EADS assure l’essentiel


EADS assure l’essentiel

François-Xavier Massa & Edmond Tatamian

 

Et confirme, crise ou pas, sa performance opérationnelle tout en se préparant, dixit, à gérer un « nouveau contexte »…

 

Qu’on se le dise, EAD a enregistré des résultats encourageants sur ses neuf premiers mois de 2008 mais doit faire face à des défis dans des programmes clés. Le groupe a, en effet, confirmé la solidité de sa performance opérationnelle et a bénéficié du dynamisme- qui persiste, mais pour combien de temps encore ? - du marché. Les prises de commandes de l’ensemble des activités du groupe ont atteint un niveau remarquable, vu le contexte général, avec notamment 737 nouvelles commandes pour Airbus et 605 pour Eurocopter. Capitalisant sur ses efforts constants de restructuration menés depuis plusieurs années, Astrium affiche une croissance forte de son chiffre d’affaires et de sa rentabilité. La division Défense & Sécurité enregistre une progression de son EBIT[1] de 74%. Le groupe suit l’évolution des marchés financiers avec une très grande attention. Diverses mesures ont été prises pour limiter les effets de la dégradation de la conjoncture.

 

« EADS a de nombreux atouts pour faire face à la crise financière actuelle. EADS dispose d’un important et diversifié carnet de commandes avec des livraisons s’étalant sur plusieurs années. La forte position de trésorerie nette garantit la stabilité du Groupe, tout en lui offrant la flexibilité requise pour s’adapter à un contexte économique en mutation »[2] a assuré le président d’EADS, Louis Gallois.

 

Seul point faible : un A 400M à la peine…

 

Mais, « Le programme A400M », a concédé Louis Gallois, « reste un sujet difficile et nous menons des actions ambitieuses pour relever les défis industriels et commerciaux qu’il présente, dans le cadre de discussions engagées avec nos clients et nos fournisseurs. Nous restons plus que jamais déterminés à maîtriser ce programme particulièrement complexe »[3].

 

C’est le moins qu’on puisse dire. En effet, sur le programme, l’absence d’un engagement sur un calendrier fiable de fourniture du système de propulsion, combinée à des problèmes non résolus sur certains éléments importants ainsi que sur l’intégration d’équipements et de systèmes a conduit, comme l’annonçait le groupe, à de nouveaux retards. Cette absence de mise à jour fiable du calendrier oblige EADS à passer provisoirement à la méthodologie comptable de début de contrat et à suspendre la comptabilisation en fonction des points d’avancement pour ce programme. EADS a entamé des discussions avec ses principaux clients pour déterminer les prochaines étapes. Dès qu’un nouveau calendrier sera disponible, EADS reprendra la comptabilisation suivant les points d’avancement et remettra à jour la charge comptabilisée au titre de l’A400M. 341 M€ de provisions ont été comptabilisés au 3ème trimestre 2008, et ont pénalisé l’EBIT.

 

…mais un groupe plutôt en forme

 

Le chiffre d’affaires a augmenté de 7%, et s’établit à 29,4 Md€, (27,6 Md€ sur la même période en 2007). Les cinq Divisions du groupe ont contribué à cette croissance. La progression du chiffre d’affaires inclut 803 M€ résultant du passage à la méthodologie comptable du début de contrat pour le programme A400M appliqué au 3ème trimestre 2008.

 

L’EBIT d’EADS avant amortissement des écarts d’acquisition et éléments exceptionnels s’améliore à 2.018 M€ sur les neuf premiers mois de 2008. Il était de -353 M€ sur la période équivalente de 2007, notamment en raison de l’EBIT d’Airbus affecté par des charges exceptionnelles plus élevées (Power 8, A400M, lancement de l’A350). L’ensemble des Divisions ont contribué à cette amélioration. Les progrès accomplis par Airbus s’expliquent par une excellente performance des programmes de série, par la réalisation d’économie dans le cadre du programme Power8, et par une diminution des charges exceptionnelles. La détérioration des conditions de couvertures de change sur les neuf premiers mois de 2008 a été presque intégralement compensée par la revalorisation au taux de clôture du dollar des provisions pour pertes à terminaison sur contrats ; l’ampleur de cet effet est d’environ 265 M€.

