COMPLICITES DE GENOCIDE : COMMENT LE MONDE A TRAHI LE RWANDA


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Linda Melvern

Karthala

Les présentations des éditeurs : « Plus jamais ça », répétait-on en France en juin 1994 en commémorant le cinquantenaire du massacre d’Oradour. Ce serment, qui avait inspiré aussi la création de l’Organisation des Nations unies en 1945, était trahi au Rwanda au même moment.

La chronique de cette trahison, livrée par l’enquête de Linda Melvern, fournit les clefs de ce qui fut, au niveau international, une véritable complicité de génocide.

Durant les trois mois de l’extermination méthodique des Tutsi et de leurs «complices», la « communauté internationale », notamment les partenaires occidentaux du Rwanda, ne voient qu’une « guerre civile » entre des « ethnies ».

Ce livre contribue à une compréhension globale de ce génocide, en montrant comment la logique raciste du pouvoir politique et militaire local qui a conduit les tueries a été de fait accompagnée par l’aveuglement cynique des membres permanents du Conseil de Sécurité, à commencer par les autorités françaises de l’époque.

La traduction en français de cette synthèse d’une journaliste anglaise permet d’aller au-delà des polémiques malsaines sur le thème d’un «double génocide» ou celui d’une «conspiration anglo-saxonne» entretenues en France ces dernières années en vue de nier et de justifier à la fois la terrible réalité que les propagandes officielles s’étaient employées à cacher en 1994. Cette lecture salutaire s’adresse à tous ceux qui veulent éviter le retour du pire.

LES COURTS EXTRAITS DE LIVRES :

Le génocide

Avril 1994

Ils sont arrivés par petits groupes, sortant lentement des eucalyptus plantés à l’arrière de l’école. Certains sont blessés. Une fillette qui doit avoir autour de 6 ans laisse voir à la tête l’entaille d’une machette. L’épaule transpercée par une balle, un jeune garçon ne pleure pas, malgré sa blessure béante. Un homme a la main presque tranchée par un coup de machette. De toutes parts, ils convergent vers la porte principale. Certains courent, épouvantés, poursuivis par les miliciens.

Bientôt, des familles entières installent dans les salles de classe leurs campements de fortune. Lorsque la place vient à manquer à l’intérieur, les réfugiés se blottissent les uns contre les autres sur le terrain de sport. Ils se trouvent dans une enceinte contrôlée par les Nations unies, et personne, pensent-ils, n’osera profaner ce sanctuaire. À l’extérieur de l’école, les miliciens brandissent machettes et grenades. Circulant dans des Jeeps, ivres de bière, ils les injurient copieusement tout en scandant leur cri de ralliement : «Pawa ! Pawa !» - «Power !», pour «Hutu Power». Le tristement célèbre Café de Gatenga, point de ralliement des milices, n’est guère éloigné.

Ce vendredi 8 avril 1994, ici, à Kicukiro, comme partout ailleurs dans la capitale, des personnes terrorisées cherchent refuge dans les écoles, les églises, les hôpitaux et dans tous les lieux où flotte le drapeau des Nations unies, indiquant que des casques bleus y sont cantonnés. Au sein de la Force de maintien de la paix, le contingent le mieux équipé et le mieux entraîné est originaire de Belgique. Ces soldats forment la colonne vertébrale de la Mission des Nations unies pour l’assistance au Rwanda (Minuar). Au nombre de quatre cent cinquante, les casques bleus belges ont été éparpillés dans quatorze lieux différents à travers Kigali. Le groupe le plus important est cantonné là, à l’École technique officielle (ETO), un établissement administré par la congrégation catholique des Frères salésiens. Ce détachement peut compter sur quatre-vingt-dix para-commandos appartenant au 2e Bataillon de Flawinne (2e Codo), l’un des fleurons de l’armée belge. Ces soldats ont la charge du secteur correspondant au centre-ville de Kigali. Répondant au nom de code «Beverly Hills», ils sont placés sous le commandement du lieutenant Luc Lemaire, arrivé au Rwanda deux semaines plus tôt.

L’AUTEUR :

Linda Melvern est journaliste d’investigation et écrivain. Pendant quatre ans, elle a été reporter au Sunday Times, où elle a fait partie de la cellule d’enquête («Insight Team»), qui a été récompensée par de nombreux prix. Après avoir quitté ce journal pour écrire son premier livre, elle a collaboré à diverses publications britanniques, tout en donnant des cours sur les enjeux de politique internationale. Elle est professeur honoraire au département de politique internationale de l’université du Pays de Galles, à Aberystwyth.

Broché: 416 pages

ISBN-10: 2811103635

ISBN-13: 978-2811103637

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