BD : UNDER T. 1 > WHITE LADIES


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Bec & Raffaele

Éditeur : Le Lombard - Coll. Hors Collection

 

Sous terre, personne ne vous entendra crier…

 

De toutes les villes du monde, Megalopol est celle qui possède le meilleur système d’égouts.  Vaste, sophistiqué, et aussi hygiénique que faire se peut. Un tel exploit n’est possible que grâce à des hommes comme Wilson Jéricho, officier de la Sewer Police, qui y patrouillent quotidiennement, et en « nettoient » les endroits les moins reluisants, parfaitement conscients de l’envers d’un décor que personne ne veut voir. La tâche peut sembler ingrate pour un policier jadis tellement en vue. Mais les égouts de Megalopol sont son purgatoire personnel, loin des souvenirs traumatiques de la surface… Aussi est-il quelque peu réticent à y servir de guide touristique, fut-ce pour la charmante Sandra Yeatman, étudiante en biologie, venue chercher des spécimens de crypto-créatures, ces animaux modifiés par l’obscurité et la pollution. Ce qu’ils trouveront dépassera toutes les attentes de l’une, et toutes les craintes de l’autre…

 

Christophe Bec et Stefano Raffaele signent ici une histoire entre H.G. Wells et John Carpenter. Le scénariste de Bunker connaît bien les espaces clos. Il en tire ici un scénario qui n’élude aucun des aspects symboliques des égouts, lieu de la déjection où l’on enfoui tout ce que l’on ne veut plus voir, un peu comme le lieutenant Jericho et ses souvenirs… Stefano Raffaele, l’auteur de Pandemonium, donne corps à ces immenses espaces angoissants, et surtout à ces araignées mutantes, effrayantes à souhait. Une série prévue en deux tomes, qui marie réalisme et psychologie avec brio !

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Christophe Bec, Scénariste

 

Christophe Bec est né en 1969 sous le signe de la BD. Tout gosse, il a en effet appris à lire avec « Corentin », la fameuse série de P. Cuvelier. À 10 ans, cloué au lit par une mauvaise grippe, il trompe l’ennui grâce à de vieux « Astérix » découverts dans un placard chez ses grands-parents. Déterminé à ne jamais s’ennuyer, il entame en autodidacte un long apprentissage du dessin émaillé de succès tels que la nomination de son fanzine « Esquisse » au Festival d’Angoulême de 1990. Il entreprend ensuite des études artistiques dans cette ville et démarre une carrière de dessinateur. En 1997, il réalise la série « Zéro absolu » (scén. : R. Marazano) pour les éditions Soleil. À partir de 2001, il connaît ses premiers véritables succès critiques et publics (en Europe et aux USA) avec le triptyque « Sanctuaire » (scén. : X. Dorison) édité aux Humanoïdes Associés. Galvanisé, il peut dès lors concrétiser ses envies d’écriture de scénarios, sans toutefois abandonner le dessin. Avec le scénariste S. Betbéder, il réalise l’album « Anna » (Édit. La Boîte à Bulles) et co-écrit la trilogie « Carême » pour le dessinateur P. Mottura (Édit. Les Humanoïdes Associés). Capable de traiter de tous les sujets avec la même profondeur, la même sensibilité, Bec reste un grand spécialiste des ambiances confinées qui mettent les personnages face à eux-mêmes, face à leurs angoisses. S’il écrit beaucoup tant pour lui-même (« Bunker » avec S. Betbéder, « Le Temps des Loups »…) que pour d’autres (« Carthago » pour É. Henninot), il met toujours son talent de dessinateur au service des somptueuses couvertures de ses différents ouvrages. Prolifique, éclectique, Christophe Bec n’a pas fini de faire parler de lui. Pour preuve : « Under », nouvelle série d’anticipation éditée par Le Lombard où il retrouve le dessinateur Stefano Raffaele, déjà son complice dans « Les Collines de Waverly ».