 

En ligne avec l’évolution de l’EBIT, le résultat net consolidé est en progression à 1.082 M€, (contre -705 M€ sur les neuf premiers mois de 2007). Le bénéfice par action est de 1,34 €, contre -0,88 € sur les neuf premiers mois de 2007.

 

Les dépenses de R&D autofinancée ont diminué légèrement, à 1.792 M€ (1.903 M€ sur les neuf premiers mois de 2007). Elles devraient toutefois augmenter de façon plus prononcée au 4ème trimestre, essentiellement en raison du programme A350 d’Airbus.

 

Les flux de trésorerie disponible avant financement client ont fortement augmenté, à 1.959 M€ (168 M€ sur les neuf premiers mois de 2007). Cette progression reflète notamment l’amélioration du fonds de roulement (diminution des stocks et augmentation des avances perçues). Les flux de trésorerie après financement clients ont augmenté à 1.967 M€, (111 M€ sur les neuf premiers mois de 2007) incluant une faible contribution du financement client pour 8 M€. Malgré une consommation de trésorerie pour des acquisitions et des options de couverture, la position de trésorerie nette atteint le niveau record de 9 Md€ à fin septembre, (7 Md€ à fin 2007). Cette trésorerie confère à EADS une solide base de liquidité pour les années à venir.

 

Les prises de commandes d’EADS ont atteint le niveau remarquable de 88,7 Md€ sur les neuf premiers mois de 2008, (82,4 Md€ pour la période équivalente de l’exercice précédent). Les prises de commandes ont été soutenues par la forte activité du Salon de Farnborough et par la commande de ravitailleurs en vol pour le Royaume-Uni. Le carnet de commandes du groupe atteint le niveau record de 400,7 Md€ à fin septembre 2008, (339,5 Md€ à fin 2007). Un carnet de commandes qui a, certes, bénéficié de l’évolution favorable du taux de change du dollar à fin septembre 2008 par rapport à fin 2007. Les commandes d’appareils commerciaux étant présentées sur la base des prix catalogue. Compte tenu des fortes prises de commandes dans les activités de Défense, le carnet de commandes du groupe dans ce domaine a atteint le niveau record de 57 Md€ d’euros à fin septembre 2008, (54,5 Md€ à fin 2007).

 

Cependant, EDS de reconnaître qu’ « En raison de la crise financière », le groupe, « - notamment pour les activités civiles d’Airbus, d’Eurocopter et d’Astrium - évolue dans un marché incertain. Le ralentissement de la croissance économique et la forte diminution du trafic aérien ont éclipsé le redressement du dollar par rapport à l’euro et la baisse du prix du pétrole depuis l’été ». Toutefois, « Grâce à la robustesse et à la diversité géographique de son carnet de commandes et à son niveau record de trésorerie nette, EADS reste solide dans le contexte de la crise financière mondiale. Même si EADS n’a pas besoin de refinancement à court terme, la facilité de crédit du Groupe de 3 milliards d’euros est entièrement confirmée et n’a pas été tirée. Les activités institutionnelles et gouvernementales du Groupe affichent une bonne résistance et continuent de croître pour l’instant, bénéficiant du plus important carnet de commandes jamais comptabilisé »[4].

 

Mais EADS ne nie pas les difficultés à venir et admet qu’ « Avec la prévision d’un ralentissement du trafic aérien et des refinancements plus difficiles, le marché de l’aviation commerciale devrait ralentir avec des risques de reports voir d’annulations, mais la visibilité sur ces risques est limitée. De fait, et malgré un carnet de commandes record avec un calendrier de livraisons s’étalant sur plusieurs années, Airbus a suspendu la montée en puissance de la famille A320 à 36 avions par mois. Les conditions de financement d’avions se sont durcies. À ce jour, le Groupe n’a reçu qu’un nombre limité de demandes pour combler les besoins de financement des clients. Avec une exposition au financement clients la plus basse depuis 20 ans et une trésorerie nette à un niveau record, EADS a toute latitude pour soutenir ses clients de manière restrictive et discrétionnaire, comme lors des précédents retournements de cycle. En tout état de cause, Airbus et Eurocopter restent vigilants, prêts à s’adapter à l’évolution du marché »[5].

