L’AVENIR DU LIVRE (1) : UN FRANÇAIS SUR CINQ PRET A LIRE SUR UN ECRAN


« Non, le papier n’est pas mort, et il semble même qu’aux yeux de l’opinion il a encore un large avenir  (…) Si le futur appartient donc aux nouvelles technologies, les maisons d’édition, comme les librairies traditionnelles, peuvent se rassurer. Le papier est loin d’être mort »

 

Le papier est mort : on nous l’annonce au moins dix fois par jour. Le Figaro littéraire a voulu en avoir le cœur net. Avec l’institut OpinionWay, nous avons sondé les Français sur ce thème, à l’appui de deux questions simples. La première : «Aujourd’hui, sur quel support lisez-vous le plus souvent un livre ?» Et la seconde interrogeait les Français sur leur comportement à l’avenir.

 

Mohammed Aissaoui analyse pour le FIGARO le sondage du Figaro littéraire :

« Si le plaisir de feuilleter des pages ne disparaîtra pas, 22 % des personnes interrogées s’imaginent à l’avenir lire un roman ou un essai sur ordinateur ou sur un e-book.

Premier constat, flagrant. Non, le papier n’est pas mort, et il semble même qu’aux yeux de l’opinion il a encore un large avenir. Ainsi, plus de neuf Français sur dix lisent aujourd’hui un livre dans sa version la plus classique : le bon vieux papier. Ce chiffre est très important, c’est la première fois qu’un institut de sondage «fige» enfin une image des supports de lecture du public âgé de dix-huit ans et plus. Bien sûr, c’est une pratique qui est amenée à évoluer. D’ailleurs, nous n’avons pas voulu en rester à ce constat actuel et avons posé une seconde question concernant l’avenir. Et c’est le deuxième constat, significatif : un Français sur cinq pense qu’il dévorera un livre autrement que dans sa version papier. En priorité via un écran d’ordinateur (11%) et un e-book (7%). 2% pensent qu’ils liront un roman ou un essai sur leur téléphone mobile, et autant par l’écoute d’un CD lu par un comédien. En revanche, il existe une large majorité rétive à toute idée de lire via un écran quel qu’il soit : 77% des Français s’imaginent dans les années à venir continuer à feuilleter encore des pages et des pages.

Ce sondage casse deux idées reçues : il n’y a presque pas de ­clivage générationnel. Et dans le domaine de la lecture, les femmes sont plus technophiles que les hommes (15% contre 8% d’hommes) !

Dernier constat, enfin. Les Français ne pensent pas en termes d’opposition - le papier contre le numérique. Non, on observe, suivant les réponses, que les différents supports cohabiteront sans trop de problème. C’est déjà le cas, aujourd’hui : un quart des personnes interrogées affirment qu’en deuxième support ils optent pour une lecture via un écran d’ordinateur, et qu’ils apprécient d’écouter un roman lu par un comédien et gravé sur un CD…

Si le futur appartient donc aux nouvelles technologies, les maisons d’édition, comme les librairies traditionnelles, peuvent se rassurer. Le papier est loin d’être mort.

 

Mais comme le souligne Isabelle Laffont, directrice des Éditions JC Lattès, la période est floue. Elle ajoute que, pour le moment, il n’existe pas un marché signifiant du livre numérique. Fait symptomatique, obtenir des chiffres de ventes du e-book relève du journalisme d’investigation. Ainsi la version numérique du Premier Jour et de La Première Nuit, les deux derniers romans de Marc Levy (un succès phénoménal en librairie) a été un flop commercial sous forme numérique. C’est le même constat pour tous les autres auteurs à succès. Cela n’empêche pas une véritable bagarre autour des droits numériques. Ainsi, pour Marc Levy, ce ne sont pas les éditions Robert Laffont -sa maison pour le «papier»- qui les détiennent. Côté «livres lus» (notre sondage montre qu’ils ont un certain avenir), Valérie Lévy-Soussan, directrice d’Audiolib, reconnaît que pour le moment «en France, le livre audio ne représente aujourd’hui que 1% du marché, contre 10% aux États-Unis. Mais nous connaissons un fort taux de croissance qui touche toutes les catégories d’âge». Le niveau des ventes est encore embryonnaire, autour de 4 000 à 5 000 exemplaires (on n’enregistre que des romans ayant dépassé les 100 000 exemplaires en librairie).

 

Le monde des lettres attend avec impatience l’iPad d’Apple - cette tablette numérique où l’on pourra aussi lire des livres -, on parle de «révolution». Pour l’écrivain et scénariste Jean-Claude Carrière, qui suit l’évolution du livre depuis un demi-siècle, les supputations ne servent pas à grand-chose. «L’avenir est toujours inattendu !».

 

LIRE AUSSI :

 

» DOCUMENT (pdf) - L’intégralité du sondage

http://www.lefigaro.fr/assets/pdf/Le%20Figaro%20Litteraire-%20Les%20Francais%20et%20les%20nouvelles%20pratiques%20de%20la%20lecture.pdf

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