 

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Raffaele Stephano

 

Stefano Raffaele est attiré par la fiction depuis sa plus tendre enfance : films, romans et bandes dessinées construisent son ambition de raconter des histoires en images. Passionné par les super-héros, il débute dans le 9e Art en créant, avec Ade Capone, la première série 100% italienne du genre. C’est assez logiquement qu’on le retrouve quelques années plus tard œuvrant pour la crème du genre, les Américains de Marvel et DC. De « Batman » à « Conan le Barbare », il aura eu l’occasion de mettre en planches la plupart de ses idoles de jeunesse. Il passe ses derniers à la moulinette de son style réaliste, produisant un intéressant mélange des genres, à une époque (les années 1990) où les comics ne sont que surhommes hypertrophiés et autres couleurs « photoshoppées ». Raffaele décide ensuite de revenir en Europe sans toute fois renier son passé. C’est en effet Marvel Italia qui publie sa série « Arkhain ». En 2001, il fonde le studio Quantumdream qui revendique une BD d’action intelligente, une approche qu’il concrétise dans « Fragile », une histoire d’amour déguisée en film gore. Il revient à ses premières amours le temps de quelques histoires courtes de « Hellboy » - excusez du peu - avant de rencontrer Christophe Bec dont la démarche scénaristique rejoint parfaitement ses ambitions. « Les Collines de Waverly », puis « Under » leur permettent d’explorer la « fiction de genre », sans jamais se départir d’une approche crédible et mature.

 

 

Revue de Presse /

Article publié le 15. juil, 2010 par Alex dans

BD - Comics, Critiques

« L’équipe du lieutenant Wilson Jericho est chargée d’accompagner Sandra Yeatman, une étudiante en zoologie qui cherche à prouver l’existence d’animaux mutants dans les égouts de Megalopol. Mais tapis dans les recoins sombres des égouts, un prédateur de cauchemar les guette (…) Bien que repère des Tortues Ninja, figurez-vous que les égouts ne dégorgent pas de reptiles mutants aux noms de peintres ritales, experts en arts martiaux et pratiquant un régime diététique hypercalorique exclusivement composé de pizzas (Pan continue, néanmoins, à nourrir cet espoir en caressant ses figurines…). Abritant par nature ce que l’on souhaite rejeter, ces souterrains nauséabonds ont inspiré moult légendes urbaines et n’ont pas franchement été gâtés par l’imagerie contemporaine : pénates du Pingouin dans Batman Returns (« What you hide, I discover. What you put in your toilet, I place on my mantle »), ils dégueulaient de Slime dans Ghostbusters 2 alors que des humanoïdes radioactifs et des Reaper (vampires sujets aux manipulations génétiques) hantaient respectivement ses couloirs dans C.H.U.D. et Blade 2. Antre du mal dans l’inconscient collectif, ce n’est pas avec Under qu’ils seront réhabilités en un lieu de villégiature atypique, puisque la lie de la société, des aligators albinos ou bien encore un étrange spécimen d’arachnide particulièrement agressif y ont élu domicile. Versé dans l’horreur pur sang, ce carnage en deux tomes est le premier effort du genre du Lombard et marche volontiers sur les traces sanglantes de Predator ou Alien.

Afin de ne pas se voir récaler à l’épreuve de vivisection, l’éditeur belge s’adjoint les services de deux docteurs Moreau. Désignés pour servir les victimes en pâture aux grosses bestioles : l’excellent Christophe Bec, auteur ayant déjà trempé sa plume à droite (Ténèbres), à gauche (Prométhée), série sur laquelle il enfile d’ailleurs la double casquette, puisque l’homme est également, et avant tout, un remarquable dessinateur) et Stefano Raffaele, qui a, quant à lui, fait ses armes chez DC et Marvel. Propice à la gaudriole involontaire (les AvP, une grosse partie des péloches d’Asylum et Nu Image, etc.), le genre n’est, en effet, pas des plus simples à autopsier. Aussi, à l’aune d’un reboot/relanch de la saga initiée par Mc Tiernan (lire la critique du récent Predators), Under a-t-il ingéré suffisamment de mutagène pour se métamorphoser en monstrueuse alternative au 7ème art ?

Quelque peu paradoxal au regard des ambitions horrifiques affichées, Megalopol et son système d’évacuation se parent d’influences esthétiques retro-futuristes qui évoquent plus les constructions des Cités Obscures que les illustrations de Giger (…) Tous les éléments sont désormais en place pour un second album qui devrait en toute logique faire la part belle aux carnages des créatures velues (pour la petite anecdote, Pan aime à appeler ses parties ainsi), étrangement bien peu présentes sur ce premier tome, et, donc, permettre à Raffaele de retrouver la barbaque démembrée qu’il affectionne (cf Loving Dead). »

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