 

Ce d’autant que, comme l’indique EADS, « les initiatives d’amélioration de l’efficacité du Groupe produisent les résultats attendus. Le programme de restructuration Power8 progresse bien et la stratégie de cessions se concrétise : la vente du site allemand de Laupheim à Diehl/Thales a été finalisée, de même que les négociations avec GKN pour la cession du site de Filton (Royaume-Uni), même si le transfert de contrôle n’a pas encore été effectué. Récemment EADS et DAHER ont conclu un accord pour l’acquisition par Daher de 70% d’EADS Socata. L’arrivée de Daher au capital d’EADS Socata va donner naissance à un acteur de premier plan dans le domaine des aérostructures, de l’aviation d’affaires et des services. L’accord conclu est soumis à l’approbation des autorités compétentes. La constitution des nouvelles sociétés d’aérostructures Aerolia (France) et Premium Aerotec (Allemagne) est en bonne voie. Ces changements démontrent qu’EADS et Airbus ont la capacité à se recentrer sur leur cœur de métier, tout en donnant naissance à d’importants acteurs dans la fourniture de composants aéronautiques »[6].

 

EADS a lancé son programme Power8 Plus. Les différentes mesures prises dans l’ensemble du groupe ont pour objectif de contribuer à l’EBIT consolidé à hauteur de 1 Md€ à l’horizon 2011-2012. La contribution d’Airbus devrait atteindre 650 M€. Le siège d’EADS et les divisions Eurocopter, Astrium, Défense & Sécurité et Avions de Transport Militaire doivent, pour leur part, contribuer à hauteur de 350 M€.

 

En complément de Power8+, EADS travaille sur un plan d’intégration et d’économies baptisé Future EADS qui vise à réaliser une meilleure intégration, à améliorer le processus de décision et l’interaction entre le siège et les divisions. Ce plan générera un minimum de 200 M€ d’économies en 2011-2012 au siège et dans les divisions.

 

Quelques perspectives

 

EADS prévoit qu’Airbus enregistrera plus de 850 nouvelles commandes en 2008. Et selon le groupe, ses prévisions de croissance du chiffre d’affaires à plus de 40 Md€ en 2008 restent inchangées, avec plus de 470 avions livrés pour l’année.

 

Avec un EBIT de 2 Md€ pour les neuf premiers mois de 2008, EADS devrait dépasser sa prévision d’EBIT de 1,8 Md€ précédemment annoncé pour l’exercice 2008 (taux de change de 1€ = 1,45 $) compte tenu de la solide performance opérationnelle. Néanmoins, cette perspective d’EBIT exclut tout impact additionnel lié à l’A400M en raison des incertitudes pesant sur ce programme.

 

Avant impact du financement client, EADS anticipe des flux de trésorerie disponible supérieurs à 2 Md€ en 2008, sachant que cet agrégat est le plus difficile à prévoir.

 

Airbus civils

 

Le chiffre d’affaires de la division Airbus s’inscrit en hausse à 19.445 M€, (18.856 M€ sur les neuf premiers mois de 2007). Selon EADS, « Cette performance s’explique principalement par l’augmentation des volumes et un mix de livraisons plus favorable. Les livraisons d’avions se maintiennent à des niveaux record. Airbus a livré 349 avions sur la période, dont sept A380, (330 appareils sur les neuf premiers mois de 2007). La croissance du chiffre d’affaires intègre l’effet de la suspension de la prise en compte du programme A400M en fonction des points d’avancement, pour ce qui concerne la part de travail d’Airbus. La baisse du dollar et la détérioration des prix de vente ont eu un impact négatif sur la croissance. L’EBIT s’inscrit en forte hausse à 1 501 millions d’euros, (- 677 M€  sur les neuf premiers mois de 2007). Ce résultat reflète l’excellente performance d’Airbus en termes de livraisons, la profitabilité sous-jacente des programmes de série d’Airbus et les progrès réalisés dans le cadre du programme Power8. Des charges exceptionnelles moins élevées que sur les neuf premiers mois de l’année 2007 et l’ajustement au taux de clôture des provisions pour pertes à terminaison ont également contribué à la croissance de l’EBIT, et ce en dépit d’une provision sur le programme A400M passée au troisième trimestre 2008 et d’une augmentation des coûts récurrents de l’A380, liée à la difficile montée en cadence de la production »[7].

