FORUM DE VALDAI : “RUSSIE-OCCIDENT: RETOUR VERS LE FUTUR”


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Le Forum de Valdaï a été institué en 2004 par l’agence RIA Novosti avec le Conseil pour la politique étrangère et de défense, le journal Moscow Times, les magazines “La Russie et la politique mondiale” et “Russia Profile”. Chaque année, il rassemble des dizaines d’analystes politiques de différents pays et aborde des thèmes destinés à permettre aux participants étrangers de mieux comprendre la Russie.

Ce 11 septembre 2009, réuni avec les participants du club international de discussions Valdaï, le premier ministre russe Vladimir Poutine a fait part des frustrations et des espoirs de la Russie vis-à-vis de l’Occident, dont les relations oscillent entre frustration et foi dans un tournant réel.

Placée sous le thème “Russie-Occident: retour vers le futur“, avec un meeting central en compagnie de Vladimir Poutine sur le thème “New European Architecture“, cette sixième réunion du club s’est tenue à huis clos sous l’égide de RIA Novosti et du Conseil pour la politique étrangère et de défense de Russie. Elle associe des représentants de 16 pays, réunis à bord de deux bateaux voguant sur le fleuve Lena, en Sibérie.

Au lendemain d’une visite du président vénézuélien Hugo Chavez à Moscou au cours de laquelle ce dernier a reconnu l’indépendance de l’Ossétie du Sud et de l’Abkhazie, et décrété la “mort du monde unipolaire“, RIA Novosti a interrogé différents participants de la rencontre pour tenter de faire le point sur les relations russo-occidentales.

Aux yeux d’Alexandre Adler, du Figaro, la première impression est celle d’un “agacement” envers l’Occident, principalement envers les Etats-Unis. Sans langue de bois, le premier ministre a dit attendre de constater des “démarches américaines concrètes” suite à l’élection de Barack Obama, qui à elle seule ne suffit pas à marquer un tournant dans les relations.

Cet “agacement” est notable sur la plupart des dossiers liant Russie et Occident, qu’il s’agisse de l’adhésion à l’Organisation mondiale du commerce, à laquelle Moscou à renoncé à titre individuel au profit d’une adhésion groupée avec Minsk et Astana. “Agacement” de nouveau face aux difficultés rencontrées par la Russie afin de devenir partenaire d’EADS en vue de la construction de matériel à caractère militaire, une question réglée de façon peu équitable aux yeux de M. Poutine.

Malgré un “réel optimisme” lié à la reprise de la croissance et aux énormes potentialités du pays, une frustration perdure donc en Russie vis-à-vis de l’Occident.

LA POSITION RUSSE SUR LE DOSSIER IRANIEN N’EST PAS CELLE DE L’OCCIDENT

Révélatrice, la position du chef du gouvernement russe sur les questions explosives comme l’Iran.  Le premier ministre se refusant à renier ses relations avec Téhéran. Pour Moscou, l’Iran a droit au programme nucléaire (député iranien)

Moscou estime que l’Iran est en droit de développer son programme nucléaire à condition qu’il ne présente pas de danger pour la communauté internationale, a indiqué le député au parlement iranien et membre du club de discussion Valdaï Mehdi Sanai.

Le premier ministre russe a annoncé qu’il ne fallait pas priver l’Iran de son droit de développer un programme nucléaire. Mais ce projet doit être purement économique et sans danger pour la communauté internationale. Dans ce cas là, on peut poursuivre les négociations à ce sujet, selon Vladimir Poutine. Et la Russie sera même prête à trouver des solutions permettant à l’Iran de promouvoir son nucléaire civil“, a indiqué M.Sanai, expert iranien de la Russie et de l’Europe de l’est, à l’issue d’une rencontre de quatre heures avec le premier ministre russe Vladimir Poutine.

Déçu que les Etats-Unis n’aient pas tenu leurs promesses d’intensifier la coopération dans la lutte antiterroriste après le 11 septembre, M. Poutine a toutefois fait un éloge inattendu des services secrets français qui ont entretenu des relations intenses avec la partie russe sur ce dossier.

POUTINE L’EURASIEN !

Thomas Gomart, directeur du Centre Russie/CEI à l’Institut français des relations internationales (IFRI), a quant à lui noté la position “relativement critique” de M. Poutine à l’égard des Etats-Unis, celui-ci semblant plus enclin à tendre la main à l’Europe et à la Chine.

Les politologues chinois saluent, eux, la volonté de la Russie de développer l’axe “oriental” de sa politique étrangère toute en en préservant l’axe “occidental”, a annoncé à RIA Novosti le directeur des études russes de l’Université Normale de Chine de l’est, Feng Shaolei.

Vendredi, l’expert a pris part à une réunion du club international de réflexion Valdaï.

Nous avons appris avec beaucoup d’intérêt l’opinion de M.Poutine sur le “vecteur oriental” de la politique étrangère russe. Mais le “vecteur occidental” sera développé également. Nous apprécions cette manière stratégique de réfléchir“, a expliqué le politologue.

