Le Québec, l’Amérique en Français


 

Zeina el-Tibi

Vestige d’une époque où, sous Louis XIV, l’Amérique française s’étendait du Labrador aux bouches du Mississippi, la francophonie d’Amérique représente plus d’une vingtaine de millions de personnes. Celles-ci sont réparties dans plusieurs endroits: au Canada (Nouveau-Brunswick, Ontario, Manitoba), au Québec, Haïti (7,5 millions), aux États-Unis où résident de nombreuses, en particulier en Louisiane et dans certains États de la Nouvelle-Angleterre (Maine). Il existe par ailleurs trois départements français d’Amérique (Guadeloupe, Martinique, Guyane) et une collectivité départementale (Saint-Pierre et Miquelon) : au total près d’un million de personnes. Il faut aussi mentionner que la Dominique et Sainte-Lucie sont membres de l’Organisation internationale de la Francophonie.

Aujourd’hui le cœur de cette francophonie américaine est le Québec.

Trop souvent le Québec reste mal connu. Quelques clichés et réminiscences servent le plus souvent de point de repères : les superbes espaces couverts de neige, les batailles de Montcalm, le récit de Maria Chapdeleine, le discours du général de Gaulle sur le Québec libre, le succès international des chanteurs et artistes au bel accent chaleureux. Comme tous les clichés ceux-ci ont leur part de vérité, mais ils sont loin de donner une idée exacte de la réalité québécoise qui est à la fois plus complexe et plus riche.

Une réalité complexe

1.700 000 kilomètres carrés 7.500.000 habitants. Plus étendu que la France métropolitaine, l’Allemagne, la Grande-Bretagne et l’Italie réunies, avec une population inférieure à celle de l’Autriche, le Québec qui s’étend des États-Unis jusqu’aux mers boréales, est une terre de paradoxes. Il est la plus grande des provinces de la confédération canadienne, mais il est loin de se réduire au Canada. Naturellement imprégné par son appartenance au continent américain, il reste à cheval entre le nouveau et le vieux continent. Le peuple québécois est le plus européen des peuples du nouveau continent pourtant il fait partie des plus anciens Américains ; il est « le premier qui a navigué sur le Saint-Laurent, sur l’Ohio, le Wisconsin, l’Illinois, le Mississippi et le Missouri ». Constituant une partie importante de l’Amérique, il est surtout l’Amérique en français. Enfin, ce peuple, marqué par la tradition et dont la devise est « je me souviens », est aussi l’un de ceux qui figurent dans le peloton de tête des pionniers des nouvelles technologies.

Pays de paradoxes et de contrastes, le Québec est aussi celui de toutes les interrogations. Comment quelques dizaines de milliers d’hommes et de femmes, brusquement coupés, voire délaissés, de la mère-patrie et livrés à un occupant qui n’a jamais cessé de vouloir les assimiler, ont-ils pu résister et devenir une nation prospère ? Il y a là une sorte de miracle.

Comment cette nation a-t-elle su utiliser ses compétences pour construire un modèle, le fameux « modèle québécois » qui est une façon de penser, d’exister, de travailler, de se gouverner, de voir l’avenir et d’entretenir un sens de la collectivité qu’on ne trouve pas ailleurs en Amérique ?

Comment le pays des libres coureurs des bois et des ardents paysans travaillant une terre rendue difficile par la rigueur du climat, a réussi à se hausser par ses propres forces au premier rang des grands pays industrialisés ?

Comment le terme de québécois a-t-il peu à peu remplacé celui de canadien-français ? Enfin, pourquoi les Québécois n’en finissent pas d’une interminable valse-hésitation sur la question de l’indépendance ?

De la survivance à la nation québécoise

L’histoire du Québec est avant tout celle d’un combat, d’une résistance.

En effet, depuis sa découverte et sa prise de possession par Jacques Cartier au nom du roi de France, en 1534, le pays a connu bien des vicissitudes. C’est d’abord une colonie puis une province française. Dans cette province lointaine naît peu à peu un particularisme, une Amérique française. Mais les Anglais installés en Nouvelle-Angleterre ne cessent de harceler les Français. En 1755, ils s’emparent de la région de Port Royal et déportent les Acadiens. Le 17 mai 1756, George II déclare officiellement la guerre à la France. C’est le début de la guerre de Sept Ans. En Amérique, les Français, aidés par les tribus d’Indiens, commencent à combattre les Anglais en Nouvelle-Angleterre. Commandés par Montcalm, les Français remportent d’abord de nombreuses victoires mais l’Angleterre ne cesse d’envoyer des troupes alors que le roi de France qui fait face à une terrible guerre en Europe ne peut guère venir au secours de Montcalm. Le 13 septembre 1759, Québec tombe. Un an après c’est le tour de Montréal. En 1763, le traité de Paris arrache à la France toutes ses possessions en Amérique du Nord à l’exception de Saint-Pierre et Miquelon.

