REVUE DE PRESSE : « MAUVAIS FILM SUISSE » POUR LE CINEASTE ROMAN POLANSKI !


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Revue de Presse / 28.09.2009

Une affaire qui fait du bruit et qui sera sans aucun doute l’une des polémiques majeures de la rentrée :

« Mauvais film suisse pour Roman Polanski » titre Le Temps. « L’annonce de l’arrestation du cinéaste Roman Polanski à son arrivée à Zurich samedi a fait l’effet d’une bombe. Stupéfaction, consternation, incompréhension: les réactions étaient violentes, dimanche, en Suisse et à l’étranger, écrit Le Temps (Genève).

Une affaire de mœurs vieille de plus de trente ans a fini par rattraper le fameux cinéaste franco-polonais en Suisse, où le Festival du film de Zurich voulait lui rendre un hommage appuyé pour l’ensemble de son œuvre si souvent récompensée par les plus grandes distinctions internationales. La police zurichoise a exécuté un mandat d’arrêt international lancé contre Polanski par la justice américaine pour un délit sexuel contre une mineure qui remonte à 1977. Les faits qui lui sont reprochés ne sont pas prescrits aux Etats-Unis. Le cinéaste risque la prison (…) Pouvait-on manquer à ce point de sensibilité pour ne pas anticiper le tollé que cette arrestation allait provoquer et les dégâts d’image qu’elle ne manquerait pas d’entraîner? Car Roman Polanski n’est pas n’importe quel fugitif. Son œuvre a touché le monde entier. Que l’on pense à son film Le Pianiste, qui fait le récit bouleversant de la survie d’un musicien dans le ghetto de Varsovie? Roman Polanski, aujourd’hui âgé de 76 ans, a survécu lui-même au ghetto, à l’assassinat de sa première épouse par un serial killer puis à un lynchage médiatique après cette malheureuse aventure qu’il a eue un soir de l’année 1977 avec la fille, mineure, d’une actrice américaine (…) En 1978, il était déjà une star du show-bizz quand il a fui en Europe pour ne pas être embastillé. Il a ensuite vécu pour l’essentiel en France et en Pologne, dont il est titulaire des deux nationalités, avec la garantie de ne pas être livré à la justice américaine. Polanski, qui a appris la vie dans la rue, a toujours vécu comme un battant. Le fait d’être poursuivi par les autorités américaines ne l’a ni freiné, ni empêché de mener la brillante carrière artistique que l’on sait. Polanski était déjà venu en Suisse, sans jamais être inquiété. Gstaad est un point de chute où il a plusieurs fois été vu. Lors de ces précédents déplacements, les autorités suisses en ont eu connaissance trop tard pour agir à temps, expliquait hier Eveline Widmer-Schlumpf. Sa venue à Zurich pour l’ouverture du Festival de cinéma était au contraire annoncée depuis plusieurs semaines. Elle a permis à la machine judiciaire de resserrer son étau sur le réalisateur, sans que personne se doute de rien »

Le cinéaste franco-polonais a donc fini par se faire piéger à Zurich, sous le coup d’un mandat d’arrêt international pour une affaire de détournement de mineure. Vers une nouvelle affaire d’Etat à gérer pour notre gouvernement?

«L’arrestation de Roman Polanski en Suisse annonce une bataille devant les tribunaux de Los Angeles sur la pertinence de son extradition», avertit L’Express, relayant aussi les propos du ministre français de la Culture, Frédéric Mitterrand, [qui] a fait part de sa «stupeur» et [...] a précisé que Nicolas Sarkozy et lui-même souhaitaient que [le cinéaste] soit libéré rapidement.»

“Tout ça n’est pas très joli”, a déclaré lundi le ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, sur France Inter. “Avec le ministre des Affaires étrangères polonais, nous avons écrit à Hillary Clinton”, a-t-il annoncé.

“C’est un peu sinistre cette histoire, franchement un homme d’un tel talent reconnu dans le monde entier, reconnu dans le pays qui l’arrête. Tout ça n’est pas sympathique”, a souligné le chef de la diplomatie française.

Dimanche, le ministre français de la Culture, Frédéric Mitterrand, a fait savoir que le président Nicolas Sarkozy suivait ce dossier “avec la plus grande attention” et souhaitait “une résolution rapide de la situation”.

Pour Frédéric Mitterrand, “de la même manière qu’il y a une Amérique généreuse que nous aimons, il y aussi une certaine Amérique qui fait peur, et c’est cette Amérique-là qui vient de nous présenter son visage”.

Et le site de TF1 de proposer une «belle affiche» pour ce mauvais film: «Costa-Gavras, Wong Kar-Wai, Fanny Ardant, Monica Bellucci, Abderrahmane Sissako, Tony Gatlif, Jean-Jacques Beineix, Bertrand Tavernier… Par le biais d’une pétition, des cinéastes et artistes du monde entier dénoncent «le traquenard policier» [...] et exigent sa «remise en liberté immédiate».»

“Je ne parviens pas à croire que vingt ans après une affaire qui serait considérée en Europe comme prescrite, les autorités suisses arrêtent Roman Polanski”, a déploré l’ancien ministre de la Culture, Jack Lang. “Cet acte paraît inimaginable et disproportionné”.

