LA LEGENDE DU CHANGELING, T3: SPRING


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Heeled Jack, Pierre Dubois, Xavier Fourquemin,

Le Lombard

 

La mine s’est effondrée, ne laissant la vie qu’à de rares survivants protégés par le petit peuple. Après celle du feu, Scrubby a maintenant passé l’épreuve de la terre. La suivante sera-t-elle celle de l’eau ? Tout porte à le penser. En effet, Laura, une amie de Scrubby, vient d’être assassinée près d’une étrange taverne située au bord de la Tamise… Pierre Dubois nous invite une nouvelle fois dans le Londres de Jack l’Éventreur et de Peter Pan. Ce Londres du 19e siècle dont Xavier Fourquemin nous exhale les mystères et misères de son trait à nul autre pareil. 

 

Retour sur la Série : Au creux des arbres, au fond des forêts, dans chaque pierre, dans les champs et les plaines… Partout l’esprit de la nature est vivant. La légende dit que, tous les cent ans, un jeune garçon sera enlevé à ses parents par les fées et qu’il en reviendra transformé. Il pourra désormais communiquer avec la nature et ses forces magiques. Il est dit que ce jeune garçon combattra les êtres maléfiques voués au Seigneur du Chaos. Il est dit que de son combat dépendra l’avenir des êtres de Lumière. Et c’est le soir où une étoile s’émiettant des infinis viendra au milieu d’un cercle de pierres que la quête du Changeling commencera.

 

Ce troisième volet permet à Pierre Dubois (”La grande encyclopédie des fées”, “La grande encyclopédie des lutins”, “La grande encyclopédie des elfes”) de poursuivre la quête initiatique de cet être ayant reçu le merveilleux en héritage, tout en livrant son regard sur l’une des pages sombre de l’histoire londonienne.

En propulsant notre héros sur les traces d’un mystérieux tueur, ce conteur émérite délaisse encore un peu plus le féérique pour faire place au décor lugubre et triste d’une ville où les gens crèvent de faim. C’est dans les ruelles sombres des faubourgs d’un Londres en pleine révolution industrielle, où plane encore l’ombre de «Jack the Ripper», qu’un sérial killer fait couler le sang au sein d’une classe ouvrière vivant dans la pauvreté au sein de quartiers surpeuplés. En nous lançant sur les traces de Spring Heeled Jack (créature issue d’un folklore urbain), le célèbre elficologue donne à son conte des allures d’enquête policière.

Ce troisième tome a beau tourner le dos au monde des fées, elfes, nains, lutins et autres peuplades invisibles au commun des mortels, pour mettre en avant la misère des londoniens, Pierre Dubois garde cependant entrouverte la porte de cet univers enchanteur qui lui est cher. Car même au sein de l’East End, celui de Jack the Ripper et de Bloody Sunday, l’insouciance et la naïveté du jeune héros servent à transmettre la passion contagieuse de l’auteur pour les petits êtres. Un optimisme à toute épreuve et une bonne humeur qui constituent la seule lueur d’espoir pour que le fantastique remonte à la surface dans les bas-fonds de la capitale britannique.

Au niveau des dessins, Xavier Fourquemin et Scarlett Smulkowski épaulent à merveille l’érudition de Pierre Dubois. Plaçant des personnages très attachants et légèrement cartoonesques au milieu de quartiers populaires lugubres, tel la Belle venant contraster sa Bête, le duo de “Miss Endicott” donne vie à cette Angleterre du XIXe siècle qu’il parsème de fantastique.

 

Notre avis:

 

Une fois de plus, le duo Dubois-Fourquemin nous surprend et nous éblouit dans cette série qui se hisse tome après tome au panthéon des plus belles bandes dessinées ayant pour thème la féerie.

 

Cette fois, après avoir clôturé l’aventure précédente en quelques pages et fait passer l’épreuve de la terre à notre changeling Scrubby, c’est vers le thème de l’eau que les auteurs nous entraînent. Mais pas seulement… Le titre fait référence à une légende urbaine de cette mystérieuse Londres que Pierre Dubois semble si bien connaître. Spring Heeled Jack défraya en effet la chronique durant l’ère victorienne. Cet homme ou créature, au masque horrible pouvait effectuer des sauts inhumains. Dans les années 1830, nombre de témoignages furent recueillis à Londres mais aussi de Sheffield à Liverpool à propos de ce « Springheel Jack » ou encore « Spring-heel Jack » aux yeux de braise, aux mains griffues et crachant quelquefois des flammes bleues et blanches. Tantôt démon rôdant dans les rues, tantôt monstre sous des faux-airs de gentleman, s’en prenant aux dames, les tripotant, Spring Heeled Jack marqua son temps et de nombreuses fictions s’en inspirèrent. Ces descriptions durèrent jusqu’en 1904.

 

C’est donc trait de génie que d’introduire cet intrigant personnage alliant un côté démoniaque et un autre lié à son époque des débuts de l’ère industrielle pour en faire le nouvel adversaire de Scrubby, allié naturel des fées. Une idée admirablement amenée et servie par le dessin de Fourquemin et les belles couleurs de Scarlett Smulkowski qui confèrent aux écrits de Pierre Dubois une image à leur hauteur.

 

Enfin, on s’étonnera toujours des qualités scénaristiques de cette série qui marie un parfum d’autrefois, d’ »Il était une fois » à un style bien d’aujourd’hui lui donnant toutes les qualités d’un conte moderne à lire par tous. Ici, difficile de parler de cerise sur le gâteau, tellement cette série a de qualités, un vrai gâteau aux cerises, finalement. Et on en reprendra volontiers une part !

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La Légende du changeling

T3: Spring Heeled Jack

Scénario: Pierre Dubois

Dessin: Xavier Fourquemin

Couleurs: Scarlett Smulkowski

Editions Le Lombard

Grand format , 56 pages

Couverture : Cartonnée

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