 

Au cours des neuf premiers mois de 2008, Airbus a continué à profiter d’une demande soutenue d’appareils neufs, et a enregistré un total de 785 commandes brutes. Ce succès commercial est dû à l’efficience des avions composant le portefeuille d’Airbus. Les commandes nettes s’élèvent à 737 avions avec une amélioration des prix. Les prises de commandes nettes représentent une part de marché de 54% pour Airbus. Le programme A350 - « parfaitement dans les temps », comme l’a encore dit le directeur général Fabrice Brégier - bénéficie d’un carnet de commandes de 458 appareils. Le carnet de commandes d’Airbus s’élevait à 341,6 Md€ au 30 septembre 2008, sur la base des prix catalogue, (283,8 M€ à la fin de l’année 2007). Le carnet de commandes a encore augmenté en termes d’unités et a atteint le niveau record de 3.809 avions à fin septembre, (3.421 avions à la fin de l’année 2007).

 

Qantas a reçu son premier A380 et a rejoint Singapore Airlines et Emirates en devenant le troisième exploitant du gros-porteur. L’appareil fait preuve d’une fiabilité exceptionnelle, comme l’attestent les performances du premier A380 livré à Singapore Airlines. Au cours de cette première année d’exploitation commerciale, l’ensemble des A380 en service ont effectué 15.000 heures de vol et ont transporté 700.000 passagers. En septembre, Airbus a inauguré à Tianjin (Chine) sa première ligne d’assemblage finale hors d’Europe. Les premiers appareils sont en cours d’assemblage et le premier A320 sera livré mi-2009. Le renforcement de la coopération avec la Chine est l’un des principaux axes de la stratégie du Groupe, qui vise à développer une présence industrielle sur les marchés les plus importants.

 

Airbus militaires

 

Le chiffre d’affaires de la division Avions de Transport Militaire a atteint 1.949 M€ sur les neuf premiers mois de 2008, (1.014 M€ sur la période équivalente de 2007). Le chiffre d’affaires a été porté par la croissance des activités avions ravitailleurs en vol. Le chiffre d’affaires reflète la comptabilisation de l’étape de mise sous tension de l’A400M, prévue initialement en 2007, pour un montant d’environ 400 M€. Le chiffre d’affaires tient également compte de la suspension de la méthode de comptabilisation en fonction des points d’avancement du programme A400M. L’EBIT de la division s’inscrit en hausse à - 68 M€, (contre - 144 M€ sur les neufs premiers mois de 2007), et ce malgré l’impact de la provision A400M.

 

Mais, dans une certaine mesure, l’A400M reste le talon d’Achille du groupe. Ce qu’à, pour partie, confessé Louis Gallois, admettant que l’A400M est bien « le programme qui m’empoisonne l’existence ». car « Nous avons sous-estimé le défi que représente cet avion, encore plus complexe que des chasseurs comme le Rafale ou l’Eurofighter. Nous en payons le prix »[8].

 

Et lorsque le groupe évoque ce programme, l’on flirte vite avec la langue de bois. Qu’on en juge : « Comme l’issue de la réalisation du contrat A400M de ne peut pas être évaluée de façon fiable », décortique EADS, le groupe « ne peut pas actuellement se conformer à toutes les exigences pour comptabiliser le contrat en fonction de la méthode comptable d’estimation à terminaison. En conséquence, et en application de la norme comptable IAS 11 (contrats à long terme), EADS a suspendu l’application de la méthode comptable d’estimation à terminaison (comptabilisation selon points d’avancement) et a donc reconnu les coûts du contrat enregistrés à ce jour comme une charge directe dans le compte de résultats ainsi que les revenus correspondants, pour autant que l’on pense recouvrer les coûts du contrat dépensés puissent selon la méthode comptable “de début de contrat”. La provision pour perte à terminaison a été ensuite réévaluée pour couvrir uniquement les pertes additionnelles du contrat qu’EADS est en mesure d’estimer actuellement de manière fiable »[9].

 

Ouais, pas très clair, non ?

 

Un mouton à cinq pattes

 

Vincent Lamigeon, plus prosaïquement, nous parle de « plus de 1,6 Md€ de provisions passées suite aux retards successifs de l’appareil. Sans compter un conflit ouvert l’été dernier avec des motoristes qui refusaient d’endosser la responsabilité des dysfonctionnement, et la colère des pays clients quant au nouveau calendrier proposé le 9 janvier par EADS, qui envisage les premières livraisons de l’appareil au plus tôt en 2012, avec trois années de retard »[10].

