POLEMIQUE AUTOUR DU NOUVEAU LIVRE DE ELISABETH BADINTER SUR LA MATERNITE AU XXIe SIECLE : « LA FEMME REDUITE AU CHIMPANZE »


badinter

Le nouveau livre d’Elisabeth Badinter est paru ce 11 février chez Flammarion et fait déjà polémique.

 

Dans «Le Conflit, la femme et la mère», expose LE TEMPS, « la philosophe féministe française dénonce une offensive réactionnaire faisant de la maternité le Saint-Graal de la femme. Elle parle de «guerre idéologique souterraine», de «retour en force du naturalisme», de «culpabilisation des mères». Pour avoir observé les femmes autour d’elle (…) épluché les recommandations de certains pédiatres et des théoriciens de «l’instinct maternel», décortiqué le féminisme, Elisabeth Badinter décrit l’émergence d’un nouveau modèle, qui fait de la maternité le cœur de l’identité féminine ».

Et affirme notamment que « les sociétés oublient que les femmes possèdent une petite bombe atomique: celle de ne pas faire d’enfant. En Allemagne, Italie, Espagne, quand la société fait peser sur les épaules de la femme tout le poids de la maternité sans l’aider, les femmes font moins d’enfants ou pas du tout ».

 

Extraits de l’interview de Elisabeth Badinter par Charlotte Rotman pour LE TEMPS (Genève) :

« La crise économique a rendu le travail plus dur, plus précaire, plus stressant. Les femmes sont les premières touchées: elles ont fait des études, cherchent du travail, sont sous-payées et jetables comme des Kleenex. C’est l’origine du bouleversement. Dans les années 1990, la droite a proposé une allocation maternelle qui a renvoyé les femmes à la maison avec comme seul potage un demi-SMIC [en France, le salaire minimum horaire au-dessous duquel aucun salarié ne peut être payé]. En même temps, on a assisté à la remise en cause du consumérisme. L’idée s’est imposée qu’on faisait fausse route dans la course aux ambitions inutiles et qu’une autre vie, plus conforme à la nature, était possible. Beaucoup de femmes ont été sensibles à ce discours. Et se sont dit: «Et si je prenais comme objectif de m’occuper de mon petit enfant, bref, d’être la mère idéale?» Cela s’accompagne d’une critique générale du progrès scientifique, de la science «vendue à l’industrie». On s’est également précipité pour instaurer un principe de précaution. Tout cela a engendré de nouveaux comportements, de nouvelles peurs, propices à un retour aux fondamentaux (…)

« Selon vous, ce contexte a favorisé l’idéologie de la nécessité

de l’allaitement maternel ? » demande LE TEMPS :

« On est passé de: «Vous avez le droit» d’allaiter, à «Vous devez». Les pressions d’ordre moral ont remplacé un choix légitime, sous la houlette de la Leche League (*). Je pense que la philosophie naturaliste au nom de laquelle on impose cela est dangereuse. Car elle ne laisse plus de place à l’ambivalence maternelle. Elle impose une conception unifiée des femmes. Nous pouvons toutes, nous devons toutes faire la même chose. C’est une réduction de la femme au statut d’une espèce animale, comme si nous étions toutes des femelles chimpanzés. Puisque c’est la nature qui l’impose: nous avons les mêmes réactions, les mêmes devoirs. La liberté de dire non est évacuée. Pour la Leche League, il n’y a pas de prétexte recevable pour refuser d’allaiter, il faut persister. Il n’y a jamais aucun motif de dire non » (…)

Elisabeth Badinter dénonce aussi une «offensive naturaliste» menée par une «sainte alliance des réactionnaires» et « la maternité écolo » :

« Il y a une coagulation de l’écologie, de la Leche League, du féminisme naturaliste et du discours des spécialistes du comportement qui s’appuient les uns sur les autres. Le plus intéressant est de voir comment les militantes de la Leche League et les féministes différentialistes se sont retrouvées pour revaloriser la maternité, et en faire le cœur de l’identité féminine. Ces féministes veulent construire une société plus apaisée grâce aux vertus maternelles, dont les valeurs sont opposées au machisme. Les militantes de la Leche League pensent que la femme est naturellement mère, c’est donc un retour à une tradition millénaire. Mais les deux mouvements ont fait un bout de chemin ensemble et se sont emparés des théories du «lien» qui donnent aux hormones du maternage un rôle déterminant. Pour eux, l’amour maternel est la conséquence de nos hormones (…) Le meilleur exemple est celui des couches jetables. C’est tout à fait révélateur d’un état d’esprit que je redoute. [L'ancienne secrétaire d'Etat française à l'Ecologie, actuellement secrétaire d'Etat à la Prospective et au Développement de l'économie numérique] Nathalie Kosciusko-Morizet a proposé une taxe sur les couches jetables, sans se soucier du travail que cela impose aux mères. Et contrairement à ce que pense Cécile Duflot [la secrétaire nationale des Verts français], ce ne sont pas les hommes qui vont se précipiter en rentrant du travail pour aller mettre les couches à la machine. De même, il y a une méfiance vis-à-vis de la péridurale comme si, en ôtant la souffrance, elle ôtait la valeur authentique et originelle de la naissance. La pilule est mal vue, car elle contrecarre un processus naturel. De même, il faut donner à l’enfant les fruits de la nature, lui épargner l’artificiel, le chimique, comme le lait artificiel ».

 

 

 

 

___________________

 

(*) La Leche League (ligue du lait, en français) est une association fondée il y a plus de cinquante ans par des mères de famille de la banlieue de Chicago (Etats-Unis) désireuses de faire partager leur expérience positive de l’allaitement. Présente en France depuis 1979, elle informe et soutient les allaitantes.

Les commentaires sont fermés.

Your server is running PHP version 4.4.9 but WordPress 4.0 requires at least 5.2.4.