AU CINEMA ET DANS LES LIBRAIRIES : LES CHEVRES DU PENTAGONE


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«Les chèvres du Pentagone», qui sort au cinéma et en librairie, relate les tests menés au sein de l’armée américaine.

Tenter de passer à travers un mur, faire exploser le cœur d’une chèvre en la regardant, espionner mentalement le monstre du Loch Ness ou neutraliser son adversaire en l’aspergeant de mousse collante sont autant d’expériences réalisées au sein de l’armée américaine.

 

Jon Ronson, journaliste au Guardian, a mené une enquête sur les intérêts pour le paranormal de l’US Army. Il en a tiré un livre stupéfiant, LES CHEVRES DU PENTAGONE (Presses de la Cité, 2010), adapté aujourd’hui au cinéma.

 

REVUE DE PRESSE :

Quand les GI expérimentent le paranormal

Par Caroline Stevan / LE TEMPS (mercredi10 mars 2010)

 

« Tout commence en 1977: le lieutenant-colonel Jim Channon, rentré du Vietnam avec un stress post-traumatique, ressasse les échecs de ses troupes en Asie. Il décide de parcourir la côte Ouest à la recherche d’idées, de pratiques et d’innovations technologiques qui sauront rendre les GI meilleurs. La guérison psychique, les échanges d’énergies et les mélodies subliminales font leur entrée dans l’armée. A partir d’entretiens, souvent absurdes et hilarants, le reporter remonte le fil et dévoile comment les divagations de quelques hurluberlus pris dans l’ambiance des années 1970 aboutiront finalement à tout un arsenal et à des méthodes de torture utilisées en Irak et à Guantanamo. Une vaste bouffonnerie?

«Je n’ai jamais entendu parler de ça, reconnaît Gérard Chaliand. Les armées ne sont pas faites pour mener des expériences paranormales mais pour gagner des guerres. Le reste n’est que perte de temps.» Le spécialiste des conflits armés reconnaît cependant que les premiers chercheurs à avoir travaillé sur les drones sont passés pour des dingues.

Ancien pilote de chasse tricolore et désormais directeur de recherche à l’Institut de relations internationales et stratégiques, à Paris, Jean-Vincent Brisset se montre moins sceptique: «Les militaires américains ont toute une structure donnant dans le compliqué et l’original, chargée de se projeter dans l’imaginaire. Ce sont des projets secrets, dont les budgets ont été noirs pendant longtemps. On y trouve des avions qui ne voleront jamais ou des expériences de transmission de pensée entre un soldat dans un sous-marin et un autre à terre. Il y a là une énorme quantité d’études dont très peu aboutissent. Cela se termine souvent avec deux types au fond d’un labo à qui l’on dit après six mois «rentrez chez vous, il n’y a plus de budget.»

Pour le chercheur, nombre de tests sont d’ailleurs menés uniquement dans le but de prouver qu’ils ne fonctionnent pas. Mais certains domaines intéressent réellement les hauts gradés. «Tout ce qui est fakir ou sadou - c’est-à-dire résistance à la douleur et à la fatigue - interpellent évidemment les armées. La France effectue une foule de recherches sur le sommeil et grâce à des pilules, les soldats tiennent désormais quarante-huit heures sans dormir», souligne encore Jean-Vincent Brisset. Une expérience menée dans les années 1980 par l’armée française, et corroborée par une étude américaine, a ainsi permis d’établir que le rythme le plus naturel pour l’homme, une fois affranchi de la lumière du soleil, est quatorze heures de sommeil et trente-quatre heures de veille. Pour le déterminer, des cobayes ont été installés dans un pavillon sans fenêtre mais muni de pendules, dont on accélérait ou ralentissait le rythme sans les en informer. «Cette observation a permis de montrer que l’on pouvait sortir du cycle du soleil. Des questions nouvelles se sont alors posées sur la pertinence de maintenir des quarts dans les sous-marins par exemple», raconte encore l’ancien pilote (…) L’autre champ d’expérimentation largement évoqué dans Les chèvres du Pentagone est celui des armes non létales. Et si Jim Channon a pu imaginer attendrir ses ennemis avec une musique d’ambiance, les prisonniers de Guantanamo et d’Abou Ghraïb ont réellement été suppliciés à l’aide de variété américaine passée en boucle et très fort. En Somalie, la mousse collante - une matière projetée au pistolet et durcissant immédiatement - a été utilisée pour freiner des émeutiers. Les possibilités sont multiples et tiennent à la fois des comics, de James Bond et de l’Inspecteur Gadget: filets à la Spiderman, pistolet à superglue, grenade à son et lumière uniquement, fluides figeant les carburants ou dissolvant les métaux… «Dans le monde actuel, les Etats ne se font plus vraiment la guerre et n’ont plus envie de tuer, relève Jean-Louis Dufour, ancien officier et maître de conférences en polémologie à l’Ecole militaire de Saint-Cyr. On cherche à faire le moins de morts possible, on ne tire plus dans le tas comme auparavant, d’autant que les foules mêlent souvent civils et miliciens armés. Cela explique la multiplication des recherches dans le domaine des armes non létales. On appelle ça le génie militaire ». »

© 2009 Le Temps SA

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