point et à la Lettre de l’Expansion.

Format : Broché

Nd de pages : 160 p.

ISBN-10: 2035848172

ISBN-13: 978-2035848178

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