Après le traité de Paris, on ne donnerait pas cher de la survie des 70.000 Français d’Amérique du Nord, que l’on appelle les Canadiens, face aux colonies britanniques qui comptent 1.500.000 personnes. La preuve même qu’il existait déjà un peuple, avec son identité, est que cette poignée de personnes ne va disparaître. Plus encore, l’intrusion d’un nouveau pouvoir étranger par sa culture, sa religion, ses intérêts, va conduire à une conscience nationale et politique Les Canadiens français arracheront pièce à pièce la reconnaissance de leur droits mais ils devront toujours de montrer vigilants contre les tentatives de leur retirer ou de réduire leur société distincte.

Le 1er juillet 1867, l’Acte d’Amérique du Nord est promulgué par la reine Victoria. C’est une sorte de Constitution qui vise à créer une unité canadienne tout en respectant les particularités de chaque région. L’Acte fait du Canada un Dominion regroupant quatre provinces : l’Ontario, le Québec, le Nouveau-Brunswick et la Nouvelle-Écosse. Entre 1870 et 1873, la fédération sera rejointe par le Manitoba, la Colombie britannique et l’Île-du-Prince-Edouard. Les pouvoirs des provinces et de l’État fédéral, le nouveau Canada, sont délimités. Les règles de l’utilisation des langues officielles, l’anglais et le français, sont fixées : le bilinguisme est obligatoire au Fédéral et au Québec, facultatif ailleurs. Sur le plan juridique, le Québec garde les lois civiles françaises. Toutefois, contrairement à ce que souhaitent les Canadiens français, le pouvoir de l’État fédéral reste très prépondérant, notamment sur le plan budgétaire et l’autonomie des provinces est battue en brèche par un pouvoir centralisateur. La cohabitation reste donc fragile entre Français et Anglais. Et c’est une nouvelle lutte qui s’engage pour la reconnaissance de la diversité des Canadiens français et la défense de leur langue. La défense de la langue française sera d’ailleurs au centre de tous les combats.

En 1931, le Canada obtient l’indépendance de jure grâce au Statut de Westminster. Cette indépendance est accueillie froidement par les Canadiens français qui souhaitent que la fin du dominion britannique soit l’occasion de revoir la situation de leur pays au sein de la fédération. Elu premier ministre en 1936, Maurice Duplessis s’oppose à l’intrusion du gouvernement fédéral dans les compétences provinciales mais son conservatisme inné le freine dans ses revendications nationales. Le gouvernement conservateur perdure jusqu’en 1959 date à laquelle s’ouvre la fameuse Révolution tranquille qui va modifier le visage du Québec en le faisant accéder à la modernité, d’une part, et en affirmant plus catégoriquement son identité nationale, d’autre part.

Sur le plan social, les réformes sont nombreuses. Jean Lesage et son « équipe du tonnerre » mettent sur pied un appareil étatique renforcé qui veillera à récupérer des compétences et des pouvoirs et à adopter une série de mesures sociales qui assureront une meilleure distribution des biens et des services. Le développement économique devient une priorité pour un gouvernement qui a fait du keynésianisme une règle de conduite. L’éducation nationale est l’autre grande priorité de l’équipe de Lesage qui entreprend de réformer le système scolaire sous influence religieuse. Le fait majeur de la réforme est la création du ministère de l’Éducation du Québec. L’accent est également mis sur la recherche et la modernisation du pays. De grands travaux sont lancés dans la perspective de l’Exposition universelle de Montréal, prévue en 1967. Enfin, dès 1962, Hydro-Québec acquiert les sept plus grandes compagnies de distribution d’électricité du Québec et devient l’une des grandes compagnies mondiales d’électricité. Sur le plan social, la condition de la femme évolue. Les changements sont également importants sur le plan socio-culturel. Les idées nouvelles foisonnent dans la littérature, le cinéma, la chanson et le théâtre.

