70 ANS DU PACTE MOLOTOV-RIBBENTROP : CE QU’ON EN PENSE ET DIT EN RUSSIE !


pacte

Le 23 août 2009, 70 ans se seront écoulés depuis la signature du Traité de non-agression entre l’URSS et l’Allemagne connu sous le nom de Pacte Molotov-Ribbentrop. Aucun autre traité interétatique n’a probablement suscité autant de controverses et d’avis contradictoires que ce Pacte. Dans de nombreuses publications parues depuis, les historiens, les hommes politiques et les représentants de l’opinion  publique ont stigmatisé Staline et son entourage, ou bien ils ont essayé de justifier la nécessité du Pacte.

Comme pour de nombreux aspects de la Seconde Guerre Mondiale, un fossé sépare la Russie - classe politique et opinion publique majoritairement confondues (seuls quelques libéraux marginalisés soutenant encore les thèses occidentales) -  du point de vue occidental sur ce Pacte, ses motivations et ses conséquences.

PACTE MOLOTOV-RIBBENTROP: LE ROLE EXAGERE DE STALINE (HISTORIEN)

Source : RIA NOVOSTI - 19/ 08/ 2009

MOSCOU, 19 août - Le rôle du pacte Molotov-Ribbentrop dans le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale est exagéré, a estimé mercredi Rolf-Dieter Müller, de l’Office de la recherche en histoire militaire de la Bundeswehr (MGFA), lors d’une vidéoconférence Moscou-Berlin-Riga, organisée par RIA Novosti.

“A l’issue de la discussion politique de ces dernières années, la conclusion s’impose d’elle même que le pacte Hitler-Staline est surévalué. Du moins, son rôle dans le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale est surestimé”, a indiqué M.Müller.

Le Pacte germano-soviétique (ou Pacte Molotov-Ribbentrop) est le nom communément donné au Traité de non-agression entre l’Allemagne et l’Union des républiques socialistes soviétiques (URSS), signé le 23 août 1939 par les ministres soviétique et allemand des Affaires étrangères Viatcheslav Molotov et Joachim von Ribbentrop. Outre un accord de non-agression, ce pacte définissait aussi une répartition des sphères d’influences de l’Allemagne et de l’URSS dans les pays les séparant.

Selon l’historien allemand, le pacte Molotov-Ribbentrop n’a pas amené à l’éclatement de la guerre, mais a facilité la prise de décision par Hitler car il avait finalement compris que les puissances occidentales ne soutiendraient pas la Pologne.

“Hitler voulait la guerre, il en était la locomotive, tout en étant cependant en proie à des doutes”, a rappelé l’expert, en faisant remarquer que “ce n’était pas à Moscou, mais à Berlin que la décision de déclencher la guerre avait été adoptée”.

De son côté, l’académicien Alexandre Tchoubarian, directeur de l’Institut de l’Histoire universelle de l’Académie des Sciences de Russie, a supposé que l’apparition du pacte Molotov-Ribbentrop s’expliquait par l’égoïsme national de l’URSS, de la Grande-Bretagne et de la France qui avaient manifestement sous-estimé le danger du nazisme non seulement pour leurs propres peuples, mais aussi pour l’humanité tout entière.

“Leurs intérêts égoïstes nationaux leur ont fait oublier l a nécessité d’adopter des décisions concertées”, a-t-il estimé. Dans les relations internationales contemporaines, il est tout aussi nécessaire de surmonter l’égoïsme national et le cynisme, a souligné M.Tchoubarian.

OPINIONS

EN POLITIQUE, IL FAUT AGIR CONFORMEMENT AUX INTERETS DE L’ETAT ET DE SON PEUPLE

Source : RIA NOVOSTI - 20/ 08/ 2009

Dans son interview à RIA Novosti, le premier vice-président du Comité des affaires internationales de la Douma (chambre basse du parlement russe) Iouli Kvitsinski a évoqué la question de savoir si la Russie devait avoir honte de ce Pacte, si les griefs formulés contre la Russie sont fondés, dans quelles conditions et pourquoi le Pacte a été conclu.

- Qu’est-ce que le Pacte Molotov-Ribbentrop : une honte ou une victoire de la diplomatie soviétique?

Le Pacte était opportun, indispensable, légitime dans les conditions de l’époque, et réaliste du point de vue de la stratégie politique. Il faudrait revoir les décisions hâtives du IIe Congrès des députés du peuple de l’URSS, selon lesquelles le Pacte était immoral et contraire au droit international, et faire adopter des déclarations appropriées par les deux chambres du parlement russe actuel portant des évaluations plus lucides.