 

Et de poursuivre : « Comment ce programme a-t-il pu déraper à ce point ? »[11]. En fait, comme le souligne cet estimé confrère, « il souffre des travers habituels des coopérations européennes »[12]. Et de nous rappeler que « L’avion lui-même est un compromis entre les exigences contradictoires des clients des 192 A400M commandés. Un mouton à cinq pattes, à la fois tactique (projection rapide) et stratégique (transport de cargaisons sur de longues distances). Un appareil à hélices presque aussi rapide qu’un jet (Mach 0,72), mais pouvant voler à vitesse réduite et à basse altitude. Un avion militaire, mais avec des normes proches de l’aviation civile »[13].

 

Là, on comprend mieux. Mais ça n’est pas tout.

 

Car, « pour ne rien arranger », note encore Vincent Lamigeon, « les politiques viennent se mêler de choix industriels, notamment sur la sélection du moteur. Airbus penche dès l’origine pour un motoriste américain, Pratt & Whitney, spécialiste des turbopropulseurs. “Leur offre était 20% moins chère, et ils avaient l’expérience de ce type d’engin”, raconte un ancien d’Airbus. Au printemps 2003, Noël Forgeard s’apprête à annoncer le choix de P&W, préféré au consortium EPI. Il ne le fera pas. Suite au lobbying effréné des industriels européens, notamment du patron de Safran de l’époque, Jean-Paul Béchat, l’Élysée se fend d’un coup de fils véhément. Airbus choisira EPI »[14].

 

Le moteur vient tout juste de commencer sa phase d’essais en vol. Pour la défense du motoriste EPI, il faut aussi reconnaître que le travail « a été compliqué par les changements incessants de spécifications par Airbus Military »[15] qui ont plombé le développement du logiciel de régulation numérique des moteurs le Fadec. Et comme si cela ne suffisait pas le choix, de la plate-forme d’essais en vol a aggravé la situation. Contrairement à l’avis de nombre d’expert, un (antique) C-130 Hercules a été choisi, au détriment d’un Airbus A340. Résultats : de nouveaux délais de “remise en forme ” de l’antiquité volante…

 

Aujourd’hui, vient se greffer au dossier le problème des pénalités de retards exigées par certains pays-clients, notamment l’Allemagne où le controversé ministre de la Défense, Franz Josef Jung, en fait une question de principe, face à un Louis Gallois qui a beau jeu de rappeler combien les retards actuels sont imputables à l’EPI, imposé à Airbus et EADS par ces mêmes clients, dont… Berlin ! Ce que n’a pas manqué de souligner à Challenges, Matthieu de Varax, associé spécialiste de la Défense au cabinet Mayer Brown : « En insistant sur le paiement de pénalités de retard, les pays acheteurs se tirent une balle dans le pied. Ils sont, pour la plupart, indirectement responsables de e retard, ayant imposé une coopération industrielle complexe pour les moteurs »[16].

 

En revanche, dans le domaine des avions ravitailleurs en vol, le développement du prototype de la perche caudale de ravitaillement en vol a été achevé avec succès. Aux États-Unis, le Pentagone a suspendu la procédure d’appel d’offres pour le renouvellement de la flotte d’avions ravitailleurs. Mais avec les commandes de 20 avions ravitailleurs depuis le début de l’exercice 2008, le carnet de commandes de la division Avions de Transport Militaire est passé à 23 Md€ à la fin septembre 2008, (19,9 Md€ à fin 2007). Et, s’il y a de fortes chances que la nouvelle administration US tranche en faveur de Boeing, le Pentagone, de son côté a déjà fait savoir qu’il ne saurait se contenter - sécurité oblige - d’un seul type de ravitailleur…

 

Eurocopter

 

Eurocopter poursuit sa croissance. Le chiffre d’affaires a augmenté de 7% à 2.781 M€, (2 599 M€ sur les neuf premiers mois de 2007). Cette croissance résulte de l’augmentation continue des livraisons d’hélicoptères de série légers et moyens. Eurocopter a livré 404 hélicoptères, (319 au cours de la période équivalente de 2007). L’EBIT a augmenté à 164 M€ (113 M€ sur la période équivalente de 2007). En 2007, l’EBIT avait été affecté par une provision exceptionnelle au titre du programme NH90. L’augmentation de l’EBIT d’Eurocopter s’explique par une augmentation des volumes, qui a été partiellement obéré par un impact défavorable du dollar et par une augmentation des dépenses de R&D.