Mais la Révolution tranquille marque aussi un nouvel élan du mouvement national. Désormais, le terme de Canadien français ne s’emploie plus que pour les francophones des autres provinces du Canada. Il s’efface au profit de celui de Québécois. Un peuple et une nation sont nés. En l’espace d’un peu moins de deux siècles, on est passé de la survivance des Canadiens français à l’affirmation d’une nation québécoise.

Le regain indépendantiste, qui donnera naissance au Parti québécois, affirme la montée en puissance d’un Québec nouveau, moderne, celui-là même que saluera le général de Gaulle lors de son fameux voyage en juillet 1967. Le discours de Montréal du général de Gaulle donne à la question québécoise une audience internationale.

En novembre 1976, le Parti québécois indépendantiste remporte les élections sur un programme privilégiant la modernité, l’efficacité, la démocratie renouvelée et le respect des droits nationaux du Québec. L’un des actes majeurs du gouvernement péquiste est de faire voter, le 26 août 1977, la Loi 101 portant Charte de la langue française. La loi 101 prévoit essentiellement de promulguer la langue française comme langue commune. L’objectif est d’endiguer le processus d’assimilation et de minorisation des francophones ; assurer la prédominance socio-économique de la majorité francophone ; réaliser l’affirmation du fait français. En effet, étant donné que la population québécoise est formée de près de 85% de personnes de langue maternelle française, il importait que le français, plutôt que l’anglais, devienne la langue commune de tous les Québécois. Il importait surtout de prendre les mesures nécessaires pour assurer la préservation et la vitalité du français dans un environnement anglophone. À cet égard, la loi 101 a été un formidable acte d’émancipation et d’affirmation nationale.

En 1980, le Premier ministre René Lévesque demande au pays par référendum de lui accorder le mandat d’entreprendre avec le gouvernement fédéral des négociations devant mener à la souveraineté-association pour le Québec. À Ottawa, Trudeau emploie tous les moyens pour faire échouer le référendum qui ne recueille finalement que 40,44% de Oui.

En 1982, le gouvernement fédéral et les provinces anglophones s’entendent sur une démarche constitutionnelle en laissant le Québec à l’écart des discussions. La nouvelle loi constitutionnelle, proclamée par le gouvernement fédéral avec l’appui de neuf provinces de langue anglaise, est rejetée par le Québec. La crise est ouverte. Depuis, elle est restée ouverte. La querelle constitutionnelle domine donc la vie du Québec. Il est vrai qu’elle conditionne tout son avenir. D’autant que le peuple canadiens français ne connaît plus la forte natalité qui a assuré sa survie dans le passé. Aujourd’hui la stagnation de la démographie est une véritable inquiétude. Le chiffre de fécondité serait encore pire sans l’immigration. Immense pays, relativement peu peuplé, le Québec est, traditionnellement, une terre d’immigration. Le niveau des études, la qualité de vie et les opportunités du marché du travail attirent chaque année des milliers de nouveaux immigrants. Le Québec a une bonne capacité d’intégration et ils s’emploient à faire des citoyens à part entière des nouveaux arrivants.

Si la situation politique demeure incertaine, il est incontestable que le Québec a su se faire une place sur le plan culturel et économique.

Dynamisme culturel & économique

La culture québécoise a bien relevé le double défi de la modernité et de la préservation de l’identité. Depuis les années cinquante, forts de l’appui de l’État, les intellectuels – écrivains, artistes, universitaires, cinéastes, metteurs en scène, chanteurs, musiciens, peintres… ont montré une grande vivacité. Ils ont concouru à faire naître ce qu’il faut bien appeler une civilisation québécoise qui est l’expression la plus solide et la plus dynamique de cette nation francophone d’Amérique du Nord.

Cette vitalité culturelle, et le combat quotidien pour préserver son identité, place le Québec en tête des nations qui défendent la diversité culturelle et contribuent à éviter que le monde soit dominé par les seuls produits culturels des États-Unis. Cette vitalité est également un excellent moyen de l’affirmation de la nation québécoise. Pour les Québécois, la littérature et les autres formes d’expression culturelle ont été une manière de se dire aux autres et de se faire reconnaître comme un peuple en devenir.

