L’IMPOSTEUR


imposteur

Damon Galgut

Ed. de l’Olivier

“Quelque chose, dans un secret, demande à être dit.”

 

Damon Galgut est un écrivain d’atmopshère (déjà dans “Un docteur irréprochable”). Il met ici en scène un homme entre deux âges, Adam, qui vient de perdre son travail. Recueilli par son jeune frère, Gavin, dont il réprouve la façon de vivre, il ne sait pas quelle direction donner à sa vie. Sur un coup de tête, il s’installe dans une vieille maison du bush sud-africain que Gavin a achetée, pour y écrire mollement des poèmes. Assez vite, il y souffre de solitude et l’aboulie règne. Il a bien un voisin un peu étrange mais il a du mal à sympathiser avec lui.

 

C’est alors qu’il rencontre Canning. Il n’a absolument aucun souvenir de lui mais apparemment ils étaient ensemble en classe. Petit à petit, il rythme sa vie sur ses week-ends avec Canning, sans réaliser que ce dernier l’entraîne dans un chemin pas très fréquentable…

 

Un rythme très lent, une ambiance désolée et quelque chose qui flirte avec la lisière de l’étrange contribuent grandement à nimber ce roman d’un  pouvoir hypnotique. Il faut se méfier des conseils qu’on donne à l’adolescence pourrait être la morale finale, dans l’intervalle, on se dépayse joliment. Rien de spécialement notable en apparence mais un ensemble très cohérent qui fonctionne bien. Adam est blanc et nanti dans un pays où les inégalités raciales ne sont pas réglées, et si lui a complètement perdu de vue cet aspect pour ceux qui l’entourent il a une sacrée importance. On peut aussi jouer à être malheureux avec toute la sincérité du monde…

 

Extrait :

“Le meilleur de sa vie, son apogée, était derrière lui, même s’il ignorait quand cela s’était produit. Il avait commencé à prendre en grippe les gens plus jeunes que lui, drapés dans des vêtements, des styles, des valeurs qui lui échappaient. Il finissait par ressembler au genre d’individu qu’il avait toujours redouté de devenir : mesquin, uniquement centré sur lui-même. Il voyait poindre une vieillesse habitée de petites obsessions, à mesure que son corps lâcherait, morceau par morceau, et que son sens de la tragédie se réduirait à l’échelle de sa vie. Sa compassion se contracterait, elle aussi, à mesure qu’augmenterait son intolérance. Déjà, il sentait ses opinions se recroqueviller sur elles-mêmes, autour d’un noyau dur de désapprobation endémique.”

 

Ed. de l’Olivier, 2010, 299 p.

Traduit de l’anglais (Afrique du Sud) par Hélène Papot

Titre original : The Impostor

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