Invité sur Europe 1, le réalisateur Costa-Gavras s’est insurgé contre l’arrestation de son ami.

“Il n’y a pas de viol dans cette histoire. A Los Angeles, les metteurs en scène, les réalisateurs sont entourés de très beaux jeunes hommes et jeunes femmes qui sont grands, blonds et bien bronzés”, a-t-il fait valoir. Pour lui, Samantha Geimer, “sur les photos elle fait 25 ans” et non 13.

“On ne peut pas arrêter un homme de cette qualité trente ans après une histoire qui a été rabâchée partout et par tout le monde”, a estimé le cinéaste.

Plusieurs cinéastes polonais, dont Andrzej Wajda, ont aussi appelé dimanche les dirigeants polonais à intervenir en sa faveur, relève Le Nouvel Observateur: «Nous avons écrit une lettre au ministre des Affaires étrangères (Radoslaw Sikorski) et au président (Lech Kaczynski) demandant d’intervenir au plus haut niveau.» Alors que la Neue Zürcher Zeitung, elle, décrit les «hochements de tête fâchés» et les «regards de colère» qui se sont succédé dans les couloirs du Festival du film de Zurich.

«Les réactions d’indignation ont succédé à la stupeur», précise Le Parisien, car «hier soir, les raisons de l’application, aussi soudaine qu’inattendue, de ce mandat d’arrêt, demeuraient floues». Et d’évoquer le film présenté à Cannes en 2008, Roman Polanski: Wanted and Desired, un documentaire de Marina Zenovich, qui revient sur l’affaire de mœurs et dont le quotidien français propose la bande-annonce. Reste qu’«en coffrant Polanski, la Suisse choque», relève 24 Heures: «Du côté des milieux cinématographiques, c’est la consternation. «Un scandale culturel et juridique», commente Christian Frei, cinéaste et membre de l’Association suisse des scénaristes et réalisateurs de films [...]. Tout le monde savait qu’il viendrait. On profite de cet hommage pour une farce judiciaire. Que se passe-t-il dans ce pays? En plus, l’affaire de mœurs à l’origine de tout cela n’a rien de mystérieux. Toutes les biographies en font état.»

«Le monde du cinéma est sous le choc» pour France Info, qui propose plusieurs sons sur le tollé suscité, à propos duquel Le Matin de Lausanne prétend qu’il est «difficile de ne pas faire le rapprochement» avec l’affaire UBS: «La Suisse a-t-elle voulu faire plaisir aux Etats-Unis, au risque d’un excès de zèle qui n’améliore guère son image de marque à l’étranger? C’est en tout cas la thèse de l’UDC. La Suisse a agi comme le «bras armé» des Etats-Unis, a estimé hier son président, Toni Brunner. Mais l’Office fédéral de la justice (OFJ) dément avoir voulu autre chose que le respect de la loi.» D’ailleurs, c’est ce que réclame le Tages-Anzeiger: «Justice pour Polanski»! De même que la Gazeta Wyborcza: «Libérez Polanski!» Vous lisez le polonais? Google Actualités a également écumé les journaux de Varsovie à Cracovie, scandalisés eux aussi.

Une affaire qui risque de «tourner à la bagarre diplomatique», écrit le Times de Londres. Pour Yves Thréard, dans son blog hébergé par Le Figaro, «l’indignation manifestée en Pologne, pays d’origine du cinéaste, et en France, son pays d’adoption, est vive». Il se demande d’ailleurs, dans un savant amalgame, ce «que va faire la Suisse qui, décidément, n’est plus ce qu’elle était. Perdrait-elle sa neutralité? Paradis fiscal, elle n’est plus: elle donne même les noms des contribuables étrangers venus se cacher chez elle. Un accord d’extradition de longue date existe entre la Suisse et les Etats-Unis, donc Polanski peut être légalement transféré outre-Atlantique. La Suisse est-elle dans une période où elle a intérêt à s’acheter une nouvelle conduite vis-à-vis de l’Amérique? On peut se poser la question.»

Voilà qui «pourrait rapidement empoisonner les relations entre la France d’un côté, les Etats-Unis et la Suisse de l’autre», craint pour sa part Le Journal du dimanche, après avoir appris dimanche soir, via le Los Angeles Times, que l’arrestation «était planifiée depuis la semaine dernière par le parquet» de la cité des Anges. Elle a eu lieu, s’indigne le directeur de la Cinémathèque française, Serge Toubiana, sur son blog, «dans un pays neutre où il circulait et croyait pouvoir circuler librement jusqu’à ce jour». Conclusion: c’est «une atteinte à cette tradition: elle ouvre la porte à des dérives dont nul aujourd’hui ne peut prévoir les effets».

«J’ai beau me creuser la tête, tenter de comprendre les motivations des Etats-Unis et de la Suisse. Non, rien à faire. Je ne comprends pas», écrit pour sa part LeBuzz. info dans un coup de gueule. «De tous les pays, renchérit le Washington Post, pourquoi est-ce la Suisse - traditionnelle gardienne des comptes bancaires secrets des criminels internationaux et des dictateurs corrompus - qui a décidé d’arrêter» le cinéaste? Pauvre Confédération, qui va à nouveau avoir du fil à retordre…

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