Puissance culturelle, le Québec est aussi une puissance économique. Il est dans le peloton de tête des vingt pays les plus riches du monde. Son dynamisme économique est remarquable. Le PIB du Québec (environ 145 milliards de dollars des États-Unis en 2001) le place au 18ème rang mondial, juste après la Suisse, et au 15ème rang pour le PIB par habitants. L’économie québécoise est marquée par un bon taux de croissance et caractérisée par son aspect innovateur et ouvert aux réalités de l’économie mondiale. Moderne, ouvert et en pointe des hautes technologies, le Québec a non seulement rattrapé le retard dans lequel l’avait confiné le colonialisme anglais mais il rivalise maintenant avec le Canada anglais.

Les atouts du Québec sont nombreux. Tout d’abord, il bénéficie d’innombrables richesses naturelles C’ est surtout un pays très industrialisé. Les grandes entreprises apportent une contribution essentielle au développement du pays et à la conquête des marchés extérieurs. Plusieurs centaines d’entreprises québécoises sont de taille internationale : la société d’État Hydro-Québec est une pièce maîtresse de la politique énergétique, la société Bombardier représente 38% du marché mondial des avions d’affaires et des véhicules sur rails, Québécor, est le numéro un mondial pour l’imprimerie commerciale, Videotron est l’une des principales sociétés canadiennes dans le secteur des médias, Alcan, est l’un des chefs de file mondiaux pour l’aluminium, Pharma Services, est le chef de file de la recherche contractuelle en pharmacologie…

 

S’étant doté d’une stratégie industrielle axée sur le développement de techniques et technologies de pointe et de secteurs industriels concurrentiels sur les marchés mondiaux, le Québec est un chef de file international dans les domaines de l’aérospatial (6ème rang mondial), des biotechnologies (le Québec a créé le plus important centre de recherche spécialisé en biotechnologie au monde, l’Institut de recherche en biotechnologie), des produits biopharmaceutiques, de l’hydroélectricité et du génie-conseil… Le Québec est particulièrement en avance dans les nouvelles technologies de l’information et des télécommunications.

Aux portes d’un marché de plusieurs centaines de millions de consommateurs, le Québec est un emplacement stratégique pour les entreprises internationales à la conquête des marchés de l’Amérique du Nord et de l’Amérique Latine. Nation moderne et tournée vers le progrès, le Québec est une puissance économique dont les standards de vie sont parmi les plus élevés au monde.

Après beaucoup d’autres défis concernant la survie de son peuple, la protection de sa spécificité linguistique et culturelle, l’affirmation de son identité nationale, le Québec a relevé avec succès celui de l’émancipation économique et du progrès social tout en construisant, dans le domaine économique, comme dans les autres, son propre modèle très particulier sur le continent américain.

En réalité, le Québec a tous les atouts pour être une nation indépendante. Mais se pose précisément le problème de son avenir politique.

La question de l’avenir politique

Nul ne peut nier qu’il existe un malaise entre le Québec et le Canada.

Dès 1906, dans son essai Canada, la question des deux races, André Siegfried écrivait qu’il y a au Canada deux nations bien distinctes : une « race conquise » et une « race dominante ». La suprématie britannique ne lui avait pas échappé, il estimait que « l’unité artificielle de la confédération n’a pas réglé le problème » et déjà il voyait et appréhendait pour l’avenir de graves tensions entre ces deux nations. Près de cent ans plus tard, la prédiction de ce grand géographe, qui est l’un des pères de la géopolitique, se révèle exacte.

Si le Québec n’est pas (encore) un État « il ne peut être compté comme l’une des provinces de la confédération canadienne ». Le gouvernement fédéral n’a jamais fait les efforts nécessaires pour aménager la Constitution afin de faire une large place à la diversité québécoise et trouver un statut politique satisfaisant pour le Québec. La plus grande partie des Québécois, qu’ils soient indépendantistes ou simplement favorable à un réaménagement de la situation du Québec dans le cadre du Canada, souscrivent à l’idée qu’il existe une identité civique, une nation québécoise.

