ACTU BD 5 mars 2011


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Actualité et nouveautés de la Bande-dessinée

FOCUS (1) :

POLINA DE BASTIEN VIVES

Le terme “révélation” a déjà été associé de nombreuses fois au parcours de Bastien Vivès, de ses premiers ouvrages à sa récompense au Festival d’Angoulême pour Le Goût du Chlore. Avec le superbe Polina, on peut, à nouveau, parler d’une “révélation”. Bastien Vivès y franchit une véritable étape dans son parcours d’auteur. Son graphisme s’épure alors que sa narration gagne en profondeur et en densité. Son travail sur l’écoulement du temps et sur la distance (affective ou physique) qui unit ou sépare les êtres m’a fait songer au Cinq mille kilomètres par seconde de Manuele Fior.

La critique de Multi-BD : « La bande dessinée Polina est sortie des presses Pollina au mois de février. A une lettre près, l’héroïne de Bastien Vivès porte le même nom que l’imprimeur qui la fixa sur le papier. Cette observation resterait anecdotique si les lignes dynamiques et les larges aplats noirs de l’auteur n’occupaient pas un rôle central dans cette oeuvre. Le trait élégant de Bastien Vivès se marie ici parfaitement à la grâce des ballerines russes. Si la virtuosité du dessinateur prodige de 27 ans paraît innée, l’excellence des danseuses étoiles est le fruit d’une formation spartiate inculquée dès l’enfance. Le professeur Bojinski l’expliquera en ces termes à sa jeune élève Polina: “Si vous ne leur montrez pas la grâce et la légèreté, les gens ne verront que l’effort et la difficulté”. Cette phrase, chargée de l’expérience qui fait sa renommée internationale, est l’une des rares que prononcera le professeur. Il est avare en paroles. Impénétrable derrière des lunettes qui dissimulent son regard et une barbe qui cache la bouche d’où l’on voudrait voir jaillir un mot d’approbation, Bojinski impose le respect et la crainte à celles et ceux qui se laissent sculpter entre ses mains épaisses. Il est un Pygmalion ou plutôt une variation de Pygmalion. Le personnage mythologique sculpta dans l’ivoire le corps de la belle Galatée à laquelle la déesse Aphrodite donna la vie. Le chorégraphe s’empare ici de corps fragiles et frémissants pour les tailler à sa guise en sculptures somptueuses. Comme celui de Polina, celle qu’il choisit parmi tant de jeunes prétendantes pour interpréter le ballet qu’il conçoit en dehors du cursus académique. Ce privilège est cependant bien lourd à porter pour la danseuse et de nouvelles opportunités se profilent. Leurs routes se sépareront soudain et les années et la distance feront leur oeuvre. Polina ne semblera pourtant jamais pouvoir échapper à celui qui l’a façonnée. Le désire-t-elle seulement?

Polina se joue dans les coulisses bien plus que sur la scène, dans les gestes retenus bien plus que dans les élans des danseuses. Ce n’est d’ailleurs pas tant un ouvrage sur la danse qu’un récit consacré à la relation unissant un élève à son mentor. Polina parle, avec justesse et émotion, de la transmission du savoir, du passage à la maturité. Il marque d’ailleurs le passage de Bastien Vivès à une nouvelle dimension de son talent. Superbe! »

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Polina de Bastien Vivès, Casterman/KSTR

FOCUS (2) :

CINQ MILLE KILOMETRES PAR SECONDE DE MANUELE FIOR

Cinq mille kilomètres par seconde nous invite à suivre le parcours d’un couple qui s’est croisé sans jamais se former. Adolescents, Lucia et Piero se sont quittés pour poursuivre leurs vies d’adulte à des milliers de kilomètres de distance, elle en Norvège, lui en Egypte. Les années passent, des carrières se construisent, des familles se forment et la question revient sans cesse; que serions-nous devenus si nous étions restés ensemble? Cet acte manqué était-il inévitable? Avec un grande “pudeur” narrative et une vraie générosité graphique, Manuele Fior laisse à ses personnages la liberté de suivre leur propre destin.

Cinq mille kilomètres par seconde a été couronné du Fauve d’Or du Meilleur Album lors du dernier Festival d’Angoulême.

