BD : RUE DES CHIENS MARINS


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Michel Constant

Les Editions du Lombard

 

Alors que la Seconde Guerre Mondiale touche à sa fin, Josef, un jeune homme de 16 ans, fait partie de l’armée allemande. Il est embarqué dans un U-Boot, les fameux sous-marins qui terrorisent l’ensemble de la flotte alliée. A bord, la vie est dure. La promiscuité et l’humour pas franchement drôle de ses compagnons de fortune entraînent des conflits réguliers et parfois violents.

Pour échapper à cet enfer, Josef se lie d’amitié avec un phoque pas comme les autres puisque celui-ci sait parler. Le phoque devient le confident du jeune homme. Josef lui raconte alors son enfance et comment il en est arrivé là…

 

A bord d’un u-boot, il ne se passe jamais rien de nouveau : les torpilles, les cadavres et les vannes lourdes des marins. Alors, pour éviter de sombrer, à chaque remontée en surface, Josef discute avec son confident, un phoque placide mais loquace. Il lui raconte son enfance, ses frères, les jeux dans les bois et les yeux d’Emma, la plus jolie fille de la rue des Chiens Marins. Et, à bien y réfléchir, tout cela n’est guère plus absurde que le conflit sanglant qui sévit tout autour… 

Difficile, en effet, de troquer soudainement la défroque de l’enfance contre celle du soldat ! Il faudra bien un peu d’absurdité pour enfiler ces nouveaux habits sans mot dire…

 

Entre À l’Ouest, Rien de Nouveau (E.M. Remarque)  et Le Désert des Tartares (D. Buzzati), Michel Constant signe ici un récit poignant qui refuse obstinément tout manichéisme et ramène la guerre à son horrible réalité : des gamins apeurés contraints de devenir adultes ou mourir, sans juste milieu. En mélangeant les souvenirs de sa famille avec ses propres observations, l’auteur parvient à nous livrer une histoire humaine qui emprunte juste ce qu’il faut à l’Absurde, pour dépeindre la perte de l’innocence. Car, au-delà de la tragique ironie de la guerre, M. Constant nous parle de l’adolescence et de ses turpitudes, en nous prouvant que la sensibilité n’exclut point un brin de loufoquerie, bien au contraire !

 

Michel Constant signe une œuvre forte et poignante qui décrit sans manichéisme les horreurs de la guerre. Son récit aborde la question de ces enfants (Josef n’a que 16 ans !!) qui ont été engagés de force dans les rangs de l’armée allemande. Ils n’ont pas vraiment eu le choix. Pour eux, c’était soit très devenir adulte et tuer l’ennemi, sois mourir…Comme il est dit dans le film “Platoon”, “la première victime de la guerre est l’innocence”. C’est vraiment ce que démontre à merveille Michel Constant ici avec le destin tragique de trois frères et d’Emma, leur amour d’enfance qui a le seul tort d’être juive.

 

Le dessin n’est pas sans faire penser au dessin de Jérôme Jouvray (”Lincoln”, “L’idole dans la bombe”…). Un peu naïf, il permet de trancher avec l’ambiance très sombre du récit, sans jamais en enlever la force cependant.

Au final, “Rue des Chiens Marins” est une belle œuvre, tragique, mais pas sans espoirs, qui aborde un sujet forcément poignant. A lire.

 

INTERVIEW DE L’AUTEUR :

 

Nous le connaissions dessinateur. Nous découvrons aujourd’hui Michel Constant raconteur. Et il en a, des choses à dire ! Rue des Chiens marins  est en effet la somme de ses envies, de ses craintes et autres sujets de prédilection… C’est aussi et surtout la révélation d’un formidable auteur à part entière !

 

Il s’agit là de votre premier récit en solo…

 

Oui, mais pour moi, cela s’inscrit dans une continuité. Mes scénaristes et moi, nous avons toujours beaucoup travaillé le récit en amont. J’ai toujours su que j’en arriverais là, car j’ai toujours fait ce métier dans le but de raconter des histoires. Évidemment, on est toujours plus forts à deux… Cependant, j’ai appris à assumer mon propos et à ne plus avoir peur de le défendre sans pouvoir m’appuyer sur qui que ce soit.

 

Pourquoi avoir opté pour ce contexte de la Seconde Guerre Mondiale ?

 

J’ai 48 ans. Je fais partie de cette génération qui entendait les parents parler de la guerre. Les miens avaient 15 ou 16 ans, l’âge de mes héros. J’ai mis beaucoup de mon histoire familiale dans ce récit : les trois frères de la rue des Chiens marins sont mon grand-père et mes grands-oncles. Deux d’entre eux ont combattu en 1914-18. Le troisième avait un pied-bot. Plus tard, il s’est suicidé, par culpabilité de ne pas avoir pu se battre. C’est aussi, et avant tout, de cela que parle cette histoire. De la culpabilité des adolescents…

 

Vous avez choisi de situer le récit du côté allemand. Est-ce pour montrer qu’un gosse terrorisé en reste un, quelle que soit sa bannière ?

 

Aujourd’hui, on peut commencer à en parler. Le traumatisme, bien entretenu par Hollywood, est apaisé. Il n’y a bien sûr rien d’excusable, mais je tenais à dire que, oui, c’était avant tout beaucoup d’innocents - en tout cas d’ignorants. À deux ou trois arrangements près, j’aurais pu situer quasiment la même histoire dans un char américain au Vietnam. La vraie question, pour le héros, c’est : « Qu’est-ce que je fous là ? »

 

Cela dit, le huis-clos du sous-marin est intéressant. On n’y est pas en contact direct avec l’horreur. Par contre, il y a l’attente et la folie…

 

Pour moi, ce lieu complètement clos est une métaphore de l’adolescence. Le fait de faire apparaître ce phoque parlant me permet de mettre mon personnage au pied du mur, de me décaler pour dire ce que je pense. On peut se demander s’il est dingue ou non. Je ne donne pas de vérité. Les lecteurs choisiront. J’aime bien l’idée d’une fin ouverte…

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Rue des Chiens Marins

Michel Constant

Éditeur:

Les Editions du Lombard

Collection:

Signé

Pages:

64 p.

Format:

Album

Dimensions:

32.5 x 24.0 x 1.2 cm

ISBN:

9782803626588

EAN13:

9782803626588

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