DICTIONNAIRE DES CONCEPTS NOMADES DES SCIENCES SOCIALES


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Sous la direction de Olivier Christin

Metailie

En partie inspiré d’entreprises antérieures, ce dictionnaire regroupe des textes consacrés à quelques-uns des termes ou des concepts à travers lesquels les sciences sociales et l’histoire pensent le monde social et se pensent elles-mêmes.

Mais à la différence des précédents ouvrages qui avaient choisi un champ bien précis (le vocabulaire des groupes sociaux, les concepts centraux des idéologies ou des formes constitutionnelles…) et surtout une seule aire linguistique, aucune discipline, aucune nation, aucune langue n’est privilégiée.

Au contraire, les articles rassemblés ici et confiés à des spécialistes reconnus et de nationalités différentes décrivent la naissance, la carrière et la circulation, à travers les époques et les langues, de noms communs, d’expressions idiomatiques ou de termes apparemment techniques dont on porte au jour le caractère de constructions idéologiques et de produits de l’activité des acteurs sociaux.

On y rencontrera donc des vocables, des concepts, des expressions de nature très hétérogène et ne présentant pas les mêmes caractères de variabilité : certains relèvent de la description des groupes sociaux par eux-mêmes et par les sciences sociales (Avant-garde, Mouvement ouvrier, Junker…), d’autres des sciences de l’Etat et du savoir administratif (Administration, Moyenne, Droit musulman…), d’autres encore de constructions idéologiques particulières dont les conditions d’émergence et d’imposition de sens appellent à une mise en perspective (Occident, Laïcité, Absolutisme…).

L’essentiel n’est donc ni dans le choix des termes, ni dans la poursuite d’une forme d’encyclopédisme. Seules importent la démarche et l’exemplarité de l’analyse, tournées vers la dénaturalisation et l’historicisation des usages lexicaux qui font des exemples retenus autant de cas d’école, c’est-à-dire de cas exemplaires sur lesquels penser ce que les structures académiques, les usages linguistiques, les routines et les inconscients intellectuels imposent de manière subreptice.

Renonçant à tout but normatif, ce dictionnaire a l’ambition d’apporter sur quelques cas significatifs des exemples d’enquêtes méticuleuses, associant sémantique historique, comparatisme et objectivation critique des conditions sociologiques et historiques de possibilité et d’opérationnabilité des concepts et des usages lexicaux des sciences sociales, qui montrent que les rapports et les conflits de sens sont également des rapports et des conflits de force.

En mettant en avant la dimension ” nomade ” des concepts historiques, il s’agit ainsi de favoriser les bases d’un dialogue dans les sciences sociales européennes, conscient du poids des héritages socio-linguistiques.

Bien des expressions qui désignent des groupes sociaux, des idéologies, des manières de concevoir le temps ou l’organisation du monde qui nous entoure nous paraissent parfaitement naturelles et ne poser a priori aucun problème à qui voudrait les traduire et les appliquer à d’autres contextes que ceux dans lesquels elles sont nées. Mouvement ouvrier, avant-garde, intelligencija, laïcité, travail ou encore histoire contemporaine font ainsi partie de ces mots ou de ces expressions qui semblent aller de soi et dont il n’est pas vraiment utile de connaître l’histoire pour les utiliser à bon escient.

Pourtant, il n’en est rien. Ces termes s’exportent mal et chaque fois qu’on le fait dans l’usage courant ou le travail scientifique, ils multiplient les chausse-trappes et les faux-semblants dans lesquels on finit par ne plus savoir de quoi on parle. Sommes-nous toujours bien d’accord sur ce que nous entendons par Occident, humanitaire ou administration et lorsque nous faisons voyager ces mots par-delà les frontières ?

C’est à rendre étranges ces expressions faussement évidentes, à en faire des objets de questionnement tout autant que des outils qu’on ne regarde plus tant ils paraissent banals que veut contribuer ce dictionnaire.

Une vingtaine de spécialistes européens, sociologues, ethnologues, historiens ou historiens d’art sont pour cela conviés à leur chevet pour en décrire les cheminements complexes et en proposer un usage réfléchi.

Liste des contributeurs (universitaires) :

Giorgia Vocino (Université Ca’ Foscarini de Venise), Simone Bellezza (Université de San Marino), Anna Boschetti, Gilda Zazzara (Université Ca’ Foscari de Venise), Michele Nanni (Université de Padoue), Sandro Landi (EHESS), Guillermo Zermeno Padilla (Université El Colegio, Mexico), Alfonso Mendiola (Université Ibéro-américaine de Mexico), Irène Herrmann (Université de Genève), Lothar Schilling (Université de Fribourg).

Naima Ghermani (Université Grenoble II), Thierry Jacob, Nadine Beligand (Université Lyon II Lumière), Gilles Bertrand (Université Grenoble II), Laurent Jeanpierre (IEP de Strasbourg), Etienne Couriol (Université Lyon III), Laurent Baggioni (ENS-Lsh Lyon), Claude Prud’homme (Université Lyon II Lumière), Florence Buttay (Université Bordeaux III), Benedicte Zimmerman (EHESS), Eric Brian (INED), Oissila Saaidia (IUFM de Strasbourg), Samim Akgönül (Université Marc Bloch Strasbourg II-CNRS), Igor Moullier (ENS-Lsh Lyon).

Liste des concepts :

Absolutisme, Administration, Ancien Régime, Avant-garde, Cacique/Cacicazgo, Cacique/Caciquisme/Caudillisme, Confession, Droit musulman, Fortuna, Frontière, Grand Tour, Haut Moyen Âge, Histoire contemporaine, Humanisme civique, Humanitaire, Intelligentsia/Intellectuels, Junker, Laïcité, Mouvement ouvrier, Moyenne, Narratio/récit, Occident, Opinion publique, Travail.

Olivier CHRISTIN, né en 1961, ancien élève de l’ENS de Saint-Cloud, agrégé d’histoire, membre de l’Institut universitaire de France (1999-2004), président de l’Université Lumière Lyon II (2008-2009), est spécialiste de l’histoire religieuse du début de l’époque moderne. Il est actuellement professeur d’histoire moderne à l’Université de Neuchâtel.

Il est l’auteur entre autres de Une révolution symbolique : l’iconoclasme huguenot et la reconstruction catholique, Minuit, 1991 ; Les Réformes. Luther, Calvin et les protestants, Gallimard, 1995 ; La Paix de religion. L’autonomisation de la raison politique au XVIe siècle, Le Seuil, 1997 ; Les Yeux pour le croire. Les Dix commandements en image (XVe-XVIIe siècle), Le Seuil, 2003 ; Confesser sa foi, Champ Vallon, 2009.

Nb de pages : 464 p.

ISBN 978-2-86424-754-8

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