L’AVENIR DU LIVRE (2) : CHRISTINE ALBANEL : «LE LIVRE EST UN SUJET POLITIQUE»


Christine Albanel est chargée de « faire entrer de plain-pied l’écrit dans le monde numérique ». Crédits photo : Le Figaro

L’ancienne ministre de la Culture explique dans une interview au FIGARO (Paris) les enjeux de sa mission sur le livre numérique.

 

Enguérand Renault interroge L’ancienne ministre de la Culture explique les enjeux de sa mission sur le livre numérique.

 

Extraits : LE FIGARO. - Quel est le sens de votre mission ?

 

Christine ALBANEL. - La mission que m’a confiée le premier ministre s’inscrit dans une double démarche. En France, le monde du livre est à un tournant : Frédéric Mitterrand a obtenu que l’État consente un effort de 750 millions d’euros en faveur de la numérisation du patrimoine écrit ; en parallèle, les acteurs privés de l’édition sont en train de définir une stratégie de diffusion de leurs catalogues numériques. Cette mission a pour objet de formuler des préconisations sur l’organisation de ce marché émergent, dans le respect du droit d’auteur. Le sujet, c’est : comment aider les uns et les autres à trouver leur place dans ce nouveau paysage et à s’entendre ? Au plan européen, il me revient de jouer un rôle d’ambassadrice afin d’expliquer les ambitions et les projets de la France, et de promouvoir Européana, que j’avais lancée, avec Viviane Reading dans le cadre de la présidence française. Après les analyses, les solutions proposées par les missions Zelnik et Tessier, et il y avait eu aussi les missions Patino et Gaymard, c’est le temps de l’action. Pour nous, le livre est un sujet politique. Il faut à la fois défendre l’essentiel, notamment le droit d’auteur et les équilibres de la chaîne du livre, tout en proposant une offre numérique abondante, accessible, bref, qui « tienne la route ». Et il n’y a pas de temps à perdre !

 

Quelle est votre position sur le prix unique du livre et la baisse de la TVA ?

 

La décision unilatérale prise à Noël par l’Espagne, qui exerce la présidence de l’Union européenne, de réduire à 4 % son taux de TVA sur les livres numériques, est un signal fort. C’est peut-être le moment de leur emboîter le pas, d’autant que la baisse de la TVA sur les biens culturels est défendue depuis des années par le chef de l’État ! N’oublions pas que la Suède avait abaissé sa TVA sur le livre audio, entraînant ensuite avec elle le reste de l’Europe… Sur l’extension de la loi sur le prix unique au livre « homothétique », version numérique du livre papier, j’y suis très favorable, et je pense même qu’il y a urgence pour que les libraires traditionnels, grands ou petits, trouvent leur place dans ce nouveau marché.

 

Apple va-t-il rafler la mise avec son « iSlate » ?

 

Non, parce qu’Apple a besoin de contenus pour l’iSlate, et ne peut se passer des ayants droit, auteurs et éditeurs. Évidemment, il ne faut pas arriver en ordre dispersé si l’on veut pouvoir peser et créer un rapport de forces face à des groupes comme Apple ou Google ! Aux éditeurs de ne pas rater le coche et de s’unir, notamment pour créer une plate-forme commune qui donne à l’offre française de livres numériques visibilité et attractivité, en particulier financière ! Contrairement à la musique, nous sommes encore en amont et nous avons des marges de manœuvre pour réagir. Ce qui suppose d’inventer des formats, des œuvres adaptées à l’édition numérique, à de nouvelles pratiques de lecture. Tout cela relève de l’initiative privée, mais la puissance publique peut aider, favoriser ces synergies car elle a des leviers en main : l’aide publique qui peut être apportée, sous conditions, à la numérisation privée, la loi sur le prix unique, l’action pour une TVA à taux réduit.

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