ue-turquie : savoir en rester là


ue-turquie : savoir en rester là

Jacques Borde

 

L’UE et la Turquie à couteaux tirés ? Et si cet état des lieux n’était, au fond, qu’une calamiteuse image d’Épinal ? Pour certains, en tout cas, il semble tout à fait possible d’avoir des relation normales pour les partenaires que sont Ankara et Bruxelles. j’exagère ? Demandez donc au Medef et à la Tusiad ce qu’ils en pensent, vous serez surpris…

 

Au-delà d’un débat -souvent aussi passionné qu’inutile, selon les intervenants - peu se sont intéressées aux relations qu’entretiennent les milieux d’affaire européens et turcs.

 

À tort. Car, visiblement, les patrons, issus des deux rives du Bosphore savent – a contrario des hommes politiques, des diplomates et des media – trouver des terrains d’entente pour progresser.

 

En fait, les deux grandes centrales patronales que sont, côté français, le Medef et, côté turc, la Tusiad, ne manquent pas de s’entendre comme larrons en foire et de rappeler « l’importance de l’action de l’Europe en tant que puissance politique et économique au niveau mondial », à chaque fois que l’occasion leur en est donnée.

 

Ainsi, « la compétitivité de l’Europe, la situation actuelle des relations de la Turquie avec l’Union Européenne et les relations économiques bilatérales » étaient au cœur des discussions lors du dîner présidé par Arzuhan Dogan Yalçinda, présidente de l’Association des Industriels & des Entrepreneurs de Turquie (Tusiad), donné, à Istanbul, en l’honneur de Laurence Parisot, du Medef).

 

Certes, vous me direz que cela remonte au 21 février 2007. Mais, comme les intéressées (ou d’autres patrons de même importance) risquent fort de remettre le couvert, autant (enfin) se pencher sur un happening sur lequel les media ont fait une impasse aussi injustifiée que maladroite.

 

Car la vraie question est bien de savoir ce que se disent donc les patrons turcs et européens lorsqu’ils se rencontrent ? Comme à cette occasion, les présidentes du Medef et de la TUSIAD se fendirent d’une déclaration commune, revenons donc sur les propos de ces deux femmes de premier plan.

 

Au-delà, des banalités attendues sur « les relations d’amitié et de confiance » instaurées entre le Medef et la Tusiad, on notera que « Les relations commerciales bilatérales et les investissements entre les deux pays se sont ainsi accrus de manière continue ».

 

Comme quoi tout n’est pas forcément négatif, pour peu qu’on s’en donne la peine. Et tout cela entre gens de bonne compagnie bien que n’appartenant pas à la même entité (en clair : l’UE)…

 

Passés ces mise en bouche les deux centrales ont rapidement invité, « en vue du prochain Conseil européen », « l’Union européenne à faire preuve d’un meilleur leadership dans la mise en œuvre de la Stratégie de Lisbonne ainsi que des réformes institutionnelles et à assurer sa capacité d’agir en tant que puissance politique et économique à l’échelle mondiale ».

 

Et de souligner combien « La Tusiad et le Medef croient que le processus d’adhésion de la Turquie à l’Union européenne implique une transformation profonde du pays via des réformes globales », mais surtout d’affirmer que « Pendant cette période, de grandes opportunités de coopération entre les deux pays apparaîtront dans un large éventail de domaines tels que l’environnement, l’énergie, l’éducation, la finance, le tourisme, les transports, les infrastructures municipales, la sécurité, les technologies de l’information et des télécommunications ».

 

Comment traduire en français courant ces propos ?

 

L’accroissement « de manière continue » des « relations » entre les milieux d’affaires français et turcs, ainsi évoqué, ne masquerait-il pas l’agacement de ces hommes de terrains que sont les patrons vis-à-vis des querelles pichrocolines – passons sur le dossier d’adhésion de la Turquie, qui, finalement ne semble guère les passionner tant que cela - alors qu’existent de « grandes opportunités de coopération ».

 

Tout cela pour nous demander si la Tusiad et le Medef (et les milieux d’affaire en général) n’ont pas, tout bonnement, mis le doigt sur l’essentiel : des relation économiques qui marchent parfaitement, ne valent-elles pas mieux que l’adhésion ou non d’Ankara à l’usine à gaz eurolandienne ?

 

Question subsidiaire : pourquoi les choses marchent-elles si bien entre ces patrons turcs et français ? Probablement en raison du pragmatisme dont font preuve les chefs d’entreprises qui – à la différence des personnels politique et médiatique – ont de “vrais” problèmes à résoudre : faire tourner leurs entreprises, garnir leurs carnets de commandes et honorer leurs engagements financiers.

 

Alors, une simple suggestion en passant : et si, en entendant mieux, l’on en restait là entre les deux rives du Bosphore ? De bonnes “fiançailles” économiques ne vaudraient-elles pas mieux qu’un mauvais “mariages” entre deux prétendant se crêpant déjà le chignon avant même la publication des bans ?

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