 

Eurocopter continue de renforcer ses activités de services, qui représentent déjà environ 35% du chiffre d’affaires de la Division. Dans le cadre de ses objectifs de croissance, Eurocopter se développe au Royaume-Uni en offrant des services de formation. Cette initiative fait partie d’une stratégie plus générale d’extension de l’implantation d’Eurocopter au Royaume-Uni. À l’international, Eurocopter a fait preuve de sa fiabilité en livrant 29 hélicoptères de type UH-72A Lakota produits à Columbus (Mississipi) : tous les hélicoptères ont été livrés dans les délais prévus, voire en avance sur le calendrier et étaient prêts à entrer en service immédiatement.

 

Eurocopter a vendu 605 hélicoptères sur les trois premiers trimestres de l’année, (658 hélicoptères sur la période équivalente de 2007). Ce total inclut la commande de 15 EC225 par les clients du secteur pétrolier et gazier ainsi que les 31 EC135 commandés par les gouvernements de Bavière et de Pologne. De plus, Eurocopter a signé un contrat avec les douanes américaines, qui prévoient d’acquérir jusqu’à 50 Écureuil. Le carnet de commandes d’Eurocopter s’élève à 1.589 hélicoptères pour un montant total de 14,5 Md€ (1.388 unités représentant 13,5 Md€ à la fin de l’année 2007).

 

L’espace

 

Les résultats d’Astrium sur les neuf premiers mois de 2008 reflètent la priorité donnée par la Division à l’efficacité, à l’innovation et à la fiabilité de ses produits, qui lui permettent de conforter son excellent positionnement concurrentiel. Le chiffre d’affaires de la Division a augmenté de 25%, à 2.749 M€, (2.191 M€ sur les neuf premiers mois de 2007). Cette progression a été soutenue par toutes les activités, et principalement par l’accroissement des ventes de satellites de télécommunications, par l’accélération des cadences de production du lanceur Ariane 5 et par la montée en puissance des services Paradigm. En outre, le chiffre d’affaires a bénéficié de la première consolidation de Spot Image. L’EBIT a quasiment doublé, pour atteindre 140 M€ (71 M€ sur 9 mois en 2007). Cette progression, en ligne avec la croissance du chiffre d’affaires, a été portée par les améliorations opérationnelles par rapport à la même période sur l’année 2007. L’EBIT a doublé malgré l’impact défavorable de la baisse de la livre sterling (GBP) par rapport à l’euro dans le programme Paradigm, et la légère augmentation des dépenses de R&D. Cette évolution prouve que la Division a réalisé des progrès significatifs.

 

L’ATV (véhicule de transfert automatisé) a réussi sa rentrée atmosphérique. Astrium a été retenu comme candidat pour exploiter les segments espace et contrôle au sol de Galileo. Dans le domaine de l’observation de la terre, la division a obtenu les contrats relatifs au satellite SEOSAR du ministère de la Défense espagnol et au système chilien SSOT d’observation optique de la terre. Le carnet de commandes d’Astrium atteint 12,6 Md€ à la fin du mois de septembre, (12,9 Md€ à la fin de l’année 2007).

 

Défense & Sécurité

 

Le chiffre d’affaires de la division Défense & Sécurité (D&S) s’inscrit en hausse de 11% à 3.490 M€, (3 149 M€ sur les neuf premiers mois de 2007). La croissance a été tirée par l’augmentation des contributions de l’électronique de défense, des activités de support en service des systèmes militaires aériens et par la consolidation de PlantCML. Par ailleurs, la croissance du chiffre d’affaires reflète l’effet de la suspension de la méthode de comptabilisation de l’activité du programme A400M en fonction des points d’avancement pour ce programme, lié la part de travail de la division D&S. L’EBIT de la Division a connu une forte augmentation (+ 74%) à 219 M€, (126 M€ sur les neuf premiers mois de 2007). Cette progression reflète l’amélioration des performances opérationnelles de l’ensemble des activités, résultant à l’arrivée à maturité des programmes en cours de missiles, de radars et de services de support, ainsi qu’à des économies. Les données des neuf premiers mois de 2007 ont été ajustées pour tenir compte d’un changement de périmètre de consolidation, MBDA étant désormais prise en compte à hauteur de 37,5%.