A la fin des années 30, surtout après les Accords de Munich,  l’URSS se trouvait isolée dans l’arène internationale. Cette situation est ordinairement dangereuse pour un Etat, elle était surtout dangereuse dans le contexte où les puissances de l’axe avaient commencé à appliquer une politique de déclenchement de conflits armés toujours nouveaux. C’est pourquoi le Pacte Molotov-Ribbentrop fut une démarche sagace de la part de Staline qui a permis à l’Union Soviétique d’atteindre beaucoup d’objectifs utiles et qui a pratiquement prédéterminé la création de la coalition antihitlérienne après l’offensive allemande lancée le 22 juin 1941 contre l’URSS.

-  Peut-on dire que les Accords de Munich ont été le motif qui a poussé à conclure le Pacte?

J’estime que oui. La Grande-Bretagne et la France avaient manifesté si nettement le désir de s’entendre avec Hitler aux dépens des intérêts des autres Etats et d’accélérer la progression d’Hitler et de ses troupes vers les lieux se trouvant à proximité immédiate des frontières de l’Union Soviétique qu’il eût été insensé de t’atermoyer. Il est vrai que Staline avait essayé de mener des pourparlers militaires avec la Grande-Bretagne et la France, mais ils n’avaient donné aucun résultat. Il était évident que les Britanniques et les Français faisaient traîner les choses en longueur dans l’espoir qu’en cas de guerre entre l’Allemagne et l’URSS ils seraient le troisième larron et qu’ils assureraient ainsi leur sécurité.

- Est-ce qu’une menace évidente existait pour l’URSS au moment de la conclusion du Pacte?

La situation était alarmante, car il était parfaitement évident qu’Hitler ferait la guerre à la Pologne. Cette dernière ne pouvait certainement pas bénéficier d’une aide efficace des puissances occidentales, ce qui permettait à Hitler de s’approcher des frontières de l’URSS et d’essayer d’étendre son influence et son contrôle aux Etats baltes, en créant ainsi une tête de pont pour lancer des actions militaires contre l’Union Soviétique. Il était impossible de lui faire confiance, compte tenu de son objectif stratégique consistant à détruire l’Etat slave russe sous prétexte d’en finir avec le bolchevisme. En réalité, la lutte contre le bolchevisme ne fut qu’un élément décoratif dans la politique du “Drang nach Osten” et de l’annexion de l’Europe de l’Est.

- Qui a pris la décision de conclure le Pacte?

Le Bureau politique (Politbureau), organe politique supérieur de l’Union Soviétique, adoptait toutes les décisions stratégiques. Mais, à ce moment, Staline jouait un rôle particulier au sein du Bureau politique, il était la dernière instance décisionnaire. Sans sa volonté de conclure le Pacte, celui-ci n’aurait certainement pas vu le jour.

-  De nombreux historiens occidentaux estiment que, sous Staline, l’URSS n’était nullement intéressée à assurer sa sécurité en s’alliant avec la Grande-Bretagne et la France, que son rapprochement avec l’Allemagne avait été dicté par le désir d’élargir sa sphère d’intérêts et que l’Union Soviétique est responsable, dans la même mesure que l’Allemagne, du déclenchement de la Seconde Guerre mondiale. Que pourriez-vous répondre à ces affirmations?

En fait, du point de vue du droit international, le Pacte de non-agression avait une importance insignifiante dans nos rapports avec l’Allemagne. Le Traité de 1926 sur la non-agression et la neutralité restait en vigueur. Le Pacte fut  une manifestation politique de la volonté de l’Allemagne et de l’Union Soviétique de ne pas entrer en conflit armé à ce moment-là. En ce qui concerne les Accords de Munich, j’avais déjà évoqué sa signification et l’impression qu’ils avaient produite sur Moscou. Le fait est que les Accords de Munich avaient mis en lumière le rôle dangereux joué alors par la Pologne. Les Polonais avaient participé au dépeçage de la Tchécoslovaquie�

-  Vous avez en vue la région de Tesin ?