Les libéraux, les partisans de l’Action démocratique et les souverainistes du Parti québécois se retrouvent au moins sur cette conviction, tout le problème est l’appréciation que font les uns et les autres de la meilleure façon de défendre cette nation. Certains estiment qu’il est possible de sortir de l’impasse constitutionnelle et d’obtenir la reconnaissance d’un statut de nation distincte au sein du Canada. En revanche, le Parti québécois et les indépendantistes pensent au contraire que toutes les tentatives de trouver une solution dans le cadre canadien ont échoué du fait même de la mauvaise volonté des provinces anglophones et de l’obstruction du gouvernement fédéral. A l’instar de Pierre Vadeboncœur, les indépendantistes sont persuadés que « sans l’accès à la souveraineté, c’est à dire la maîtrise de son destin, le Québec est menacé d’un génocide en douce. Dès lors, il n’y aurait qu’une alternative : “gouverner ou disparaître” ». Le débat reste ouvert!

Il est clair que le statu quo ne peut que conduire soit à de nouvelles crises, soit à la disparition progressive du peuple québécois, folklorisé, marginalisé et minorisé dans un Canada lui-même de plus en plus intégré aux États-Unis. Le mot d’ordre de Daniel Johnson semble plus actuel que jamais : « l’égalité ou l’indépendance ».

De nombreux experts observent qu’une nouvelle entente constitutionnelle entre le Québec et la Canada demanderait de l’imagination, du courage et de la générosité. Toutes choses dont le gouvernement fédéral a jusqu’à présent été bien avare. L’Indépendance, ou comme on dit au Québec la Souveraineté, reste donc une option.

L’ancien Premier ministre et chef du Parti québécois, Bernard Landry récuse avec force l’idée selon laquelle les indépendantistes seraient les tenants du repli et de la fermeture. Auteur d’un ouvrage, Commerce sans frontières, il a été l’un des plus vibrants défenseurs du traité de libre échange nord-américain qui unit le Canada aux États-Unis et au Mexique (Alena), alors que de nombreuses voix y étaient opposées à Ottawa. Selon les indépendantistes, rien ne s’opposerait à ce que le Québec indépendant reste membre de l’Alena, comme le souhaitent d’ailleurs les États-Unis et le Mexique. Dans une économie de libre-échange qui caractérise l’Amérique du Nord, l’indépendance ne signifierait aucunement le protectionnisme et le repli sur soi. Par surcroît, un Québec indépendant maintiendrait des liens et une coopération - ou une association- avec le Canada. Dans une certaine mesure, les relations entre le Québec et le Canada seraient même meilleures qu’elles ne le sont aujourd’hui car elles reposeraient sur des bases plus claires, plus franches et plus égalitaires.

Selon Bernard Landry « la mondialisation rend la souveraineté plus nécessaire et urgente que jamais. Sans institution nationale, la mondialisation risque de conduire à l’anarchie. La souveraineté nationale est l’ultime rempart contre les effets pervers et dissolvants d’une mondialisation qui n’est, à toutes fins utiles, que l’uniformisation de la planète. Seuls des gouvernements responsables et souverains peuvent endiguer les marées dévastatrices des prédateurs qui déterminent désormais les destins des économies nationales. En effet, dans le nouveau contexte mondial, la souveraineté n’est plus seulement une question de survie, de prospérité et de rayonnement international des peuples, c’est la qualité même de leur vie démocratique qui est mise en cause par cette nouvelle donne que constitue la mondialisation ».

Fort de sa civilisation de langue française, de ses réussites en matière culturelle et technologique, véritable puissance économique, le Québec est-il condamné à rester « le plus riche et, peut-être, le dernier des États colonisés » ? C’est toute la question et il n’est pas possible de faire l’économie du débat.

La nation québécoise n’est pas seulement un passé, émouvant et glorieux, c’est surtout un avenir. Elle a su trouver sa place sur le Nouveau Continent où elle apporte une contribution originale à la construction des Amériques et représente une authentique civilisation. Elle a su s’affirmer comme une puissance économique et ultramoderne, un chef de file dans le domaine des nouvelles technologies, une civilisation vivante et riche, une société ouverte dotée d’une grande capacité d’intégration.

Le Québec incarne également sur la scène internationale un courant nécessaire visant à contester le danger de la disparition des identités culturelles dans une mondialisation débridée et sans règles. Riche de son expérience et de son propre combat durant plus de deux siècles, fort de son modèle qui fait de lui une exception, il plaide avec conviction pour le respect du droit à la diversité des nations, c’est dire le respect de la dignité des peuples.

Zeina el Tibi, Le Québec, l’Amérique en français, éditions idlivre, Paris, 2002 (traduit en arabe, éditions al Farabi, Beyrouth, 2002).

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