 

Confirmant ses capacités dans le domaine des activités de défense aux États-Unis, la division a livré un système de drones cibles à l’armée de terre américaine. EADS a également fourni avec succès le plus grand réseau urbain sécurisé de communications par radio, à l’occasion des Jeux Olympiques de Pékin. La division a continué à enregistrer des succès dans son activité électronique de défense. Elle a notamment reçu des contrats portant sur des radars navals destinés aux gardes côtes des États-Unis et à la marine allemande. MBDA a par ailleurs obtenu un contrat portant sur des missiles destinés à la défense aérienne du Royaume-Uni. EADS a proposé l’Eurofighter à l’Inde et à la Suisse. Le carnet de commandes de la Division s’établit à 17,8 Md€ à fin septembre, au même niveau qu’à la fin de l’année 2008.

 

Sièges & Autres Activités

 

Le chiffre d’affaires des Autres Activités (ATR, EADS EFW, EADS Socata, EADS Sogerma et EADS North America) s’inscrit en hausse à fin septembre 2008, à 1.106 M€ (967 M€ sur les neuf premiers mois de 2007). L’EBIT des Autres Activités a diminué légèrement à 63 M€ sur les neufs premiers mois de 2008, (66 M€ sur la période équivalente de l’exercice précédent), principalement en raison de la baisse du dollar.

 

Le constructeur d’avions régionaux ATR, affichant une forme insolente, a livré 37 appareils, (26 appareils sur les neufs premiers mois de l’exercice précédent). Le carnet de commandes d’ATR s’élève à 165 appareils à fin septembre. L’activité aérostructures d’EADS EFW a compensé pour l’essentiel le ralentissement temporaire de l’activité de conversion des avions civils en avions de fret. L’activité future devrait bénéficier de la coopération avec Lufthansa Technik, pour la conversion et la modification d’avions Airbus, et des relations avec les partenaires russes de la Société pour la conversion d’A320 en appareils de fret.

 

EADS Socata a livré 41 TBM 850. Son carnet de commandes porte sur 74 avions. Par ailleurs, Daher va racheter à EADS 70% d’EADS Socata, après la conclusion récente des négociations entre les deux parties. L’accord conclu est sujet à l’approbation des autorités compétentes.

 

À la fin du mois d’octobre, EADS Sogerma a finalisé la vente de sa filiale Revima. Le carnet de commandes des Autres Activités s’élève à 3 Md€ au 30 septembre 2008, ( 2,7 Md€ à fin 2007).

 

En 2007, EADS a généré un chiffre d’affaires de 39,1 Md€ en employait environ 118.000 personnes. Rappelons ici que le croupe comprend l’avionneur Airbus, Eurocopter, premier constructeur d’hélicoptères au monde, et reste le leader européen des programmes spatiaux, d’Ariane à Galileo, EADS Astrium. EADS est également le principal partenaire du consortium Eurofighter et l’architecte de l’avion de transport militaire A400M. Enfin, le Groupe détient une partie du capital de la joint venture MBDA, leader mondial des systèmes de missiles.


[1]          EADS, selon des propres termes, utilise l’EBIT avant amortissement des écarts d’acquisition et éléments exceptionnels comme indicateur clé de ses performances économiques. L’expression « éléments exceptionnels » se réfère aux éléments tels que les dotations aux amortissements des ajustements à la juste valeur se rapportant à la fusion EADS, à la création de la société Airbus intégrée et à la création de MBDA, ainsi que les dépréciations constatées en résultat sur les écarts d’acquisition générés à l’occasion de ces transactions.

[2]          EADS.

[3]          EADS.

[4]          EADS.

[5]          EADS.

[6]          EADS.

[7]          EADS.

[8]          In Challenges n°152, page 64 (22 janvier 2009).

[9]          EADS.

[10]        In Challenges n°152, page 65 (22 janvier 2009).

[11]        In Challenges n°152, page 64 (22 janvier 2009).

[12]        In Challenges n°152, page 64 (22 janvier 2009).

[13]        In Challenges n°152, page 64 (22 janvier 2009).

[14]        In Challenges n°152, page 64 (22 janvier 2009).

[15]        In Challenges n°152, page 64 (22 janvier 2009).

[16]        In Challenges n°152, page 64 (22 janvier 2009).

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