La percée du petit dernier d’Eurocopter


La percée du petit dernier d’Eurocopter

Avec le Lakota eads a de quoi se rassurer

Charlotte Sawyer

 

En faisant savoir qu’elle venait de livrer aux forces armées US, son 50ème exemplaire du UH-72A Lakota (dérivé de l’EC-145 civil) commandés par la National Guard, EADS North America a de quoi sabrer le champagne.

 

En effet, cette livraison marque une étape importante puisque la Garde nationale - un subtil mélange entre la Réserve et la Territoriale, dans la mesure où la National Guard inclut des personnels et des structures d’active - devient le principal opérateur d’hélicoptères UH-72A Lakota au sein de l’armée américaine. Étape dont s’est chaudement félicité s’est félicité Ralph D. Crosby, président d’EADS North America.

 

Rappelons que le UH-72A Lakota est entré en service en 2007 et équipe actuellement plusieurs États : la Californie, la Floride, la Louisiane, le Mississipi, New York, la Caroline du Nord, la Virginie et la Pennsylvanie.

 

Le Pentagone compte ainsi acquérir 345 exemplaires du UH-72A Lakota d’ici à 2016. Ainsi, le Lakota deviendra l’une des principales montures des Week End Warriors (guerriers du week end, surnom donné aux membres de la Garde nationale).

 

Cette montée en puissance du UH-72A Lakota tombe à point nommé pour EADS. L’engin, dans la mesure où la National Guard est fréquemment le vecteur par lequel beaucoup d’Américains - si ce n’est la majorité, tout le monde ne vit pas à proximité d’une base militaire - prennent directement contact avec leurs forces armées. Une perception la plupart du temps positive. En effet, en dehors de structures fédérales comme la Fema (celle-ci ayant été fortement discréditée lors du drame de la Nouvelle Orléans), la Garde nationale est fréquemment sollicitée lors de désastres naturels, remplissant pour ainsi dire l’essentiel des tâches dévolus (en France, en tout cas) à votre Sécurité Civile.

 

La popularité que ne manquera pas d’acquérir le UH-72A Lakota est une pierre dans la jardin d’EADS. En effet, la dernière campagne présidentielle a vu (re)fleurir le thème d’un protectionnisme accru en faveur du buy american et du complexe militaro-industriel. Le président  Barack H. Obama se vantant à cette occasion d’être plus patriote que sont rival républicain John McCain.

 

Symptomatique de cette dispute (quasiment au sens théologique du terme) : le dossier des avions ravitailleurs de l’Air Force sur lequel s’opposent de haute lutte Boeing, avec son KC-767, et… EADS/Airbus, avec son A330 MRTT (désigné KC-30 à l’origine, mais rebaptisé KC-45 lors du choix du Pentagone en sa faveur). Remportée par Airbus - en fait EADS associé à l’avionneur US Northrop Grumman -, la compétition à été relancée de zéro avec un Programme KC-X, refilé comme une patate chaude par l’administration Bush sortante à ses successeurs démocrates. En fait, et pour faire simple, on prend les mêmes et on recommence TOUT ab initio !

 

En théorie, avec cette remise à plat, le temps jouait plutôt en faveur de Boeing. En dépit de l’antiquité de certains KC-135 (dérivé du Boeing 707), notre constructeur US, guère à la hauteur de l’offre européenne, pouvait espérer prendre son temps (enfin un certain temps) pour revoir sa copie.

 

La faute à pas de chance, un grain de sable - je dirai plus : une dune de taille moyenne - vient de se glisser dans la belle machinerie lobbyistique de Boeing.

 

Sur fond d’engagement afghan, le 20 février 2009, le président du Kirghizistan, Kurmanbek Bakiev, a entériné le vote de son parlement, enjoignant les forces de la coalition occidentale de plier bagage et d’abandonner la Base aérienne de Manas. Deadline de ce « Messieurs, bon vent ! » : SIX mois. Pas un de plus…

 

Or, comme l’a fort justement rappelé Bernard Bombeau, in Air & Cosmos, « Présentes depuis décembre 2001 sur cette plateforme, à 35 km de la capitale Bichkek, les forces alliées sous l’égide de l’Onu (Isaf) ou d’Enduring Freedom (OEF), y ont édifié sous l’ombrelle américaine, une véritable plaque tournante tenant à la fois de pôle de ravitaillement pour les troupes présentes en Afghanistan et de base avancée pour une grande partie des avions ravitailleurs agissant sur ce théâtre au profit de la coalition »[1].

 

Or, tout ceci est du pain béni pour EADS, qui par l’entremise de Northrop Grumman, n’a pu que déplorer les « conséquences d’un abandon de Manas »[2], soulignant « les conséquences néfastes pour les avions ravitailleurs (KC-135 et KC-10) en termes de distances, de durée des missions et de consommation de carburant »[3]. ET d’y voir, in fine, « la démonstration de la supériorité du KC-45 (ex-KC-30) sur son concurrent, le KC-767 de Boeing. Supériorité qui s’exprimerait en termes de polyvalence, d’emport de carburant, de permanence sur zone et d’adaptation à la mission sur de plus longs trajets. Airbus ou Boeing ? Une chose est sûre : la menace qui pèse sur les ravitailleurs américains souligne et réactualise l’urgence d’une décision pour la relève des vieux KC-135 de l’US Air Force »[4].

 

Mais une hirondelle kirghize ne fait pas nécessairement le printemps sur les rives de notre Potomac. Reste à EADS, fut-il marié en justes noces à Northrop Grumman sur ce dossier, de séduire le public américain avec un produit dépeint par son concurrent Boeing comme un volatile pas-de-chez-nous, venant faire son nid dans les foyers sinistrés de nos pauvres travailleurs (alors qu’EADS prévoit le lancement d’un site dédié au KC-45) !

 

C’est bien là que le gentil UH-72A Lakota  - que de plus en plus de nos compatriotes associeront par la force des choses à quelque chose d’éminemment positif : des secours aériens[5] - vient à point nommé pour prouver que tout ce qui nous vient de la vieille Europe n’est pas si mauvais que le sous-entendent certains.


[1]   Air & Cosmos, n°2161, p.46 (27 février 2009).

[2]   Air & Cosmos, n°2161, p.47 (27 février 2009).

[3]   Air & Cosmos, n°2161, p.47 (27 février 2009).

[4]   Air & Cosmos, n°2161, p.47 (27 février 2009).

[5]   D’autant qu’Eurocopter est aussi très présent dans le parc Medevac des hôpitaux US.

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