Oui, Tesin, ainsi que les documents du renseignement polonais, selon lesquels, en cas de guerre entre l’Allemagne et la Russie, la Pologne devait être l’allié naturel de l’armée allemande et poursuivre, avec les Allemands, le but d’anéantir l’Etat soviétique, ce qui était conforme aux intérêts nationaux de la Pologne. Si vous visitez les musées de Minsk, vous verrez que les fortifications datant des années 30 dans la partie occidentale de l’URSS n’étaient pas construites pour se protéger de l’Allemagne. Elles avaient été construites compte tenu du danger militaire permanent émanant de la Pologne qui ourdissait des intrigues mettant en cause notre sécurité. C’est pourquoi, lorsqu’on dit que nous devions défendre la Pologne et sa sécurité, ce n’est pas sérieux. La Pologne ne voulait pas de notre aide. La Pologne avait annoncé aux Alliés que, si l’URSS soutenait en 1938 la Tchécoslovaquie contre l’Allemagne, elle était prête à envoyer son armée contre nous. Certes, ce qui arriva à la Pologne est fâcheux du point de vue des intérêts du peuple polonais, mais cela sanctionnait la stupidité et l’aventurisme du gouvernement polonais qui avait mis en cause la souveraineté et le destin de la Pologne. Du point de vue de Staline et des dirigeants soviétiques, l’élimination de la menace immédiate de guerre à proximité de la frontière soviétique au moyen des efforts d’un autre Etat était une tactique efficace qui ne pouvait qu’être saluée.

- A quelle fin l’URSS a-t-elle introduit ses troupes en Pologne orientale le 17 septembre 1939?

Cette opération poursuivait deux buts : repousser les frontières avant le début d’une guerre inévitable et gagner du temps. Le protocole secret annexé au Pacte ne stipulait pas que nous occupions ces territoires. Il y était indiqué que c’était une sphère de nos intérêts. Varsovie fut occupée par les Allemands. Le gouvernement avait fui dans le Sud et ne dirigeait plus le pays. Les troupes soviétiques avaient pénétré en Pologne sans lancer de véritable opération militaire, seulement dans les territoires - la Biélorussie occidentale et l’Ukraine occidentale - dont la Pologne s’était emparée lors de la guerre russo-polonaise (février 1919- mars 1921), en vertu du traité de Riga de 1921, en dépit des décisions de l’Entente : il s’agit de la “ligne Curzon” (nom conventionnel de la frontière orientale de la Pologne sur décision du Conseil suprême de l’Entente lors de la conférence de paix de décembre 1919 à Paris. La “ligne Curzon” fut tracée de façon à ce que toutes les terres peuplées principalement de Polonais se trouvent en Occident et celles à population non polonaise - Ukrainiens, Biélorusses et Lituaniens - à l’Est. Or, la Pologne traita par le mépris les recommandations de l’Entente et déclencha des hostilités contre l’URS, ce qui aboutit au traité de paix de Riga en 1921, en vertu duquel les terres peuplées d’Ukrainiens, de Biélorusses et de Lituaniens qui faisaient jadis partie de l’empire de Russie furent rattachées à la Pologne - NdlR). Il serait erroné de parler d’iniquité. Ensuite, nous avons modifié cette frontière avec les Allemands dans le cadre du Traité sur l’amitié et la frontière en date du 28 septembre 1939, en abandonnant les régions purement polonaises faisant partie de notre sphère et en les échangeant contre la Lituanie, contre Vilnius. Nous avions jugé indispensable de nous soucier de la sécurité et de l’intégrité territoriale de la Lituanie (partie traditionnelle de l’empire de Russie), avec laquelle nous avions signé un Traité d’alliance militaire, et de satisfaire les aspirations nationales des Lituaniens.

- Ensuite, ce fut l’adhésion des pays baltes ?

Autant qu’on puisse en juger par les documents, nous étions entrés dans les pays baltes, car nous ne pouvions pas compter sur une attitude amicale à notre égard de la part des gouvernements baltes de l’époque. Nous savions que les Allemands avaient l’intention d’envahir la Lituanie et la Lettonie. Il fallait l’empêcher par une mesure préventive. D’abord, ce fut la conclusion de traités de coopération militaire avec les pays baltes, ensuite l’entrée de ces pays dans l’Union Soviétique. (Après l’agression d’Hitler contre la Pologne qui eut lieu le 1er septembre 1939, Moscou avait proposé aux gouvernements des pays baltes de conclure des traités d’assistance mutuelle. Le Pacte d’assistance mutuelle conclu avec l’Estonie le 28 septembre prévoyait la création de bases militaires et le déploiement d’un contingent de 25000 hommes sur son territoire. Selon le traité analogue signé le 5 octobre avec la Lettonie, un contingent de troupes soviétiques fort de 25000 hommes fut déployé dans ce pays. Le Traité sur la transmission à la République de Lituanie de la ville et de la région de Vilno (aujourd’hui Vilnius) et sur l’assistance mutuelle entre l’Union Soviétique et la Lituanie prévoyant l’introduction d’un contingent soviétique de 20000 hommes fut signé le 10 octobre. A la mi-juin 1940, des éléments favorables aux nazis avaient redoublé d’activité dans les gouvernements des pays baltes, ce qui créa une menace d’intervention des troupes hitlériennes dans ces pays. Le 14 juin, l’URSS posa le 16 juin un ultimatum à la Lituanie, à la Lettonie et à l’Estonie exigeant la formation de gouvernements amicaux envers l’URSS et l’entrée de contingents supplémentaires de troupes sur leur territoire. Ces conditions furent acceptées. Un mois plus tard, des blocs électoraux procommunistes remportèrent la victoire dans les trois Etats. Les gouvernement nouvellement élus proclamèrent la création des Républiques Socialistes Soviétiques d’Estonie, de Lettonie et de Lituanie et adoptèrent la Déclaration sur leur adhésion à l’URSS. Les 3-6 août 1940, les républiques Baltes furent admises au sein de l’URSS - NdlR).

