EXPO. « SAINTE RUSSIE : L’ART RUSSE DES ORIGINES A PIERRE LE GRAND » : L’EPOPEE RUSSE !


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Le Louvre présente des pièces rares retraçant l’histoire de l’ancienne Russie et de son iconographie.

Sainte Russie : L’art russe des origines à Pierre le Grand

Musée du Louvre, 75001, jusqu’au 24 mai,

tous les jours sauf mardi, de 9 heures à 18 heures, 20 heures le samedi, 22 heures les mercredis et vendredis,

Rens. : www. louvre.fr

 

Excellente critique de l’exposition par Jean-Pierre Perrin pour Libération (10/03/2010).

Extraits : « Comme il fallait inaugurer de façon magistrale l’année de la Russie en France, le Louvre, où pourtant l’art ancien russe est presque totalement absent, offrait un cadre plus solennel. L’exposition «Sainte Russie» permet de découvrir 400 pièces exceptionnelles, dont la plupart n’avaient jamais quitté la terre russe. Pas moins de 26 établissements patrimoniaux russes - mais aussi des musées français, allemands, danois… - ont prêté des œuvres. «Cela n’avait jamais été fait, même en Russie», a rappelé Henri Loyrette, le président-directeur du Louvre.

Ténèbres. Les historiens divisent la Russie en deux périodes bien distinctes. Celle d’avant Pierre le Grand et celle d’après. La seconde est bien connue : c’est celle de l’entrée dans la modernité, avec l’ouverture sur l’Europe, l’aggiornamento à marche forcée de l’Etat, la fondation de Saint-Pétersbourg et l’appropriation de l’art occidental. C’est aussi l’irruption des Lumières et, à partir du XIXe siècle, soit très tardivement au regard du reste de l’Europe, la naissance de la grande littérature, de la musique et de la peinture russes. La première période est moins célèbre, et elle est souvent confondue avec une longue période sombre faite de drames très noirs, voire une plongée dans les ténèbres, à l’image du règne d’Ivan le Terrible, à partir de 1547. L’exposition montre que cette vision est réductrice.

Pour un œil avisé, elles relatent quantité d’événements, ces icônes et peintures religieuses à la tempera sur bois de tilleul, mêlant l’histoire locale à la grande histoire, à la manière d’une bande dessinée narrative ; comme le montre bien le Miracle de la Vierge du signe, qui rend compte de la bataille des Novgorodiens contre les Souzdaliens. Ce qu’elles racontent, à leur manière, c’est l’histoire de la chrétienté en Russie depuis la fin du Xe siècle - quand le prince Vladimir de Kiev reçoit le baptême, suivi par son peuple qui s’immerge dans le Dniepr -, puis son expansion et sa magnificence, notamment lorsque Moscou, après la disparition de l’empire byzantin, sera consacré «Nouvelle Jérusalem», puis «Troisième Rome», précisément sous Ivan IV.

Au départ, le christianisme russe apparaît comme un rameau de l’Eglise grecque par ses usages, sa liturgie, les formes naissantes de monachisme. Dès lors, les premiers chefs-d’œuvre de l’art russe «donnent une nouvelle province à l’art byzantin», comme l’analysent Jannic Durand et Tamara Igoumnova, les commissaires généraux de l’exposition. «Toutefois, précisent-ils, l’Occident n’est pas totalement ignoré.» Les princes ont toujours un œil tourné vers l’Europe. C’est ce qui aidera cet art religieux à être bien davantage qu’une copie ou «une prolongation de la tradition byzantine» et à conquérir assez vite une relative autonomie. L’art roman viendra ainsi l’enrichir. Après tout, l’Europe circule déjà à travers cette ancienne Russie, qui attire aussi bien les Vikings que les marchands juifs ou germaniques - un denier de Strasbourg datant de l’an mil a même été trouvé à Novgorod (…) Dans la Vierge de la Tolga (fin du XIIIe siècle), sans doute l’un des sommets de l’exposition, on voit déjà se glisser quelques parentés italiennes. L’icône appartient au type de la «Vierge de tendresse», très répandu dans l’art byzantin aux XIe et XIIe siècles, qui célèbre l’amour de Marie pour son fils. La tendresse, qui se manifeste par la joue de la mère trouvant celle de l’enfant, est bouleversante. Toute l’iconographie est byzantine, mais les lignes sinueuses des drapés et le trône ajouré rappellent les peintres du Duecento. Au final, l’œuvre est bien russe, ne serait-ce que par ses aplats de couleurs franches, vives, soutenues - d’une grande modernité. L’art ancien russe, c’est souvent la force de la couleur. Les rouges sont intenses, les verts profonds, avec de fins réseaux de rehauts d’or. Les icônes inspireront Matisse, Chagall et Malevitch. »

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