La Russie jouera ainsi un rôle très important entre l’Orient et l’Occident“, a-t-il fait observer.

Pendant les réunions du club, a poursuivi l’expert, Vladimir Poutine a laissé clairement entendre que dans sa politique extérieure, la Russie accorderait une grande attention au développement des liens dans les deux directions, témoignage, d’après Feng Shaolei, de la dimension stratégique de la politique étrangère eurasiatique russe.

L’HISTOIRE N’A PAS VOCATION A COMPLAIRE AUX HOMMES POLITIQUES (POUTINE)

Homme politique aguerri, M. Poutine est bien déterminé à défendre les intérêts de la Russie, au sein d’un tandem “d’une grande solidarité” avec le président Dmitri Medvedev.

Le premier ministre Vladimir Poutine juge contreproductives les tentatives visant à défigurer les événements historiques pour servir les intérêts de certaines forces politiques modernes. Il évoque ainsi la réhabilitation des fascismes baltes, ukrainiens et polonais, avec la complicité de l’UE et de l’OTAN.

Les tentatives de défigurer les problèmes historiques pour servir certaines forces politiques modernes dans tel ou tel pays sont contreproductives. En fait, il s’agit d’exploiter dans un but intéressé les problèmes de notre histoire commune“, a déclaré M.Poutine.

Selon M.Poutine, un débat sur l’héritage historique a été au centre de sa visite en Pologne (*) le 1er septembre dernier, au cours de laquelle le premier ministre russe a pris part aux manifestations consacrées au 70e anniversaire du déclenchement de la Seconde Guerre mondiale.

Interrogé par l’ex-premier ministre polonais Leszek Miller sur la manière dont M.Poutine envisageait une normalisation entre Moscou et Varsovie, le premier ministre russe a répondu que la Russie n’était pas opposée à une nouvelle analyse des événements qui s’étaient produits en Europe à la veille de la guerre.

Seulement, nous voulons que les conclusions soient objectives et que cette objectivité nous aide à surmonter nos griefs mutuels et à aller de l’avant main dans la main“, a indiqué le premier ministre russe.

(*) Note :

Lors de sa visite en Pologne, laquelle a tenu en haleine toute l’Europe, Vladimir Poutine a de nouveau réjoui l’opinion publique par une des propres  métaphores. Le premier ministre russe a comparé l’histoire au “vieux pain moisi” d’où certains cherchent à “extraire pour eux les raisins secs en laissant toute la moisissure à une seule des parties“.

« Dans un style imagé qui lui est propre, le chef du gouvernement russe a formulé le principe de l’attitude envers l’histoire, principe qui concerne  l’ensemble du monde postcommuniste, de Gdansk à Kouchka et de Tirana à Vladivostok. Il consiste en ce que la mémoire historique est un instrument inaliénable de la politique contemporaine. Chaque peuple a sa propre interprétation des événements historiques. Et tous sont occupés à se construire une nouvelle identité en s’appuyant sur l’élément très important qu’est l’interprétation du passé, analyse Fedor Loukianov, rédacteur en chef de la revue “Rossia v globalnoï politike” (La Russie dans la politique globale). Les sujets historiques qui, de l’Oder a l’Ouest, deviennent rarement objets  de discussion au niveau politique le plus élevé, se transforment sans cesse, dans l’espace postcommuniste, en sources d’âpres controverses interétatiques. Le désir d’”extraire les raisins secs”, c’est-à-dire de ne monter en épingle que ce qui est avantageux du point de vue politique au moment donné, est une tendance dangereuse. L’indulgence manifestée par les grands pays européens envers les exercices historiques des Etats qui ont secoué le joug à la charnière des années 80 et 90 du siècle dernier est lourde de graves conséquences ».

En reconsidérant les événements ayant trait à la Seconde Guerre mondiale, il est difficile de s’arrêter. Toutes les décisions cruelles et cyniques adoptées à cette époque-là avaient leurs bénéficiaires et, parmi eux, pas seulement les régimes totalitaires. La tentative de mettre les points sur les “i” mène loin. Par exemple, s’il n’y avait pas eu de pacte soviéto-allemand, un Etat comme la Moldavie n’aurait pas existé et certains  auraient reçu d’autres configurations.

Il est impossible de se débarrasser du “vieux pain” et de laisser l’histoire aux historiens, ce dont ont convenu hier, une nouvelle fois, Vladimir Poutine et Donald Tusk. A l’étape actuelle de développement des anciens pays communistes, on ne peut fonder l’espoir que sur le pragmatisme des hommes politiques et leur compréhension des limites admissibles, ainsi que sur l’étude de l’expérience exceptionnelle qui a aidé jadis l’Europe occidentale à rompre le cercle vicieux des décisions qui conduisaient toujours à la multiplication de conflits sanglants.

Sources :  RIA Novosti, Russia Profile, Vremia novosteï.

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