REVUE DE PRESSE PROCHE-ORIENT (22.04.2009) : AHMADINEJAD FAIT REAGIR LA PRESSE ARABE


 En qualifiant Israël d’Etat raciste, lors de son discours à la Conférence de l’ONU contre le racisme, à Genève ce 20 avril 2009, le président iranien a provoqué le départ de nombreux délégués présents dans la salle. Un événement qui n’a pas laissé insensible les journaux arabes. Ces derniers dénoncent la réaction européenne. Une illustration du fossé qui sépare l’Occident des pays arabes.

“Ahmadinejad n’a pas prononcé le mot fatal, mais les délégués européens attendaient le signal pour quitter la salle. Quand il a dénoncé le mutisme des alliés face à tous les massacres de ‘l’Entité raciste’, l’assistance s’est agitée et les 23·délégués européens se sont levés pour quitter la salle. Selon des sources diplomatiques, ils se seraient mis d’accord avant le discours pour partir dès qu’Ahmadinejad critiquerait Israël”, affirme le quotidien de la gauche libanaise As-Safir.

“Quand le président iranien Mahmoud Ahmadinejad a qualifié Israël d’Etat raciste à la conférence de Durban·II, qui s’est tenue à Genève avant-hier, il ne s’est pas adressé à la communauté internationale mais au monde arabe et musulman”, estime Tariq Alhomayed, le rédacteur en chef du quotidien saoudien Asharq Al-Awsat. “Il a simplement donné une version allégée de ce qu’il avait dit par le passé, promettant qu’Israël serait rayé de la carte du monde et affirmant que l’Holocauste était une légende. En comparaison, son dernier discours était donc plutôt gentil.”

De son côté, le quotidien panarabe le plus antiaméricain, Al-Quds Al-Arabi, se félicite qu’Ahmadinejad ait “dénoncé la politique de deux poids, deux mesures de l’Occident. Les délégations européennes qui ont quitté la salle ont montré qu’elles se plaçaient du côté du racisme d’Israël et soutenaient ses massacres. Quant aux Etats-Unis, qui ont boycotté la conférence et qui ont qualifié ce discours d”infâme’, ils n’ont pas dit un mot sur la sauvagerie des Israéliens à l’égard des Palestiniens, telle que la colonisation, le mur de séparation raciste, les arrestations arbitraires et le traitement réservé à un million et demi d’Arabes israéliens, qui est pire que celle subi par les Noirs d’Afrique du Sud au temps de l’apartheid. En Cisjordanie, les colons israéliens ont des piscines et arrosent leurs pelouses tandis que les véritables propriétaires de ces terres, les Palestiniens qui vivent à quelques mètres de là, ont tout juste de quoi boire. Et que dire du parti de la coalition gouvernementale Israël Beiteinou, qui souhaite déporter les Arabes israéliens·?”

Même le quotidien francophone et pro-occidental de Beyrouth L’Orient-Le Jour s’indigne “Précisons-le tout de suite, nous sommes loin d’être, dans ce journal, des admirateurs de Mahmoud Ahmadinejad. Ni la profondeur légendaire de sa pensée ni le puissant charisme qui se dégage de son élégante personne ne sont arrivés à nous séduire. Et encore moins les dévastatrices ingérences de son pays dans les affaires du nôtre”, affirme son éditorialiste, Issa Goraieb. “On ne voit pas très bien non plus quel bénéfice peuvent bien apporter à l’Iran toutes ces outrances verbales qu’affectionne tant son bouillant président. Car à s’obstiner à parler de rayer Israël de la carte à l’heure où les Arabes eux-mêmes n’y songent plus guère, et cela depuis des décennies, Ahmadinejad ne fait en réalité qu’accréditer vigoureusement la thèse du minuscule Etat juif invariablement menacé d’anéantissement. Cet édifiant programme, Ahmadinejad vient de le déballer une fois de plus à la conférence internationale Durban·II de Genève, consacrée à la lutte contre le racisme. Et c’est précisément l’accusation de racisme, lancée contre Israël par le président iranien, qui a le plus choqué les participants, au point de les pousser à se retirer par dizaines de la salle”, poursuit le journaliste.

“Pas raciste, vraiment, Israël·? Que l’on commence, dans ce cas, par expliquer, ne serait-ce qu’au seul et vaste monde arabo-musulman, quel autre épithète il conviendrait de décerner à un Etat qui lui-même se veut juif et rien que juif. Qui s’entête à nier un fait national palestinien dont la réalité, pourtant, s’est imposée de longue date à la Terre tout entière. Qui traite en citoyens de seconde zone ses citoyens non juifs… Qui, s’il écoutait son propre ministre des Affaires étrangères, expulserait volontiers tous ces Israéliens non juifs. Se borner à désavouer un Ahmadinejad à grand renfort de gesticulations, c’est seulement conforter l’Etat hébreu dans son rôle de prédilection, celui d’innocente victime d’attaques antisémites”, conclut le quotidien libanais.

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