- Revenons à nos jours. Comment pouvez-vous commenter la résolution de l’Assemblée parlementaire de l’OSCE qui tire un trait d’égalité entre le stalinisme et le nazisme?

Les affirmations, selon lesquelles l’Union Soviétique est responsable, au même titre que l’Allemagne, d’avoir déclenché la Seconde Guerre mondiale témoignent de la conscience tourmentée des auteurs de ces initiatives et résolutions. L’Europe occupée n’a opposé d’abord aucune résistance à l’Allemagne. Son industrie avait  travaillé pour l’armée allemande. L’Allemagne lança l’offensive contre notre pays avec non seulement 152 divisions allemandes, mais aussi 29 divisions roumaines et finlandaises. L’URSS devint alors le seul Etat en mesure de vaincre le nazisme, ce dont témoigne la défaite instantanée de la France et de la Grande-Bretagne en 1940. Il n’est pas sérieux de mettre sur le même plan l’URSS qui écrasa le nazisme et l’Allemagne hitlérienne. Sans le front oriental où nous avons défait des centaines de divisions allemandes au prix de sacrifices immenses, aucune armée des Etats-Unis ou de Grande-Bretagne n’aurait pu agir en Europe. Leurs troupes ont été vaincues au bout de quelques semaines par l’armée allemande. Sans l’Union Soviétique et l’Armée Soviétique, les conditions étaient réunies pour que l’Europe devienne une colonie allemande, une association germanisée d’Etats gouvernés par les nazis. Cela s’inscrivait dans les plans du Reich, qui parlait, depuis 1944, d’une Europe unie, en précisant que la défense de cette Europe contre le communisme à l’aide des forces unifiées des peuples européens alliées aux légions SS était le devoir suprême des “combattants de la liberté”.

-  Qu’en pensez-vous, dans quelle mesure les griefs formulés contre l’URSS à propos du Pacte Molotov-Ribbentrop peuvent-ils être adressés à la Russie d’aujourd’hui?

Il y longtemps que ces griefs sont avancés, depuis le moment où, le 23 août 1939, ce Pacte a fortement déçu la Grande-Bretagne et la France, car il signifiait l’échec de leur politique visant à inciter Hitler à agresser l’URSS. Churchill le qualifia alors d’immense gaffe diplomatique, et il avait raison. Il avait aussi raison d’affirmer que Staline n’avait pas d’autre choix. A la place de Staline, tout autre homme politique occidental aurait fait la même chose.

-  Certains défenseurs russes des droits de l’homme invitent aujourd’hui à condamner le Pacte et à présenter des excuses aux victimes. Faut-il le faire?

Les personnes qui tiennent de tels propos devraient se repentir devant nos anciens combattants et notre pays de leur attitude politique, plus précisément, d’oser proférer de telles absurdités. Nous n’avons pas à nous repentir de quoi que soit. Toute guerre est jugée d’après ses résultats. Les résultats de cette guerre ont été avantageux pour nous, cette guerre nous a transformés en grande puissance mondiale. Cette guerre nous a mis dans un état où, comme on l’affirmait après la guerre contre Napoléon, aucun canon n’a tiré sans l’accord de la Russie. A mon avis, il est absurde de se lamenter aujourd’hui à propos de ce qui a été fait.

-  Devons-nous nous défendre lorsqu’il s’agit du Pacte?

En aucun cas. En politique, il faut agir conformément aux intérêts de l’Etat et de son peuple. Autrement, ce n’est plus de la politique, mais un crime.

Propos recueillis par Oksana Bouriak, RIA Novosti

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