Cinq mille kilomètres par seconde de Manuele Fior, Atrabile

QUELQUES SORTIES RECENTES…

Pain d’Alouette, deuxième époque de Christian Lax, Futuropolis

Voyage aux îles de la Désolation d’Emmanuel Lepage, Futuropolis

Ralph Azham tome 1 de Lewis Trondheim, Dupuis

La Patrouille des Castors, première intégrale de Mitacq et Charlier, Dupuis

PARUTION : LE TREIZIÈME TOME DE WALKING DEAD

On connaît la série Dragon Head de Minetaro Mochizuki, le chef-d’oeuvre du récit post-apocalyptique. Voici la parution en français du treizième tome de Walking Dead, autre joyau du genre. Qui évoque le parcours de quelques étudiants qui tentent de rejoindre Tokyo après qu’un séisme naturel ait provoqué la destruction quasi totale de l’archipel.

La Réalité de l’actualité tragique, comme bien souvent hélas, a fini par rattraper la Fiction et ce qui était un récit d’anticipation a pris ces derniers jours des allures d’évocation.

Walking Dead tome 13 de Kirkman et Adlard, Delcourt

FOCUS (3) :

UNE VIE SANS BARJOT

Au-delà de la référence visuelle au Ici Même de Tardi et Forest, Une vie sans Barjot aborde l’absurdité mais une absurdité plus concrète; celle d’avoir à déchausser ses Converse délassées pour enfiler, par la force du système, une queue-de-pie trop large.

Servi par une écriture vive et pénétrante et une esthétique qui le rend intemporel, cet ouvrage à la poésie sombre nous donne l’envie, comme L’Homme qui marche de Jirô Taniguchi, d’éviter le confort du chemin le plus court pour s’offrir le luxe d’un détour. Nicolas

La critique de Nicolas pour Multi-BD : « Vous souvenez-vous d’Arthur Même qui, engoncé dans son chapeau melon et sa queue-de-pie trop ample, était contraint de résider sur les murs de la propriété dont il avait été dépossédé? Si la scène ne vous évoque rien, je ne peux que vous conseiller de découvrir Ici Même, ce joyau de l’absurde et de la dérision né de la collaboration entre Jacques Tardi et Jean-Claude Forest en 1978. Mathieu, le personnage central d’Une vie sans Barjot, le dit plus simplement: “C’est génial”. Sur la couverture de l’album d’Appollo et Oiry, le jeune homme se prête d’ailleurs au numéro d’équilibriste auquel Arthur Même est soumis par un jugement. Rien ne l’y force pourtant. Pas d’expropriation ou d’avocats ici. Juste une envie d’apesanteur et de liberté. “Ce serait drôle de ne vivre que sur les murs. On verrait le monde de haut. On pourrait aller partout, de jardin en jardin et observer les gens”. A 18 ans, le bac en poche, Mathieu préfèrerait en effet ne pas avoir à choisir de vivre d’un côté du mur ou de l’autre. Il préfèrerait ne pas quitter sa ville de province ni ce lourdingue de Barjot pour partir le lendemain sur Paris et suivre sa prépa littéraire. Il préfèrerait rester sur ce mur avec Noémie et traverser avec elle une nuit sans fin, dans cette pénombre qui “change la vision qu’on a des choses familières”, qui agit “comme un filtre” sur toutes ces ruelles que Mathieu connaît par coeur mais qui lui apparaissent comme s’il les voyait pour la première fois. Et la dernière peut-être… »

Une vie sans Barjot d’Apollo et Oiry, Futuropolis

Pauline (et les loups-garous) d’Apollo et Oiry, Futuropolis

Lien vers notre chronique de Pauline (et les loups-garous).

Lien vers la présentation de Une vie sans Barjot sur le site de Futuropolis.

Lien vers le blog de Stéphane Oiry.

ENCORE DES SORTIES RECENTES…

W.E.S.T. tome 6 de Rossi, Dorison et Nury, Dargaud

The Losers tome 3 (fin de cycle) de Diggle et Jock, Panini Comics

Les Sentinelles tome 3 de Dorison et Breccia, Delcourt

Les aventures de Philippe et Francis tome 2 de Veys et Barral, Dargaud

Cats are weird (import U.S.) de Jeffrey Brown, Chronicle Books

Léonard tome 41 de Turk et DeGroot, Le Lombard

Backstage: Pierre qui roule de James et Mirroir, Fluide Glacial

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Sources : EuroMedia-Presse / Casemate /

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